Revenants Maël et Olivier Morel Futuropolis en librairie le 12 septembre!

revenants Tout est dans la couverture. Regardez l’homme en haut avec sa caméra. Regardez l’homme en bas, regardez ses yeux, regardez ce qu’il voit et que vous ne verrez jamais. Le soldat du bas va tenter d’expliquer l’ahuri de ses yeux fixes, fixés sur une cible. D’un homme on en fait un tueur. Est-ce vraiment déjà un homme, non, des gamins de pas vingt ans, l’Amérique ne retient rien de son passé et balance encore dans la guerre ses enfants perdus. Quand ils sont là, ils n’errent pas dans les rues, ils sont utiles à la Nation. On les prend, on les broie, on les tue. Peu importe les raisons qui n’en sont pas, on les jette dans les bourbiers de sable et de sangs.

Olivier Morel est celui qui a filmé ses perdus de la guerre et Maël a réussi cette gageure de mettre en images tout ce qui ne se voit pas, les bribes de mots des soldats, le peu qu’ils pouvaient raconter. On ressort de ce magnifique ouvrage avec un goût de métal sur les lèvres, le bruit des balles dans les oreilles et le silence d’un monde qui oublie ces hommes et ces femmes. Ils n’intéressent plus personne une fois qu’ils ont servi (servi à quoi, servi la Patrie???), La guerre est imbécile et il est souvent prudent de le rappeler! Merci Olivier et Maël!

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Les évaporés Thomas B. Reverdy Flammarion

reverdy  Commencer à aimer un livre par le bandeau qui le recouvre, cela vous est déjà arrivé, ces poissons qui gobent l’air, ces poissons qui meurent de n’ être qu’à l’air, ne serait-ce pas la métaphore de ce que veut nous dire Thomas B. Reverdy dans ce roman absolument magnifique, d’écriture, de construction, de mots non écrits, de regards sans mots. Ici, il est question de disparitions, de ces hommes, surtout, qui disparaissent sans laisser de traces dans ce Japon du XXIème siècle. Disparaître est comme un art, comme une évidence quand il faut donner une chance aux autres, à ceux qui restent. En Occident, la solution serait le suicide, ici, on disparaît, on devient un Johatsu, qui, du jour au lendemain, n’existe plus. Mais la fille de Kaze ne peut ne se résoudre à cette perte de son père. Elle qui vit en Californie veut le retrouver et elle embarque son ex-petit ami, un certain Richard B. (tiens Richard B. et Thomas B., tiens tiens tiens!) genre poète et détective privé, un type un peu à la Richard Brautigan (tiens Richard B.!), un type qui picole un peu entre les jambes des hôtesses de l’air, un type qui cherche de l’air (comme les poissons du bandeau, on y revient) !

Vous raconter cette histoire de gamin perdu, de fille perdue de Richard B. perdu, je ne peux pas. Je peux juste vous dire qu’il faut s’y jeter à corps perdu, prendre et apprendre le Japon comme un Richard B., accompagner Kaze sur les rives de Fukushima, laisser tout s’évaporer, les êtres, les mots, les gaz, les morts, prendre la main du gamin quand même, le ramener au bercail, allumer une clope sans dire un mot de trop, refermer le livre et dire merci Thomas B. de n’avoir pas trahi Richard B.

Un sacré bon bouquin, comme ça fait du bien!

Dans le silence du vent Louise Erdrich Albin Michel

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Il y a certaines lois qui ne sont pas des hommes, car elles n’ont que peu de choses à voir avec la chose écrite. Elles ne se résument pas en codes, en articles, elles sont les lois de la forêt, les lois des plaines, qui sait peut-être celles des animaux, celles qui régissaient la vie avant que le premier homme ne soit né. Et c’est dans ce silence du vent, le silence des voix indiennes tues, brisées, morcelées que Louise Erdrich nous invite à entrer dans ce roman gigogne, exutoire de sa propre souffrance.

Car il y a eu crime, il y aura vengeance, et vous me direz que ce n’est pas ainsi que l’on mesure l’intelligence d’un peuple. Mais cette vengeance n’a rien à voir avec le talion. Elle est bien plus difficile à cerner, elle vient d’un cœur ravagé, d’une vie massacrée. Et cette histoire, longue et bouleversante, d’un gamin de treize ans qui a peine à reconnaître sa mère, nous ramène à nos propres peurs, nos serrures fermées à clé, nos voix qui se taisent, nos yeux qui oublient de voir.

« Nous sommes passés dans un grand flot de chagrin qui persisterait dans notre brève éternité ».

Louise Erdrich

L’autre côté des docks Ivy Pochoda Liana Levi

pochoda  Étrange et troublant roman que cet « autre côté des docks » d’ Ivy Pochoda. Quand Valérie et June décide d’embarquer sur  un canot pneumatique pour traverser l’East River, cela n’est qu’un jeu d’adolescentes. Mais quand Valérie est retrouvée le lendemain, quasi morte, et que June a disparu, le jeu tourne au tragique.  C’est dans cette atmosphère moite que l’auteur nous entraîne au travers des récits des habitants de ce quartier. De Jonathan le prof de musique qui a retrouvé Val en passant par Cree, un jeune noir qui tente de se reconstruire après le meurtre de son père, Monique la sœur de Cree, ou Fadi, l’épicier libanais qui écrit une feuille de chou racontant la vie quotidienne de Red Hook. En donnant la voix à tous ces personnages, Ivy Pochoda construit un roman choral qui fait battre le cœur de ce quartier de Brooklyn, où on s’apercevra que la vérité est souvent bien plus noire que les mensonges et les non-dits.

Sulak Philippe Jaenada Julliard

sulak Dans son nouveau roman, Philippe Jaenada nous conte la vie de Bruno Sulak. Bruno qui me direz-vous? Et les moins de quarante ans auraient raison, car qui se souvient de de ce voleur des années 80 qui rejetait et détestait le système et l’ordre établi. C’est pour cela qu’il devint voleur, mais en ne s’attaquant qu’à de riches enseignes et sans jamais verser de sang.

Arrêté, il parvint à s’évader, montrant une sympathie et une intelligence qui fascinaient tous ceux qui l’approchaient, prisonniers, policiers, gardiens. Jaenada nous le rend sympathique ce Bruno Sulak qui n’a jamais oublié sa famille à laquelle il était très attaché.

Il a vécu vite, dans l’urgence et l’écriture du roman restitue formidablement cette vie brève et intense. Certains feront peut-être la moue quand l’auteur laisse planer quelques doutes sur les circonstances de sa mort, mais je retiens surtout que c’est un livre fort, percutant et qu’on ne lâche pas!

Hélène Delapré

Arrête Arrête Serge Bramly Nil

bramly  Décidément, les évadés inspirent les auteurs de cette rentrée, après Jaenada et son « Sulak », Serge Bramly raconte la cavale d’un prisonnier qui, quelques jours avant la fin de sa peine, coupe son bracelet électronique et décide de fuir.

C’est un livre très court, intense, magnifiquement écrit, qui nous interpelle sur cet univers carcéral dont certains hommes ne peuvent supporter le poids.

Hélène Delapré

L’envol du Héron Katharina Hagena Anne Carrière

hagena Difficile de raconter le nouveau roman de Katharina Hagena, l’auteur du fameux  » goût des pépins de pomme »!

Tout ici tourne autour d’Ellen, jeune médecin spécialiste du sommeil qui est revenue dans son village natal qu’elle avait fui, pour être auprès de sa mère qui s’en va doucement vers la mort. Son père prépare un chant pour accompagner son dernier voyage et a réuni les personnages principaux  dans une chorale qui répète toujours le même et unique morceau. Des liens se nouent, se dénouent dans cette un peu sauvage où les oiseaux ont élu domicile. C’est simplement beau, poétique, émouvant.

Hélène Delapré