Portrait de libraire!

Comme il n’y a pas de mal à se faire du bien, un article de la revue XXI qui fait bien plaisir:

http://www.revue21.fr/Vous-lirez-bien-quelque-chose,878

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Les Bidochon sauvent la planète Binet Fluide Glacial

Un nouveau Bidochon est toujours une source incommensurable de bonheur. Et quand Raymonde et Robert se piquent d’écologie, cela atteint souvent des sommets.

Entre les toilettes sèches, la maison écologique et les ampoules basse consommation, Binet s’en donne à cœur joie pour plonger nos deux héros dans l’inénarrable aventure du quotidien!

Euh, et parfois, on rit un peu jaune, car on se reconnaît légèrement…

Tous ensemble mais sans plus Georges Flipo Editions A. Carrière

Attention danger, ce Georges Flipo est vraiment un de ces auteurs qui ne ressemble à aucun autre sinon, mais là je sais que je vais me faire tanner la couenne, sinon j’allais dire à mon cher Woody Allen.

Oui, je sais, de prime abord, rien à voir, mais quand on fouille, quand on se laisse embringuer par la prose de Georges Flipo, on se dit quand même qu’il est un des rares à savoir comment vous trousser des nouvelles qui allient bonheur de lecture et méchanceté du propos.

Ici, on fait dans le pingouin vachard, dans le Noir revanchard, dans la bourgeoise sans fard… et j’en passe et des meilleures.

La nouvelle selon Flipo doit être râpeuse comme une toile émeri coincée dans le slip du lecteur, et c’est ça qu’est bien!

Grand Maître Jim Harrison Flammarion

Ah ben voilà que j’allais l’oublier le bon vieux Jim. pour une fois qu’il nous revient en grande forme, comment ne pas en parler. J’avoue avoir été assez déçu par ses deux derniers livres, aussi quel bonheur que ce Grand Maître qui nous le remet, juste là où il faut, comme justement ce grand maître de la littérature américaine qu’il n’a jamais cessé d’être (sauf parfois!!!).

Ici, Harrison se cache derrière un dénommé Sunderson, qui picole grave, mate les filles encore plus que d’habitude, surtout si elles sont jeunes et qu’elle l’appelle Papa.

A cet instant, certains d’entre vous  me diront: No Pasaran, et ils auront tort, parce que ce Sunderson est le plus beau et le plus gros des nounours de la Police jamais inventé (si si, il part même au fin fond du Montana se désintoxiquer, mais bon une semaine, faut pas non plus exagérer!!!)

Je vous passe l’ex-femme, les maîtresses voulues ou non voulues, les bars interlopes, la minceur de certains sacs de couchage, et l’absence, à certains moments cruciaux d’une bouteille de whisky…

Bref, un fabuleux moment de littérature avec un sacré bonhomme d’écrivain!!!

La danseuse de Varsovie Arnost Lustig Editions Galaade

Avec « la Danseuse de Varsovie« , c’est le deuxième roman d’Arnost Lustig que traduit Erika Abrams après le somptueux « Elle avait les yeux verts » en 2010.

Comme le disait Lustig: « Les femmes ont ce quelque chose qui fait vivre les poètes » et ceci est tellement vrai dans ce roman inspiré d’une histoire réelle.

Katarzyna Horowitz, parce qu’elle ne veut pas mourir, va se retrouver avec vingt juifs américains, qui, en échange de millions, vont tenter de s’extraire du camp. mais tout ceci, bien évidemment n’est qu’un miroir aux alouettes que leur a tendu Friedrich Brenske.

Il ne restera à Katarzyna qu’une dernière danse finalement, devant les juifs nus, les SS sanglés dans leurs uniformes impeccables, et les commandos des crématoires aux tenues rayées. Une dernière danse pour ne pas mourir comme tout un chacun, une dernière danse qui ne pourra jamais être oubliée.

Plus qu’un chant pour la liberté, la Danseuse de Varsovie fait partie de ces romans rares qui assiègent la mémoire. Katarzyna  va y rester longtemps.

Un peu de BD pour la route!

Un dimanche matin, un peu pluvieux, disons même beaucoup, une petite fièvre qui fait son chemin, une envie de pas grand chose, pas sortir, pas voir des gens, rester au lit. Taper dans le stock de BD du moment et juste envie de vous parler de:

Si je vous dis encore une belle réussite de Futuropolis, vous allez me dire que je manie le pléonasme à loisir, et je ne saurai vous donner tort.

A l’ombre de la gloire est un magnifique album concocté par Denis Lapière au scénario et Aude Samama à la peinture. Oui, à la peinture et non au dessin et c’est certainement ce qui rend cet album aussi beau.

Si le destin de Victor Perez et de Mireille Balin est connu de ceux qui se sont intéressés un peu à la seconde guerre mondiale, il est ici décrit avec la pudeur de Denis Lapière et le travail sur la couleur de Aude Samama.

Un ouvrage à ne pas manquer.

En continuant sur ma lancée, je me suis fait plaisir avec le quatrième opus de Bourgeon-Lacroix sur le Cycle de Cyann:

Où l’on retrouve Cyann Olsimar dans son périple des Planètes sauvages. Et toujours avec autant de plaisir, non seulement en raison de ses formes toujours aussi généreuses, comme seul Bourgeon sait les magnifier, mais surtout avec cet humour grinçant qui apparaît en filigrane.

Jeu de pouvoirs, luttes intestines, mondes où tout se paye, se monnaye, sous le couvert de la science-fiction, c’est quand même quelque chose qui ressemble à notre propre société.

Et c’est tellement bien dessiné que j’ai passé beaucoup de temps à tenter de tout discerner. Encore merci Monsieur Bourgeon et la suite dans pas longtemps…

Enfin, pour un qui n’a jamais couru après les Alix de Jacques Martin, j’avoue que ce

Alix Senator m’intriguait. Et j’ai bien fait de me laisser faire car tout cela tient très bien la route. Alix a bien grandi et se retrouve dans les rouages du pouvoir d’Auguste qui vient d’être nommé comme successeur de Jules César.

Servi par un dessin efficace de Thierry Démarez, le scénario de Valérie Mangin nous entraîne dans cette cour de Rome où, manifestement, cela n’était pas les Bisounours tous les matins.

Un belle BD historique où je suis certain que les amoureux de films de gladiateurs retrouveront facilement leurs spartiates!!!

L’herbe des nuits Patrick Modiano Gallimard

Sous les mots du carnet noir…

Qui peut dire qu’il sait lire Modiano ? Qui sait déchiffrer les pages du carnet que lui-même peine parfois à relire. Ici, le carnet est un brouillard, un rêve peut-être : « Pourtant, je n’ai pas rêvé. » Dans cette première phrase, tout est dit, après tout est écrit.

 

Il nous faut partir à pied et le suivre encore une fois dans les méandres de Paris. Il nous le dit, il se promène tout en essayant de se rappeler ce qui était écrit dans le carnet noir, pourquoi ces heures de rendez-vous avec  Dannie, et ce lieu, l’Unic Hôtel, perché du haut de la rue Monsieur Leprince, sixième arrondissement. Aussi ces noms égrenés comme des sentences : Paul Chastagnier, Aghamouri, Duwelz, Gerard Marciano.

Le carnet n’est pas un souvenir, mais un précipité dangereux d’un moment de sa vie à ce narrateur qui n’a pas de nom, du moins pas pour l’instant. Car l’auteur ne sait pas bien s’il est le narrateur ou le passeur du carnet, il cherche encore à comprendre.

Lire Modiano, c’est accepter les méandres qui, ici, ne sont pas du fleuve mais ceux du souvenir, du temps passé, de ces photos en noir et blanc qui ramènent les visages oubliés au-devant de la scène. Dannie évidemment, à moins qu’elle ne s’appelle Mireille Sampierry ou encore une autre, il se fiche bien du nom et ne se souvient que de celle qu’il accompagnait au long des rue de Paris, celle qui l’emmenait en Sologne dans cette maison où il oubliera un manuscrit.

Il y a un meurtre dans ce livre. Est-ce vraiment important ? Il y a des noms qui reviennent comme des antiennes grégaires, des rues mal éclairées et des appartements désuets. Il y a souvent des ampoules sous des abat-jours qui n’éclairent pas et des lumières qu’on oublie d’éteindre au point de vouloir faire demi-tour.

Si Jean (nous apprendrons son prénom par la bande, comme s’il fallait le cacher jusqu’au bout) et Dannie (saurons-nous jamais son identité véritable ?) vont continuer leurs errances, entre le 23, rue Blanche et l’entrée de l’Unic Hôtel où Chastagnier et consorts continuent de fumer, de boire et observer Dannie qui rejoint sa chambre.

Lire Modiano, c’est laisser le temps se dissoudre, remonter dans les années 60 à couvert du carnet noir, comprendre aussi que le Paris d’aujourd’hui a fini son temps. Les numéros de téléphone ont pris de la rallonge, les hôtels sont devenus des banques, les filles ont changé de trottoir, les loufiats des bistrots ont abandonné le gilet noir et la montre à gousset.

J’ai envie de lire à mon aimée des phrases du livre, non pas des phrases d’amour, il n’y en a pas, mais lire le phrasé de Modiano, ce qui fait de lui un unique papillon de nuit sur les réverbères de la littérature française, ce qui fait que lui seul ne peut s’y brûler, car il sait louvoyer dans la phrase, éviter les écueils.

Je disais qu’il y a un meurtre et sans doute que les deux balles tirées n’auront pas manqué leur cible. On fermera des portes cochères, on portera un corps, on laissera tout cela se fondre dans la nuit. Il faudra des dizaines d’années à Jean pour remonter le cours du carnet, nous revenons au fleuve, remonter un fleuve à la force des bras et des souvenirs, tenter de relire les pattes de mouche, déchiffrer des noms, arpenter les rues, vérifier des noms dans des annuaires, être Modiano encore une fois.

Elle lui dira : « Est-ce que tu crois que j’ai vraiment une tête à m’embarquer dans une sale histoire ? » Bien sûr qu’il va la croire, car tout ici est écrit sur le fil d’un funambule prêt à rompre, à tomber du sale côté de l’histoire, celle des bandits, des Chastagnier, Duwelz, Gerard Marciano, ceux qui fument du côté de l’Unic Hôtel.

Lire Modiano, c’est accepter une fois pour toute de partir vers des rencontres improbables, de convertir certaines vérités en joli mensonge comme le dernier de Dannie, qu’elle fait croire à Jean comme si c’était le premier : « Je t’ai fait un petit mensonge qui me pèse, je n’ai pas 21 ans comme je te l’ai dit. J’en ai 24. Tu vois, je serai bientôt vieille. »

Lire Modiano, c’est  laisser croire que le temps ne s’écoule pas, il advient, se pose, ne se discute pas, et c’est pour cela que c’est beau.