Terminus Belz Emmanuel Grand Editions Liana Levi

terminus

 Quand les légendes s’invitent au bal des tueurs, c’est toute l’île qui danse une gigue mortelle!
Un premier roman qui vous harponne!

Le moins qu’on puisse dire avec le premier roman d’Emmanuel Grand, c’est qu’il ne ménage, ni ses personnages, ni son lecteur. Un livre qui se lit en apnée des confins de l’Ukraine jusqu’aux vagues de l’Atlantique.

Marko Voronine fait partie de ces clandestins qui a l’Europe en rêve. Coincé dans un camion qui l’emporte vers l’Ouest avec ses compagnons de misère, il va commettre un irréparable qui fera de lui, non pas seulement un clandestin, mais surtout une cible pour ceux à qui il aura volé le prix de sa liberté.

C’est dans une île de Bretagne que Marko va aboutir, là où les hommes ne demandent pas grand-chose, seulement des bras et du courage pour se lever dans la nuit, prendre le bateau, tirer le filet  de la Pélagie, le chalutier de Joël Caradec, celui qui ne pose pas de questions à son nouveau marin, celui qui ne parle d’ailleurs pas, parce que les mots, c’est bon pour ceux qui croient aux sorcières et à l’Ankou, à la mort et à sa grande faucheuse.

Entre mythes, légendes et réalité, Emmanuel Grand tricote un polar qui oscille vers  un imaginaire breton transcendé par la présence de l’étranger, dans ce microcosme qu’est l’île avec ses secrets enfouis, jamais sortis des bouches scellées par tout ce qui sépare le monde d’ici de celui du continent. Alors il y aura du sang, des larmes, des tempêtes sous les crânes et sur la mer, des amours aigres, des matins blancs comme des nuits épuisantes, il y aura la vie de Marko entre les mains de Dieu et de l’Ankou.

Pour savoir qui gagne à la fin, rendez-vous le 9 janvier !

Théorie de la vilaine petite fille Hubert Haddad Editions Zulma

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Ce qu’il y a de formidable avec Hubert Haddad, c’est qu’il n’est jamais là où on l’attend et il nous le prouve encore une fois admirablement avec ce dernier roman qui nous entraîne sur les pas des sœurs Fox, dans cette Amérique des années 1850.

 Cette Amérique puritaine perfusée à la religion ne connaît aucun contradicteur, aussi  les sœurs Fox vont inventer le spiritisme comme d’autres vont à la messe. Dans leur vieille ferme hantée où chaque mur craque d’un ancêtre ou d’un représentant de commerce mort violemment, il est facile, pour tromper l’ennui, de se laisser aller à parler les esprits. Kate, la plus jeune des sœurs devient la médium, Margaret la suit dans son jeu habile et Leah l’aînée de vingt ans devine tout l’intérêt financier qui peut en résulter.

Mais le plus habile des magiciens, c’est bien Hubert Haddad qui concocte un roman haut en couleurs, drôle et inventif, rusé comme peuvent l’être les sœurs au début de l’aventure. On imagine les chapeaux, les grandes robes, les moustaches qui s’inclinent, les tables qui tournent, les rires et les regards ahuris des crédules.

Encore une fois, Hubert Haddad emporte tout et nous emporte dans son monde. Aussi, chapeau bas à  l’un des écrivains les plus inventifs de la littérature française, un de ceux qui nous fait découvrir que l’au-delà factice est bien plus drôle souvent que la vie réelle. Qu’en pensent les sœurs Fox ?

Sanglier noir pivoines roses Gaëlle Heureux Editions La Table Ronde

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Faut-il s’appeler Heureux pour nous distiller des nouvelles aussi cruelles que celles-ci ? Je n’en sais rien, mais il y a quelque chose d’étrange à ce patronyme qui distille, en pleins et en creux, d’aussi abominables personnages qui semblent tous être nos voisins (non, pas nous, pas chez nous, mais juste à côté, vous savez chez un tel…) chez qui il suffit d’un rien pour que tout foute le camp.

Le propre d’un recueil de nouvelles habilement mené est justement de nous mener, par le bout du nez, dans différents mondes qui n’en font qu’un. Gaëlle Heureux y réussit admirablement en nous confrontant à des personnages qui pourraient être nos voisins de palier, avec leurs vies tellement droites et parallèles qu’un seul  petit caillou dans la chaussure fait tout s’écrouler.

C’est prodigieusement sombre, incisif et ironique, gentiment dérangeant parce que ça nous ramène à nos propres vies et ça gratte souvent, ça agace, ça fait mal. Mais c’est aussi pour tout ça que ce livre est formidable, on a envie de l’offrir à son voisin pour qu’il se regarde dans le miroir (oui, chez eux, juste à côté, vous savez chez…).

L’euphorie des places de marché Christophe Carlier Serge Safran Editeur

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Je vous avais déjà dit beaucoup de bien du premier roman de Christophe Carlier « L’assassin à la pomme verte » qui paraît ces jours-ci chez Pocket. Et je vais continuer avec ce second roman qui a la même manière de parler des relations humaines tout en déplaçant ses sujets dans le monde de l’entreprise.

C’est au travail qu’on passe sa vie et c’est souvent là qu’on y découvre tout ce qui fait la comédie humaine. Ici, c’est le trio Norbert, Agathe et Ludivine qui jouent les scènes et les drames. Christophe Carlier aime à troubler la mécanique du monde, en y saupoudrant un peu de folie boursière, en faisant alterner férocités et humour grinçant. Parfois, les murs se fissurent, les vernis craquent, et tout se dissout. Ici, tout est dans les non-dits, dans les phrases en suspens, dans cette virtuosité de l’auteur à nous mener par le bout du nez.

C’est acide comme une vieille eau de vie qui vous râpe la gorge et vous met la larme à l’œil.

Femme nue devant sa glace Jean Grégor Fayard

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Au cœur de Nathalie

Cette femme nue devant sa glace, c’est Nathalie, petite pute qui louche sur le boulevard des Maréchaux. En mars 2004, Gérard Robence, flic de son état, la retrouve à moitié morte sur le dit boulevard. Tout cela aurait pu s’arrêter là, mais pas pour Gérard.

Dans le passé de Robence, il y a des jours noirs, ceux de sa fille qu’il n’a pas vu, pas su, pas pu laisser s’enfoncer dans le monde de la drogue. Va savoir. Alors la petite Nathalie, il s’y attache, il remonte dans son passé. Il fait son boulot d’enquêteur, même s’il n’est pas payé pour. C’est comme ça qu’il croise Ted Marchal, dessinateur, le dernier mec de Nathalie, et aussi Jean-Marc, qu’elle avait aimé comme une dingue, qu’elle attendait à Paris, mais qui ne vint jamais, sauf pour… Par petites touches impressionnistes, c’est tout un monde qui se révèle.

C’est une histoire simple que nous raconte Jean Grégor, l’histoire d’une fille qui dérape pour une simple histoire de Camel fumée sur un trottoir. Et ce qui pourrait, de prime abord, passer pour un roman futile nous mène peu à peu vers la noirceur des âmes, vers ce moment où l’homme bascule dans la tragédie, sans grandiloquence, sans effets spéciaux, tout simplement parce que l’homme est souvent lâche au moment où il lui faudrait de la grandeur.

C’est un petit livre avec un très beau dessin de Loustal sur la couverture qui nous dit un peu tout. C’est un très beau petit livre avec une musique intérieure qui griffe le cœur…