Lake Success Gary Shteyngart Éditions de l’Olivier

J’étais déjà fan de l’écriture de Gary Shteyngart et de ces précédents romans, et je me disais que j’allais pouvoir ne pas lire celui-ci, cela ne m’empêcherait pas de le vendre. Et puis, confinement oblige, alors que j’errais dans la librairie, dans une obscurité savamment dosée, Lake Success me fit de l’œil. J’avais envie de lui dire que tout irait bien pour lui, ça allait rouler, un bon livre pour le printemps et l’été, et pis boum!

Ce car Greyhound sur la couverture, c’était plus qu’un appel, et le nez une fois mis dedans, c’était parti pour 380 pages absolument déjantées! Barry Cohen est un de ces loups aux dents longues de Wall Street qui gère un fonds spéculatif de plus de deux milliards de dollars, une épouse magnifique et un fils autiste. On est en 2016, la campagne pour l’élection américaine égrène ses messages en arrière-plan, et de mauvais investissement, plus une enquête pour délit d’initié lui pend au nez.

Bref, le début des emmerdes.

A partir de ce moment-là, Gary Shteyngart s’en donne à cœur joie pour nous entraîner dans un road trip dantesque, au plus profond de l’Amérique, pas celle de Manhattan, mais celle de Baltimore, Richmond, la frontière mexicaine, l’ Arizona, la Californie. Barry va se coltiner un pays et des américains dont il ignore l’existence. Alors oui, on rit, mais souvent jaune, car c’est cette Amérique là qui va élire Trump, cette Amérique qui n’a rien va voter pour celui qui fera gagner encore plus d’argent à ceux qui ne vont pas voter pour lui et qui ont tout! Sidérant message, sidérant roman aussi sur ce qui compte le plus dans la vie d’un homme, est-ce véritablement le pouvoir de l’argent ou le simple pouvoir d’être un papa oiseau.

C’est le genre de roman que vous quittez à regret, le voyage était beau, et c’est dur de se retrouver sur le quai, la valise à nos pieds…

Lake Success a paru le 23 janvier 2020, jour de la Saint Basile et sera disponible à la librairie à la Saint Glinglin!

Et surtout ne le commandez pas sur Amazon, vous pourriez entraîner deux ou trois Covid-19 par votre attitude!

Turbulences David Szalay Éditions Albin Michel

Levez le nez au ciel en ce moment, et dites-moi si cela ressemble à la couverture du roman de David Szalay? Plus vraiment, ça c’était l’ancien monde, celui qui  nous connectait dans des hubs gigantesques, où nous traversions les continents dans les turbulences et l’air confiné (joke!) et pressurisé des carlingues.

Douze destinations comme autant de chapitres, avec les deux codes aéroport. Un départ, une arrivée et dans ces avions, une forme de jeu du cadavre exquis. Un personnage rencontre un autre personnage, qui sera le principal personnage du chapitre suivant.

Ce petit roman tout en nuances, où il ne se passe pas grand chose, sauf des vies qui se perdent, des mensonges qui aident à vivre, un fils qui vole son père et d’autres encore, cela nous raconte d’une manière particulièrement acérée toutes nos turpitudes humaines, celles qui volent en éclat aujourd’hui.

C’est un véritable petit bijou à détricoter les destins.

Turbulences a paru le 26 février 2020 jour des Cendres et sera disponible à la librairie à la Saint Glinglin!

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Beautiful Boy Tom Barbash Éditions Albin Michel

Anton Winter a 23 ans et il vient de rentrer à New-York. Il vient de passer une année en Afrique où il a failli mourir d’une forme aiguë de paludisme. Il retourne vivre chez ses parents, dans le fameux Dakota Building, qui domine Central Park. Son père Buddy a eu son heure de gloire à la télévision dans une de ces émissions de soirée où un animateur interviewe des célébrités du moment. Mais Buddy a craqué en direct, il a fui. Deux ans après, les finances filent comme le sable entre les doigts. Buddy demande à Anton de l’aider à remonter sur scène, retrouver les plateaux.

Dans ce New-York de la fin des années 70, sale, dangereux, où les clubs voient se croiser des faunes étranges et bigarrées, où la pulsion de la nuit transpire ses odeurs de cocaïne, de poppers et de LSD, Anton essaye de se frayer son propre chemin à l’ombre tutélaire de ce père tombé de son piédestal. Et quand on a un certain John Lennon comme voisin de palier, cela peut-il influer sur le destin de Buddy?

Tom Barbash nous donne ici un magnifique roman sur sa ville, sur les ambitions qu’elle peut décupler, sur l’illusion de la célébrité. Il suffit parfois de croiser la mauvaise personne au mauvais moment, même au pied du Dakota Building pour que le reste d’une vie soit bouleversée.

C’est étrange de vous parler de ce roman de Tom Barbash, qui est un tel cri d’amour pour New-York, cette ville où meurent aujourd’hui tant de gens, cette ville qui habituellement dégage une telle pulsion de vie, mais aussi ce New-York disparu des années 70, qui s’est débarrassé de toute sa population la plus pauvre pour la rejeter dans de lointaines banlieues.

Beautiful Boy devait sortir le 2 avril 2020, jour de la Sainte Sandrine, est reporté au 2 mai, jour de la Saint Boris, en espérant que ce ne soit repoussé à la Saint Glinglin.

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Le répondeur Luc Blanvillain Quidam Éditeur

Baptiste est un imitateur à la petite semaine. S’il ,excelle dans son art, malheureusement, les contrats sont rares. Aussi, quand à la fin d’un spectacle, on lui fait part que quelqu’un l’attend dans sa loge, il en est persuadé, c’est le tremplin vers la gloire, à lui Paris et le succès. L’homme qui l’attend, il le reconnaît instantanément, son écrivain favori, le grand, l’unique  Pierre Chozène. Mais que peut lui vouloir le romancier?

Et bien tout simplement de le remplacer! Chozène va confier son téléphone à Baptiste avec une bible de tous ceux qui sont susceptibles de l’appeler et comment se comporter. -C’est débile, hein? finit-il par lâcher. Pourtant, Baptiste accepte, se faire passer pour un écrivain, et quel écrivain!

Vous en dire beaucoup plus serait divulgâcher une magnifique comédie, subtilement écrite et bien plus profonde qu’on pourrait l’imaginer de prime abord. Confier une part de sa vie à un autre, n’est-ce pas une façon de se mettre en danger?

Luc Blanvillain excelle et nous promène tout au long du livre avec une gourmandise folle.

Le répondeur a paru le 2 janvier jour de la Saint Basile et sera disponible à la vente encore en librairie à la Saint Glinglin.

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Richesse oblige Hannelore Cayre Éditions Métailié Noir

Voici l’un des romans les plus réjouissants du moment ! Hannelore Cayre n’a pas son pareil pour inventer des personnages absolument décalés (rappelez-vous La Daronne !) ce qui lui permet ainsi de mettre le doigt là où ça fait mal, dans cette société du XXIème siècle qui en vient à singer celle du XIXème avec une monstruosité sans morale.

S’appeler de Rigny sur une petite île bretonne au large de Brest (dont le nom pourrait commencer par O pour finir par T ! Opinion personnelle !), quand tous les copains s’appellent Tual, Berthelé, Malgorn ou Botquelen, cela n’est pas banal. Quand, de surcroît, suite à un accident de voiture, on se retrouve à 16 ans multi handicapée, on voit que Blanche de Rigny va devoir multiplier les prodiges pour s’en sortir ! Première histoire !

En 1870, le Prussien montre bien plus que les dents et lors de la conscription, il vaut mieux tirer le bon numéro. Auguste, héritier d’une grande famille bourgeoise, peu porté sur les choses militaires, va tirer le mauvais. Mais dans cette époque bénie, où pourtant l’esclavage est aboli, subsiste une loi qui vous permet d’acheter un autre homme pour partir à la guerre à votre place. Cela s’appelle le remplacement militaire. Deuxième histoire.

Évidemment, vous l’avez compris, ces deux histoires n’en feront qu’une, mais c’est si magnifiquement imbriqué qu’on saute de l’une à l’autre avec un plaisir incroyable. Blanche, son amie Hildegarde et sa fille Juliette vont vous faire rire, vous émouvoir, vous donner envie de tuer aussi…

Quand à Corentine… Non Corentine, il faut aller la découvrir dans le roman.

Richesse oblige a paru le 5 mars 2020 jour de la Sainte Olivia et ne sera disponible à la librairie qu’à la Saint Glinglin!

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Les oubliés de Londres Eva Dolan Éditions Liana Levi

C’est dans ces quartiers pourris de Londres que vivent Molly et Hella. Lors d’une fête pour la sortie du livre d’Hella, les deux femmes vont devoir s’occuper du cadavre d’un homme. Qui est-il ? Que voulait-il à Hella ? C’est un conte à rebours, car Eva Dolan, par une machiavélique construction constituée de flash- back va nous dévoiler tous les tenants et aboutissants de la vie de ces deux femmes. Savent-elles qui sont-elles vraiment l’une pour l’autre ? Molly est-elle cette deuxième mère pour Hella ? Hella est-elle vraiment cette militante anti-gentrification menant sa thèse ? Dans cet immeuble promis à la démolition, les rats pullulent autant que les mensonges. Et il y a ce Quinn qui vient d’être libéré et qui veut la peau d’Hella…

Eva Dolan réussit ici la prouesse de tenir son lecteur en haleine jusqu’à l’ultime scène d’une violence inouïe, dans la plus pure tradition du roman noir britannique !

Les oubliés de Londres a paru le 6 février 2020, jour de la Saint Gaston et sera disponible dans votre librairie à la Saint Glinglin.

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Une machine comme moi Ian McEwan Gallimard

Nous sommes en 1982, les Beatles chantent toujours, l’Angleterre a perdu la guerre des Malouines et Alan Turing, le célèbre mathématicien vit toujours!

Le monde a beaucoup évolué et notamment de le domaine de l’intelligence artificielle, grâce en particulier aux travaux de Turing. Et c’est ainsi que Charlie, qui vient d’hériter d’un petit héritage et dont l’activité essentielle est de boursicoter, décide d’acquérir le dernier androïde à la mode, Adam. Avec sa voisine, Miranda, qui va finir par devenir sa compagne, ils vont programmer Adam à leur goût, à leur image. Celui-ce devient un compagnon agréable, serviable, mais manquant singulièrement d’humour.

De plus, il ne supporte absolument pas le mensonge! Derrière son aspect humain, il n’est guère qu’une machine que son propriétaire peut débrancher quand il veut, et son cerveau est très loin des nuances et des contradictions des hommes.

Je ne peux vous en dire plus, car ce roman de S.F à l’anglaise va vous réserver beaucoup de surprises, des éclats de rire autant qu’il va vous émouvoir.

Ian McEwan nous parle d’un monde très proche de nous avec un talent de conteur extraordinaire, juxtaposant à la fois la vie des humains et celle des androïdes, qui finiront par trouver que l’homme est incapable de vivre avec eux…

Une machine comme moi a paru le 9 janvier, jour de la Sainte Alix et ne sera disponible chez votre libraire qu’à la Saint Glinglin!

Surtout ne le commandez pas chez Amazon, vous pourriez être la cause de deux ou trois Covid-19 chez leurs employés!

Hélène