Goat Mountain David Vann Gallmeister Editions en librairie le 11 septembre!

couv rivire  C’est le cinquième commandement de la Bible, celui que le narrateur aurait aimé ne jamais franchir: « Tu ne tueras point ». Alors qu’il part chasser dans le ranch de la Goat Mountain, avec son père, son grand-père et Tom l’ami, celui qui n’a que onze ans à l’époque ne sait pas encore qu’il va devoir affronter bien pire que le froid, bien pire que l’aride des montagnes, bien pire que le tranchant des pierres. Il va devoir affronter la folie des hommes, celle qui n’a pas de nom, qui ne se résume pas. L’enfant doit devenir un homme et c’est dans cette chasse au cerf qu’il doit passer l’épreuve. Tuer pour prouver. Mais prouver quoi? Quand un braconnier se présente dans la ligne de mire, que faut-il faire, à qui doit-on montrer sa force, son courage, quand on est un gamin de onze ans. La balle est engagée dans le canon, il faut bien tirer, à un moment ou un autre.

Plus rien ne sera alors comme avant. La tragédie peut commencer. Dans ce monde d’hommes, dans cette montagne sèche, ils sont quatre à se battre contre dieu, sans majuscule, car ici il n’y a plus de dieu qui vaille. C’est la brutalité qui englobe tout, qui mange tout, qui engloutit jusqu’à la moindre parcelle d’humanité. C’est cette quadrature immense et folle que David Vann fait voler en éclat, car il n’y a jamais de vainqueur dans la folie des hommes pour assouvir un quelconque pouvoir. Le grand-père n’est pas le maître du père qui n’est pas le maître du fils. Roman immense, à l’écriture acérée comme le couteau qui tranche le ventre du cerf, David Vann nous plonge dans une interrogation sur nos propres destins, sur aussi ce qu’est le prix d’une vie, de toutes les vies…

L’île du Point Némo Jean-Marie Blas de Robles Zulma Editions

lile-du-point-nemo  C’est drôle, je n’ai même pas envie de vous en parler, juste envie de vous dire pour quoi je l’ai aimé dès les premiers mots. C’est un livre qui m’a ramené à ma jeunesse, quand j’aimais les grands livres d’aventures, quand je me relevais la nuit pour finir un Jules Verne, quand j’attendais la fin des classes pour rouvrir un Siudmak, quand je prétextais une maladie pour rester au fond de mon lit avec un Bob Morane (si si Bob Morane, c’était extrêmement jouissif!!!).

Bref, je voulais vous dire qu’il y a tout ce dont vous avez rêvé dans ce roman qui va vous emmener à la rencontre de multiples mondes, dans de prodigieuses aventures, dans des mystères insondables, à la rencontre de personnages inoubliables.

Bref, je voulais vous dire qu’il vient juste de sortir, et qu’il ne faut pas le rater!

La femme d’en-haut Claire Messud Gallimard en librairie le 4 septembre!

claire messud  Elle s’appelle Nora, elle est en colère, très en colère quand commence le roman. La quarantaine, ni jeune ni vieille, ni grosse, ni maigre, ni grande, ni petite se définit-elle elle-même, mais en colère, ça oui, elle l’est.

La raison de sa colère viendra bien plus tard, quand elle nous aura raconté sa vie, sa vie depuis sa rencontre avec les Shahid. Elle est l’institutrice de Reza, l’enfant de Sirena et Skandar. Pour Nora, ce couple incarne une certaine forme de perfection, ils sont beaux, intelligents, elle est artiste, il est professeur d’université.

L’amitié des Shahid est primordiale pour Nora. Elle se demande même comment se fait-il qu’ils s’intéressent à elle. Elle aussi a toujours rêvé d’être une artiste reconnue. Elles vont louer un atelier, elles vont travailler chacune à ses projets. Nora va commencer à vivre par procuration une autre vie, celle d’un paradis où les Shahid seront irremplaçables.

Mais ce monde va s’écrouler. Peut-on croire à l’amitié dans ce monde où chacun est prêt à tout pour avoir sa minute de célébrité, peut-on souiller l’autre, lui confisquer son intimité pour sa propre et unique gloire. Alors oui Nora a raison d’être en colère !

 

 

américa Claire Messud sera au Festival América le samedi 13 septembre, cliquez sur l’ affiche pour avoir le détail!

Interview Paul Harding pour son roman Enon!

enon  Pour la sortie de son nouveau roman Enon qui paraît le 21 août au Cherche Midi dans la collection Lot 49, Paul Harding a accepté de me donner une interwiew!

– Vous avez obtenu le Prix Pulitzer pour votre premier roman « Les foudroyés » (Tinkers). Comment aborde-t-on ensuite l’écriture du second avec une telle pression sur les épaules ?
Avant tout, j’ai été chanceux car quand Les Foudroyés a obtenu le prix, mon éditeur américain Random House avait déjà acheté Enon et j’en étais déjà à une cinquantaine de pages de mon premier brouillon. Ce qui est encore mieux, c’est que l’éditrice de Random House qui a acheté Enon, Susan Kamil, l’a fait sans même avoir lu Les Foudroyés. Donc quand Les fourdroyés est devenu ce relativement gros phénomène et risquait d’entraîner Enon dans son orbite, pour ainsi dire, j’ai toujours pu revenir à ces quelques dizaines de pages et me rappeler “c’est là que repose l’intégrité, la vérité d’Enon” et non pas là bas, quelque part dans Les foudroyés.
En ce qui concerne gérer les après-coups du succès d’un premier roman, je n’ai pas laissé les choses me perturber outre mesure. J’ai travaillé dans de nombreuses librairies au fil des années et suis bien conscient que l’édition est un sport de combat où le public est très partisan, et que le deuxième livre aurait de toute façon son lot de critiques négatives et ce pour différentes raison – il était trop comme Les foudroyés, pas assez comme Les foudroyés, il était trop simple, trop complexe; il était tout simplement le livre après le succès du premier. J’ai tout autant d’opinion concernant ces choses que n’importe qui d’autre, donc il était évident que mes propres livres seraient le sujet de quelques foudres. Les foudroyés aussi a fait du bruit à sa sortie. J’ai été batteur dans un groupe de rock pendant plusieurs années, et après avoir connu les volées de coups que l’on reçoit dans ce domaine, en comparaison, quelques critiques littéraires un peu brusques paraissent relativement plaisantes. Et franchement, je serai déjà bien chanceux si mon plus gros problème était de gérer la pression d’avoir reçu le prix Pulitzer pour mon premier roman, vous voyez? Pauvre de moi!
– Enon décrit la dérive d’un homme, accablé par la douleur d’avoir perdu sa fille. La construction narrative a un seul personnage s’est-elle imposée à vous dès le début ?
Oui, mais si j’y avais pensé d’une façon aussi explicite et pratique dès le début, je serai parti en courant. Toute construction narrative possède ses vertus et ses périls, c’est prévisible. La narration à travers une focalisation interne est merveilleuse car elle véhicule une immédiateté, une intimité qui lui est propre. Mais elle peut aussi virer à la claustrophobie, et c’est difficile de donner au lecteur des visions du monde objectif indépendantes de cette voix narrative. Dans tous les cas, j’ai toujours envisagé le roman comme quelque chose qui tirerait vers la confession, au sens de St. Augustin. Une voix singulière commence à parler directement au lecteur, essaye de lui faire part d’un compte-rendu d’elle-même et de ses actions, avec une foi naturellement sauve, vraie. C’est une confession, une prière, un hymne, une lamentation.
– Enon, c’est le nom de la ville où vit Charlie votre héros, mais n’est-elle pas également l’héroïne du livre, tant le lieu semble avoir modelé Charlie ?
Complètement, oui. Enon abrite Charlie, elle est son port d’attache. Elle l’a formée. Il a presque littéralement été créé de la poussière d’Enon. Elle est en lui -elle est lui- presque biologiquement, cellulairement. Lui et sa conscience ont la même relation à l’espace et au temps, ils se développent conjointement. J’ai envisagé le village comme s’occupant de lui, de la façon la plus subtile, douce, dans le sens le plus sacré, avec le plus de tact imaginable.
– Pensez-vous que la rédemption d’un homme doit obligatoirement passer par la souffrance ou était-ce simplement la seule et unique façon pour Charlie de s’en sortir ?
C’est une question fascinante. Je pense que je crois sincèrement pour la possibilité d’une rédemption sans peine ni souffrance, mais en y pensant, je n’en trouve aucun exemple, du moins pas qui ne me vienne tout de suite. Cependant, dans le cas de Charlie, je n’y ai pas pensé ainsi. Une fiction échouera presque toujours si son auteur commence par une sorte d’axiome théorique et généralisé auquel il force ses personnages à correspondre par la suite. Cela n’engendre généralement que des poupées de papier plutôt que de véritables être humains. En un sens, Charlie doit traverser la tourmente de l’enfer, toucher le fond avant de parvenir à cette chose incroyablement modeste (mais vraie, authentique) et durement gagnée, que j’ai voulu comme de l’espoir, un espoir potentiellement synonyme de rédemption.
– En vous lisant, je pensais aux romans de David Vann, à cette nouvelle génération de romanciers américains aussi comme Ivy Pochoda qui donnent autant d’importance à l’endroit qui les entoure afin de les intégrer comme un personnage dans l’histoire ?
Je vais rencontrer Ivy Pochoda pour la première fois cet été. Je lui en parlerai. Je pense que lorsque vous avez passez ces années où l’identité se crée, vos années formatrices dans un paysage particulier, ce paysage vous imprègne de la façon la plus profonde possible, même lorsqu’il vous pousse à le fuir. Personnellement, j’habite à un peu plus d’un kilomètre de là où j’ai grandi, au nord de Boston. Je suis un profond, conscient et heureux provincial!
– Pierre Demarty, votre traducteur, m’a dit que vous étiez un gars absolument délicieux et charmant. Où allez-vous chercher cette noirceur de l’âme ?
Vous savez, Pierre est délicieux, charmant et brillant, et un excellent écrivain lui-même, donc il se peut qu’il soit simplement généreux! Je ne sais pas. Ces choses sont de véritables mystères. Lorsque je me retrouve dans le royaume de la fiction, je suis aussi dans le royaume des mystères humains les plus profonds et déstabilisants, le genre de pensées et de sujets qui vous garde éveillé jusqu’à quatre heure du matin: qui sommes nous? Qu’est-ce donc que le sens de tout ça? Ces mystères sont là pour nous questionner, si du moins nous ne pouvons les résoudre dans cette vie. Je n’ai jamais l’intention de gâcher la journée de mon lecteur cependant! Ce qui m’intéresse c’est la persistance de l’espoir, de l’amour, de la grâce, malgré ces pressions bouleversantes qui régulièrement les font exploser. Je prend la vie au sérieux et ne veux pas en expédier l’explication. J’ai également été élevé dans un humour très particulier qui vient du Maine, qu’on appelle “Down East” qui est incroyablement sec, pince-sans-rire, figé et n’est même pas toujours compréhensible si lu trop rapidement. Il y a d’après moi des moments très drôles dans Enon – sombres, drôles d’une façon presque cosmique, mais aussi drôles dans le sens où ils affirment, où ils disent oui à cette vie stressante avec laquelle on se retrouve tous ensemble à négocier.

 

Enon Paul Harding Le Cherche Midi en librairie le 21 août!

enon  Enon, c’est le nom de la ville où va se dérouler l’histoire de ce roman magnifique, tragique, incandescent. Enon, c’est cette Amérique qui ne scintille pas. Harding va nous raconter l’histoire d’un homme qui va voir sa fille de treize ans mourir, sa femme le quitter peu de temps après. C’est l’histoire d’une descente aux enfers et d’une rédemption.

Quand Charlie perd sa fille unique dans un accident de la circulation, c’est toute sa vie qui bascule en une seconde. Commence alors la lente et longue dérive d’un homme meurtri dans sa chair et dans son âme, qui va se raconter, entre deux éclairs de lucidité, entre alcools forts et médicaments qui le rongent. Histoire de l’amour fou qu’un père porte à sa fille, Enon est bien plus que cela, il est aussi le témoignage de ce qui nous fabrique en tant qu’être humain, que tout ce qui nous environne depuis l’enfance va soit nous faire grandir, soit nous détruire. Il y a chez Charlie toute la démesure de la perte, toute cette folie qui l’empêche de croire qu’une autre vie est possible. Mais au bout de cette plongée dans l’âme d’un homme détruit, il y aura une interrogation de l’auteur qui rend ce roman étrangement beau et puissant. Enon fait partie de ces livres qui restent longtemps présent dans votre cerveau, marqué certainement au fer rouge de cette insurmontable douleur qui parcourt les pages.

américa  Paul Harding sera le samedi 13 septembre au Festival América à Vincennes!

Cliquez sur l’affiche pour les horaires de la rencontre!

Dominique Batraville L’ange de charbon Zulma

l-ange-de-charbonM’Badjo Baldini est un italien noir, présent à Port-au Prince le jour du séisme de 2010. De cette ville qui s’écroule, qui meurt, qui souffle, qui hante, qui crie, il va dire tous les noms, chanter toutes les douleurs, écrire sur les murs avec son charbon de bois tous les vers et les poèmes qui naissent dans l’instant de la catastrophe.
Ici, il n’est pas question de roman proprement dit, mais d’une longue plainte lancinante, où le verbe est rédempteur, car comment sortir vainqueur de ce combat contre la nature, sinon en disant la vie, en nommant tout ce qui doit être nommé, conjurer la grande blesse qui coupe la ville, qui tue, qui pourrit les corps et les âmes.
Dans ce pays déjà ravagé par la pauvreté, la corruption, la dictature, c’est une voix que Dominique Batraville nous donne à entendre, celle d’un homme abruti par les mots qui veut sauver sa ville, qui vient nous dire, avec la splendide voix du poète, tout le mal que Monsieur Richter (il nomme ainsi le tremblement de terre !) a imposé à son peuple.
L’ange de charbon est une mélopée grave, mais qui pourtant porte en elle toute la richesse et la sagesse du peuple haïtien.

Dominique Batraville sera présent au Festival América le samedi 13 septembre. Cliquez sur l’affiche pour l’horaire du Café des libraires!

américa

Et au pire on se mariera Sophie Bienvenu Notabilia au Festival América!

bienvenu

Quand Aïcha commence à parler, commence à raconter ce qui l’a mené là (mais où est-ce là et à qui s’adresse-t-elle ?) , on comprend rapidement que nous allons être plongés dans une longue confession, celle d’une enfant au parcours chaotique, à la vie déjà brisée.

Long monologue qui vire à la confession, Aïcha nous parle d’Hakim, ce presque père qu’elle a aimé, avec qui elle a appris à parler anglais en regardant Scarface des dizaines de fois, mais cet anglais où on dit « you wanna fuck with me ? Okay, you wanna play rough ? Okay. Say hello tout my little friend. » Cet Hakim aussi qui l’entraînera loin, trop loin…

Mais il y a aussi Baz, cet autre homme, follement aimé lui aussi, tant qu’elle n’a de cesse de demander comment il va. Un homme deux fois plus âgé qu’elle, et alors, on n’a pas le droit d’aimer, hein ?

Sophie Bienvenu nous raconte la violence d’une enfance volée, entre fantasmes et mensonges, entre réalités et cruautés, elle nous dit cette Aïcha cabossée par la vie. Dans un récit halluciné, on se prend à l’aimer cette gamine qui tente de nous faire croire qu’on peut aimer n’importe qui, n’importe comment et à n’importe quel prix.

 

américa Le samedi 13  septembre salle des Fêtes de l’Hôtel de Ville de Vincennes. Pour le programme du festival, cliquez sur l’affiche!