Le fils du Yeti Didier Tronchet Casterman

L.10EBBN002152.N001_FilsYETI1_C_FR  Il est loin le temps où Didier Tronchet nous faisait rire avec Jean-Claude Tergal et Raymond Calbuth. De l’humour grinçant sur les travers de notre société, il est passé au registre du tendre et de l’introspection. Parce que toutes les histoires de familles sont aussi compliquées que les familles elles-même, il nous livre les codes et les secrets de sa propre enfance, ce qui a façonné le jeune Tronchet.

Même s’il se cache derrière le dessin, il n’est pas trop difficile de comprendre que c’est de lui et de son fils qu’il avait envie de nous parler. Être le fils du Yéti, c’est être le fils de celui que l’on ne connaît que par la parole des autres, celui qui a vu l’homme qui a vu l’homme qui a vu l’ours (en l’occurrence le Yéti de Tintin, mais c’est une autre histoire, ou bien c’est la même, on s’en fout!!!). C’est l’histoire d’un gamin accroché à une photo où son père regarde ailleurs, comme si ailleurs, c’était différent, c’est l’histoire d’une lettre, d’un rendez-vous manqué. La simple et magnifique histoire d’un homme qui dépasse l’âge de son père et qui se demande à quoi ça rime…

C’est une histoire simple, mais universelle, celle qui nous relie à nos parents et à nos enfants, celle qui est le fil du funambule qui nous relie tous les uns aux autres, une histoire où on ouvre les albums photos en se demandant encore une fois qui est celui dans le fond qui cligne des yeux, c’est pas, comment il s’appelait déjà…

L’exception Audur Ava Olafsdotir Editions Zulma

audurDepuis Rosa Candida, son premier roman traduit en Français, Audur Ava Olafsdottir nous promène dans ses mondes imaginaires. Dans « L’exception », elle nous entraîne avec Maria, son héroïne, dans les méandres d’une vie de couple bien peu ordinaire. Quand Floki, son mari, lui annonce qu’il le quitte pour vivre avec son associé qui s’appelle…Floki, Maria tente de remonter le fil des onze années de vie commune, aidée en cela par sa voisine Perla, naine, nègre d’auteur de romans policiers, conseillère matrimoniale à l’occasion, ce qui lui permet d’émettre avis et hypothèses sur le futur de l’existence de Maria. Quand vous rajouterez à tout ceci que le père biologique de Maria débarque en Islande pour rencontrer sa fille et y mourir, vous comprendrez qu’il y a ici déjà assez de substances pour tricoter un roman où Woody Allen (dont un divan, mais je ne vous en dis pas plus…) serait magnifiquement à l’aise.

Entre bavardages et marivaudages, Audur Ava Olafsdotir nous promène allègrement, avec beaucoup d’humour et de tendresse, dans ce fragile no man’s land des relations humaines, de ses faux-semblants et de ses non-dits, des conséquences de l’absence d’un père comme dans les difficultés d’assumer ce que l’on est, ou ce que l’on croit être.
C’est un roman comme une gourmandise, avec un cœur acidulé, qui donne juste ce qu’il faut d’amertume et où celle qui tire les fils de la marionnette de la vie n’est sans doute pas celle que l’on pense.