Ecrire le désir Edition de Julia Bracher Editions Omnibus

bracher  De cette femme qui sous la couverture tient son sein gauche, comme une offrande, comme ce qui sera dit dans cet album qui donne au désir féminin la place qu’elle n’aurait jamais dû quitter, alors que l’homme contrit cherche à se cacher dans les mots qu’elles disent, qu’elles écrivent mais qu’elles peinent à faire exister, car il ne faut rien dire, tout cela est tabou, tout cela est péché. De ce désir qui ne peut être que caché à l’origine, elles seront nombreuses à ouvrir les pans de leurs robes, à donner à voir tous leurs secrets et à écrire les jouissances qu’elles désirent. De Céleste Mogador qui en 1854 faisait ses adieux aux monde, d’Anaïs Nin nous parlant d’Henry Miller comme un homme qu’elle n’était pas, jusqu’à l’affamée Violette Leduc, c’est cette violence sourde du désir nié pendant des siècles, ces mots qui viennent arracher l’évidence qu’il n’y a pas deux mondes étrangers qui ne se croisent que sous les draps. Le désir se partage, l’envie est double, les mains se perdent… Rien d’autre, l’amour peut-être…

Debout-Payé Gauz Editions le Nouvel Attila

gauz  Voilà, on ne m’y reprendra plus à faire la fine bouche devant un bouquin dont tout le monde parle et où je me dis à quoi bon le lire, hein, pourquoi, tout le monde en dit tellement de bien, que, hein, c’est pas la peine d’en rajouter. Sauf que j’avais les épreuves non corrigées depuis un long moment dans ma pile et qu’elles me faisaient ostensiblement de l’œil. Et je me dis, tiens entre deux, pourquoi pas, et là badaboum, impossible à lâcher cette histoire d’Ossiri, le bonhomme devenu vigile dans une parfumerie de la plus belle avenue du monde, mais qui va surtout nous raconter, à la manière d’un griot, avec la faconde du raconteur d’histoires toute l’immigration de l’Afrique à Paris des années Foccard au 11 septembre 2001 ( le chapitre de Kassoum devant sa télévision qui ne lui donne accès qu’à TF1 et M6 le 11 septembre 2001 est un morceau de bravoure littéraire comme il en existe peu!!!!).

Alors ici on rit, car quand le vigile s’emmerde, il compare, il juge, il jauge, il faut dire qu’il n’a rien d’autre à faire. Étude sociologique et sociale sur notre petit monde de la consommation outrancière, Gauz se gausse (oui, j’ai osé!) de nos travers stupides et ridicules. Il grossit le trait devant notre imbécillité et montre notre incapacité à comprendre cette immigration non choisie que nous ne voulons pas voir en nous cachant devant des œillères de respectabilité.

Oui, Debout-Payé est un grand livre qui nous ouvre les portes d’un monde qu’on se refuse à regarder en face, mais qui à tant pourtant à nous apporter sur la compréhension, et l’invincibilité de l’intelligence sur la bêtise.

Les neuf cercles R.J. Ellory Editions Sonatine

ellory  Commencer à lire un nouvel Ellory, c’est accepter de plonger de nouveau dans un monde où l’horrible va côtoyer l’innommable. Dans chacun de ses romans, il nous soumet à cette question lancinante: et nous, qu’aurions-nous fait? Nous sommes en 1974 et John Gaines est rentré du Vietnam avec plus de questions dans la tête que de réponses à la folie des hommes. En devenant shérif de Whytesburg, il espère oublier les cauchemars qui le hantent. Jusqu’à ce jour où on découvre le cadavre préservé dans la boue du fleuve de Nancy Denton, une jeune fille disparue il y a plus de vingt ans. A l’autopsie, on découvrira que son cœur a été ôté et remplacé par par un panier contenant un serpent. Dans ce Sud profond, on manie assez vite les rites païens, le Klu Klux Klan n’est jamais loin, la haine interraciale jette des ombres sur les relations entre blancs et noirs et faire parler les gens relève de l’exploit. Mais c’est quelque part de son expérience de la guerre que John Gaines va puiser les ressources pour affronter ceux qui sont responsables de la mort de Nancy.

Dans ce nouveau roman, Ellory continue avec brio à sonder les circonvolutions de l’âme humaine, de ses travers, de sa violence en entremêlant habilement réalité et fiction et en faisant de John Gaines un héros auquel le lecteur s’identifie avec ses failles, ses secrets, mais aussi sa détermination à chercher la vérité.

Les Pierres Rouges Makyo Delcourt

makyo  Cela fait toujours plaisir de retrouver le dessin d’un auteur qui se consacrait essentiellement au scénario depuis quelques années. Et c’est peu de dire que ces « Pierres Rouges » nous ramènent vers l’univers mystérieux de l’auteur d’ un cœur en Islande ou de Grimion gant de cuir.

Ici, nous sommes en Provence, dans les années 30. Ismaël, jeune gamin d’une douzaine d’années va fuir autant la mort de sa mère que la brutalité de son père ou l’imbécillité du monde qui l’entoure. Cette fuite l’entraînera jusqu’à une étrange maison de pierres rouges où le recueille Esther. Entre eux deux, un drôle de jeu du chat et de la souris naît entre les larmes et les cris, dans le chaos d’une maison vide où un tableau énigmatique va poser une question sans réponse.

Avec ce dessin d’ombres et de lumières rases, avec des plans cinématographiques (n’oublions pas que Makyo est aussi cinéaste!) l’histoire d’Ismaël et d’Esther nous emprisonne vers une résolution que nous espérons dans le tome 2!!!

En ce lieu enchanté Rene Denfeld Fleuve Editions

denfeldQui, me direz-vous, peut avoir envie d’ aller se perdre dans le couloir de la mort, dans cette prison où les sons s’étouffent, où seul le passage de la dame interpelle le narrateur, lui rappelant la vie au-dehors, ailleurs, à jamais perdue. La dame fouille les dossiers, elle est en quête de sauver un de ces condamnés à mort, le pire d’entre eux peut-être, mais si il y a une seule faille dans le dossier, la dame seule sait qu’elle peut la trouver et lui éviter le dernier châtiment. Mais lui veut mourir, il ne veut pas de sa pitié, il sait qu’il est un monstre.

Dans ce premier roman époustouflant de maîtrise, on est saisi par l’écriture. Elle ne nous lâche plus et nous entraîne dans la violence d’un monde fou, celui de la bestialité dont seuls sont capables les êtres humains. On termine le roman groggy, mais avec le sentiment intense d’avoir découvert une véritable écrivaine.

Fannie et Freddie Marcus Malte Zulma Editions

fannie  Dans ce recueil de deux longues nouvelles, Marcus Malte nous balance deux coups de poing en plein visage. La vie, d’après Marcus, n’est jamais un long fleuve tranquille, que ce soit à New-York où se passe la première nouvelle ou à la Seyne-sur-Mer où se passe la seconde.

Fannie va quitter son quartier pauvre pour franchir l’Hudson et les ors de Manhattan. Fannie est en chasse et quand elle va trouver celui qu’elle cherche, elle va simplement lui faire comprendre que la vraie vie ne se trouve pas chez les banquiers des hauts buildings. Fannie est comme ça, une fois attrapé son Freddie, elle ne va pas être gentille. C’est cruellement bien écrit et ça vous accroche des frissons tout le long de la colonne vertébrale.

Dans « Ceux qui construisent les bateaux ne les prennent pas  » (magnifique titre au passage), le lieutenant Ingmar Pehrsson revient sur les lieux du drame qui a marqué son enfance. La mort de son meilleur ami, Paul, la moitié du visage arrachée, est restée inexpliquée. En déambulant dans les quartiers de son enfance, en convoquant les souvenirs, les photos jaunies d’une cité ouvrière démantibulée par la fin des chantiers navals, le fantôme de Paul est partout présent. Bouleversante d’un bout à l’autre, cette nouvelle prouve encore une fois tout le talent de Marcus Malte.