Interview Paul Harding pour son roman Enon!

enon  Pour la sortie de son nouveau roman Enon qui paraît le 21 août au Cherche Midi dans la collection Lot 49, Paul Harding a accepté de me donner une interwiew!

– Vous avez obtenu le Prix Pulitzer pour votre premier roman « Les foudroyés » (Tinkers). Comment aborde-t-on ensuite l’écriture du second avec une telle pression sur les épaules ?
Avant tout, j’ai été chanceux car quand Les Foudroyés a obtenu le prix, mon éditeur américain Random House avait déjà acheté Enon et j’en étais déjà à une cinquantaine de pages de mon premier brouillon. Ce qui est encore mieux, c’est que l’éditrice de Random House qui a acheté Enon, Susan Kamil, l’a fait sans même avoir lu Les Foudroyés. Donc quand Les fourdroyés est devenu ce relativement gros phénomène et risquait d’entraîner Enon dans son orbite, pour ainsi dire, j’ai toujours pu revenir à ces quelques dizaines de pages et me rappeler “c’est là que repose l’intégrité, la vérité d’Enon” et non pas là bas, quelque part dans Les foudroyés.
En ce qui concerne gérer les après-coups du succès d’un premier roman, je n’ai pas laissé les choses me perturber outre mesure. J’ai travaillé dans de nombreuses librairies au fil des années et suis bien conscient que l’édition est un sport de combat où le public est très partisan, et que le deuxième livre aurait de toute façon son lot de critiques négatives et ce pour différentes raison – il était trop comme Les foudroyés, pas assez comme Les foudroyés, il était trop simple, trop complexe; il était tout simplement le livre après le succès du premier. J’ai tout autant d’opinion concernant ces choses que n’importe qui d’autre, donc il était évident que mes propres livres seraient le sujet de quelques foudres. Les foudroyés aussi a fait du bruit à sa sortie. J’ai été batteur dans un groupe de rock pendant plusieurs années, et après avoir connu les volées de coups que l’on reçoit dans ce domaine, en comparaison, quelques critiques littéraires un peu brusques paraissent relativement plaisantes. Et franchement, je serai déjà bien chanceux si mon plus gros problème était de gérer la pression d’avoir reçu le prix Pulitzer pour mon premier roman, vous voyez? Pauvre de moi!
– Enon décrit la dérive d’un homme, accablé par la douleur d’avoir perdu sa fille. La construction narrative a un seul personnage s’est-elle imposée à vous dès le début ?
Oui, mais si j’y avais pensé d’une façon aussi explicite et pratique dès le début, je serai parti en courant. Toute construction narrative possède ses vertus et ses périls, c’est prévisible. La narration à travers une focalisation interne est merveilleuse car elle véhicule une immédiateté, une intimité qui lui est propre. Mais elle peut aussi virer à la claustrophobie, et c’est difficile de donner au lecteur des visions du monde objectif indépendantes de cette voix narrative. Dans tous les cas, j’ai toujours envisagé le roman comme quelque chose qui tirerait vers la confession, au sens de St. Augustin. Une voix singulière commence à parler directement au lecteur, essaye de lui faire part d’un compte-rendu d’elle-même et de ses actions, avec une foi naturellement sauve, vraie. C’est une confession, une prière, un hymne, une lamentation.
– Enon, c’est le nom de la ville où vit Charlie votre héros, mais n’est-elle pas également l’héroïne du livre, tant le lieu semble avoir modelé Charlie ?
Complètement, oui. Enon abrite Charlie, elle est son port d’attache. Elle l’a formée. Il a presque littéralement été créé de la poussière d’Enon. Elle est en lui -elle est lui- presque biologiquement, cellulairement. Lui et sa conscience ont la même relation à l’espace et au temps, ils se développent conjointement. J’ai envisagé le village comme s’occupant de lui, de la façon la plus subtile, douce, dans le sens le plus sacré, avec le plus de tact imaginable.
– Pensez-vous que la rédemption d’un homme doit obligatoirement passer par la souffrance ou était-ce simplement la seule et unique façon pour Charlie de s’en sortir ?
C’est une question fascinante. Je pense que je crois sincèrement pour la possibilité d’une rédemption sans peine ni souffrance, mais en y pensant, je n’en trouve aucun exemple, du moins pas qui ne me vienne tout de suite. Cependant, dans le cas de Charlie, je n’y ai pas pensé ainsi. Une fiction échouera presque toujours si son auteur commence par une sorte d’axiome théorique et généralisé auquel il force ses personnages à correspondre par la suite. Cela n’engendre généralement que des poupées de papier plutôt que de véritables être humains. En un sens, Charlie doit traverser la tourmente de l’enfer, toucher le fond avant de parvenir à cette chose incroyablement modeste (mais vraie, authentique) et durement gagnée, que j’ai voulu comme de l’espoir, un espoir potentiellement synonyme de rédemption.
– En vous lisant, je pensais aux romans de David Vann, à cette nouvelle génération de romanciers américains aussi comme Ivy Pochoda qui donnent autant d’importance à l’endroit qui les entoure afin de les intégrer comme un personnage dans l’histoire ?
Je vais rencontrer Ivy Pochoda pour la première fois cet été. Je lui en parlerai. Je pense que lorsque vous avez passez ces années où l’identité se crée, vos années formatrices dans un paysage particulier, ce paysage vous imprègne de la façon la plus profonde possible, même lorsqu’il vous pousse à le fuir. Personnellement, j’habite à un peu plus d’un kilomètre de là où j’ai grandi, au nord de Boston. Je suis un profond, conscient et heureux provincial!
– Pierre Demarty, votre traducteur, m’a dit que vous étiez un gars absolument délicieux et charmant. Où allez-vous chercher cette noirceur de l’âme ?
Vous savez, Pierre est délicieux, charmant et brillant, et un excellent écrivain lui-même, donc il se peut qu’il soit simplement généreux! Je ne sais pas. Ces choses sont de véritables mystères. Lorsque je me retrouve dans le royaume de la fiction, je suis aussi dans le royaume des mystères humains les plus profonds et déstabilisants, le genre de pensées et de sujets qui vous garde éveillé jusqu’à quatre heure du matin: qui sommes nous? Qu’est-ce donc que le sens de tout ça? Ces mystères sont là pour nous questionner, si du moins nous ne pouvons les résoudre dans cette vie. Je n’ai jamais l’intention de gâcher la journée de mon lecteur cependant! Ce qui m’intéresse c’est la persistance de l’espoir, de l’amour, de la grâce, malgré ces pressions bouleversantes qui régulièrement les font exploser. Je prend la vie au sérieux et ne veux pas en expédier l’explication. J’ai également été élevé dans un humour très particulier qui vient du Maine, qu’on appelle “Down East” qui est incroyablement sec, pince-sans-rire, figé et n’est même pas toujours compréhensible si lu trop rapidement. Il y a d’après moi des moments très drôles dans Enon – sombres, drôles d’une façon presque cosmique, mais aussi drôles dans le sens où ils affirment, où ils disent oui à cette vie stressante avec laquelle on se retrouve tous ensemble à négocier.

 

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