Skoda Olivier Sillig Buchet Chastel

Dans un pays dévasté par la guerre, Stepjan recueille un bébé au sein de sa mère morte.
Il y a tout pour que vous fuyez ce texte et pourtant vous auriez tort.

Ici, tout est guerre mais tout y est aussi humanité. On ne fuit pas devant l’ennemi invisible quand on a recueilli cet enfant qui geint, qui rit, qui pleure. On avance vers un horizon qu’il serait si simple de dégager des putréfactions des combats.

Parfois, un havre de paix, deux seins pour têter, deux seins pour aimer.

Mais la guerre est toujours dans les entours. Stepjan est un naïf confronté à la mort. Et ce qu’il en retient n’est que cette force qu’il a de serrer encore un peu plus l’enfant contre son bras.

La suite appartient à la guerre.

Olivier Sillig, par sa prose épurée, nous entraîne jusqu’à l’indicible.

A la manière d’Antoine Choplin et de son « héron de Guernica », il nous apprend le côté sombre de l’homme. C’est étrangement beau avec ce goût d’acier qui ne vous quitte pas la bouche.

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Accabadora Michela Murgia Seuil

Qui es-tu vraiment Maria Listru ? Es-tu la fille d’Anna Teresa ou celle de Tzia Bonaria, celle qui a recueilli l’enfant que tu étais afin que tu deviennes cette fille de l’âme, cette fille non engendrée, mais cette fille donnée, née pour être donnée et donnée pour engendrer, pour transmettre ce que Tzia Bonaria va t’apprendre.
Ici, tout est don, dans cette Sardaigne pauvre des années cinquante, et ta mère d’âme n’aura de cesse de te donner le goût de l’effort, le goût de découvrir et surtout celui de ne pas t’enterrer sur cette terre sèche, cette terre ou aucune salive n’accroche, cette terre où les mots sont aussi rares que les démonstrations d’amour.
Maria va grandir entre ses deux familles. Maria va aimer celui qu’il ne fallait pas aimer. Quand Nicola enfreindra la loi non écrite du village, celle qui se règle à coups de fusil, il sera puni dans sa chair, cette chair qui va pourrir et c’est ainsi que Maria va comprendre pourquoi Tzia Bonaria part parfois, dans la nuit, seule avec son châle. Peut-on aller simplement cueillir l’âme d’un mourant et ne pas revenir transformée ?
Toute l’écriture de Michela Murgia se tient entre les ravines du village et les racines de Tzia Bonaria, cette « Accabadora » qui va dans les chambres des mourants les accompagner, les délester du fardeau de la vie. Ici, il n’est question que de transmission, celle de la vie et de la mort, du passage secret qui entraîne l’une vers l’autre.
C’est un livre âpre et piquant comme un bouquet d’aubépines, un roman de soleil brûlant et de nuits noires comme les robes des veuves sardes, quand les mots ne disent plus rien, se confondent avec les prières, et que seule la porte fermée par l’Accabadora résonne encore et encore.
Maria sera comme Tzia Bonaria, couturière des tissus et des âmes qu’elle raccommodera comme le faisait sa mère d’adoption. Elle sera partie, puis revenue dans les pas de son pays et de cette terre qui s’accroche à ses sabots.
Qui peut échapper vraiment à son destin ?

Uïk le cochon électrique Karin Serres Le Rouergue

Uïk est un cochon qui a peur du noir et de l’orage encore plus…

Aussi, le jour où la foudre lui tombe dessus, que se passe-t-il?

Il devient lumineux! Et électrique. Le fermier, la fermière et les enfants vont tout de suite trouver un nouvel intérêt à Uïk, le cochon électrique!

Mais, parce qu’il y a toujours un MAIS dans les histoire de cochons, Uïk en aura vite marre.

Et qu’advient-il au cochon touché par la foudre…
Lisez Uïk le cochon électrique!

Comme un Chef Larousse

Pierre Hermé est le roi du chocolat, mais il n’est pas que ça. Ici, c’est le cuisinier qui se dévoile et surtout qui nous apprend toutes les bases de la cuisine. Avec l’aide de 18 grands chefs de tous les continents, il nous convie plus qu’à une escapade gourmande, il nous invite sur les pianos des cuisines étoilées et décortique, avec simplicité et dans un souci toujours didactique, ce qui fera peut-être votre différence dans le repas que vous concocterez à vos amis.
Ce qui manque souvent quand on se lance dans l’élaboration d’un repas, c’est un guide, quelqu’un qui non seulement vous tient la main, mais surtout vous donne les clés. Ici, tout y est expliqué en photos et le premier qui me dit qu’il est incapable de me faire un Tempura de crevettes à la bière n’a qu’à aller jeter un coup d’œil à la page 205.
Un tel livre à un tel prix me donne envie d’un Curry vert de bœuf au maïs et basilic thaï… (page 419) !

L’homme de Lewis Peter May Le Rouergue

Au détour du concours du télégramme de Brest, je me suis penché sur cet « homme de Lewis » et j’avoue ne pas l’avoir regretté. Si Fin McLeod a quitté la police suite à un drame personnel, son instinct ne l’a pas quitté et quand, sur son île natale de Lewis, on retrouve dans la tourbe, le corps momifié d’un homme manifestement assassiné, l’enquêteur se met en chasse. Peter May ne nous entraîne pas uniquement dans une enquête classique, mais à bien plus. Entre les failles de Tormod MacDonald qui se débat avec sa maladie d’Alzheimer et Marsaili, son amour de jeunesse, les pistes vont tour à tour se resserrer et c’est un pan entier de l’histoire de ces îles qui va être mis au jour. Avec ses personnages magnifiques et les paysages grandioses de l’Écosse, Peter May nous offre un très beau roman sur la fragilité de l’homme quand il est poursuivi par ses propres démons.

Le Gardien de mon frère Makyo Delcourt

Makyo est un scénariste qui n’a pas besoin de grandiloquence pour nous raconter des histoires poignantes. Dans ce nouvel album, très proche de lui manifestement, c’est à l’histoire de Niko et Ivan qu’il nous invite. Histoire de coups, de violences répétées non seulement dans les gestes mais aussi dans les mots, les attitudes. Sobrement dessinée par Wei Liu, ce petit bijou de poésie nous emmène loin dans les méandres de la vie telle qu’elle peut être, mais qui peut être sauvée si on sait aller au-delà des maux, au-delà des mots… Une vraie réussite!

Drood Dan Simmons

Dan Simmons, notamment l’auteur de « l’échiquier du mal » ou de « Ilium » nous plonge avec Drood dans un roman étrange et envoûtant qui semble vouloir mêler tous les genres littéraires.

A la fois biographique, historique, psychologique ou policier… Drood nous raconte l’histoire d’une quête étrange dans les bas-fonds de Londres à la fin du XIXème siècle.

L’histoire commence le 8 juin 1865. Charles Dickens regagne sa demeure familiale en train quand l’express déraille sur un pont, entraînant dans sa chute la quasi-totalité des wagons. Le célèbre écrivain échappe miraculeusement à la mort et tente alors de porter secours aux nombreuses victimes.

C’est dans ce chaos qu’il croise un étrange personnage à l’allure spectrale: Drood…

Cette rencontre va le bouleverser. De retour à Londres, il se confie à son ami William Wilkie Collins, lui-même écrivain de renom. Collins, cocaïnomane est un tantinet jaloux du succès de Dickens auprès du public londonien.

Et c’est Collins que Dan Simmons a choisi pour nous conter cette histoire, cette quête qu’il entreprend afin de découvrir qui se cache derrière cet énigmatique Drood.

Un roman captivant qui n’est pas sans rappeler  » From Hell », la bande dessinée d’Alan Moore qui contait l’histoire de Jack l’éventreur…

Maëla