Soumission Michel Houellebecq Flammarion

houellebecq Haro sur le baudet, lit-on déjà dans les gazettes parisiennes, celles qui s’enorgueillissent de savoir avant tout le monde ce qu’il faut penser du dernier roman de Michel Houellebecq, surtout sans l’avoir lu, ou en l’ayant lu à la manière de ce qu’il est bien de penser.
Voulez-vous que je vous dise, je me suis régalé, car en convoquant Huysmans dans ce ballet de quart de vingt et unième siècle, c’est exactement mettre l’église au milieu du village. Huysmans, fonctionnaire du Ministère de l’Intérieur, écrivain, critique d’art, qui va rompre avec tout ce qui fondait son existence pour devenir catholique à la fin de son existence est ce contrepoint de François, maître de conférences raté, à la vie chaotique (qu’elle soit sexuelle, sociale, mondaine, professionnelle…) qui, traversant cette France de 2022, se frottant aux Français de tous horizons (des pages savoureuses avec l’agent de la DGSI et sa femme dans le village de Martel !!!), cherchant à se mettre à l’abri d’une catastrophe non avenue, ni peut-être à venir, noyant ses doutes dans toute bouteille d’alcool fort passant à sa périphérie, se moquant tout autant des politiques que des journalistes, raillant cette intelligentsia connaissant tout et même son contraire, bref, grattant là où ça fait mal, comment vous dire… Houellebecq est magnifiquement con quand il se met autant à nous faire rire de notre propre bêtise, car ne nous y trompons pas, c’est en nous mettant le nez dans nos propres compromissions (pour ne pas dire autre chose) qu’il reste ce bonhomme, clope au bec, qui rigole de tout ce qui va être écrit sur ce qui n’est ni un pamphlet, ni une fable, ni une morale, mais peut-être tout simplement un coup de pied au cul de tout les Cassandre de ce monde uniformisé, lisse, botoxé, sans âme, sans envie, qui galope avec œillères et certitudes vers la catastrophe énoncée. On ne peut s’empêcher de rire jaune, tant Houellebecq a le chic pour se faire l’avocat du diable, vous savez, dans les repas de famille (c’est la saison !) où le tonton un peu bourré commence à parler politique en se resservant un verre de votre meilleur Saint-Emilion et en assénant des vérités ponctuées de « vous verrez ! » ou « je vous l’avais bien dit » ou « on ne fait pas d’un âne un cheval de course » ou in fine « celui qui veut jouer au plus con avec moi est pas sûr de gagner ». Il est comme ça, Michel, il se marre de la comédie humaine avec talent et gourmandise. Allez encore une autre, patron, après, faut qu’ j’y aille !

Publicités

Les arpenteurs Kim Zupan Editions Gallmeister

zupan  Qui sont ces arpenteurs qui vont compter à pas d’homme ce qui sépare l’humanité du diable? Qui sont ces hommes qui vont chercher jusqu’où un homme est capable d’aller dans la cruauté? Et qui sera là, à la fin, pour les juger, les arpenteurs comme les criminels? Qui entre Val Millimaki, l’adjoint du shérif et John Gload, le tueur à sang froid, saura s’interposer, saura voir cet étrange ballet qui se noue entre le gamin et le vieux. Le gamin, Val, trop occupé à se faire une place dans la police est en train de perdre Glenda, sa femme, qui n’en peut plus de ses nuits où il ne rentre plus, de ce temps qu’il donne aux meurtriers.  Le vieux, John a déjà tout perdu, faut dire qu’il n’a jamais rien fait pour espérer quoi que ce soit de la vie. Ici, c’est un jeu du chat et de la souris, sachant que la souris est d’emblée bien plus forte que le chat.

Quand tout se délite, quand la frontière entre la loi et la folie écrête tout sur son passage, où doit-on aller chercher son salut. Val et John iront finalement chacun jusqu’à leurs limites, dans un paysage de désolation où il faudra compter les pas entre les pommiers, prendre une pelle, creuser une dernière fois pour enterrer les dernières illusions. Après… Après rien, un goût de sable, l’odeur de l’armoise à la commissure des lèvres, sans doute partir le plus loin possible.

Pourquoi serons-nous fermés dimanche 21?

crecheA tous ceux qui s’inquiètent parce que nous serons fermés dimanche 21 décembre, à trois jours de l’orgie consumériste qui n’a plus rien à voir avec l’idée de départ ( l’idée de départ, c’est un p’tiot qui naît dans une crèche d’une mère qu’ose pas trop dire au père que ben, comment te dire, et comme elle ose pas, elle tente le truc que plus c’est gros, plus ça passe, le Père, c’est Dieu!)! Deux mille et quatorze ans, ça marche encore, sauf que, comme avait dit le fiston issu de celle qui n’osait pas dire la vérité (le facteur avait de l’attribut!), les marchands du temple ont plus qu’envahi le temple, ils y ont même des zones commerciales, des ouvertures à point d’heure, des étudiants qui paquètentcadeauxent à fond, et même des amazones qui drônent un peu partout, bref… Dimanche prochain, nous serons fermés, je vais pouvoir parler avec mon fils et ma belle-fille que je n’ai pas vu depuis cinq mois, je vais leur fabriquer des choux salés, des choux sucrés et même des éclairs cette année (c’est acté après trois mois de comités, de commissions, d’enquête parlementaire, on va faire de l’éclair cette année!). Oui et tout ça pour vous dire quoi, ah oui, ceux qui veulent acheter compulsivement dimanche prochain, je vous conseille de nous envoyer un mail à lib.stchristophe@orange.fr, on s’occupe de tout, notre mail travaille 24h/24, c’est un bon gros mail qui ronronne, par contre, pour les choux, on ne livre pas, on se les mange tous pour avoir une pêche d’enfer, dès lundi matin pour vous accueillir tous et toutes… et vous savez pourquoi, parce que de vous voir, c’est tellement mieux que de vous imaginer derrière un écran… A très bientôt!

Comment les grands de ce monde se promènent en bateau Mélanie Sadler Flammarion le 7 janvier en librairie!

mélanie C’est un drôle de petit livre que ce premier roman de Mélanie Sadler, un roman au goût d’Orient, mais aussi aux goûts épicés du Mexique. Car il sera ici question de mélange, de chamboulement historique, de vision nouvelle de la conquête de l’Amérique, d’incunables ressortis poussiéreux des caves, de longues dissertations sur le pourquoi et le comment de l’anéantissement des Aztèques, d’une déesse cachée dans un dessin ottoman. Bref, vous le dire en un mot comme en cent, c’est une sacrée aventure qui vous attend! Sachant également que l’un des héros de ce livre a pour nom J.L Borges, mais pas le vrai, un autre, que don Quichotte traverse quelques pages, que Gabriel Garcia Marquez passe aussi d’une seule phrase, vous avez compris que cette fable résolument maligne nous entraîne encore plus loin qu’on ne l’imaginait au début. Il y sera aussi question d’amour, de Suleyman le Magnifique, d’une Mosquée incomparable, bref il y sera question de ce qui fait la force et la beauté du roman, l’émerveillement. Et n’est-ce pas là l’essentiel?

Les blondes Emily Schultz Asphalte Editions en librairie le 8 janvier 2015

blondes  Que voulez-vous que je vous dise sur les « Blondes » sans que cela ne vous fasse soit marrer, soit hausser les épaules. La blonde, vue par Emily Schultz a cette capacité à vous foutre la vie en l’air, du moins celle que vous imaginiez le matin en vous levant, en allant prendre le métro et alors… Alors quand une blonde hors d’haleine pousse une gamine sous le métro… tout le futur d’Hazel Hayes va en être bouleversé.

Elle est enceinte de son professeur d’université, elle ne sait pas trop s’il lui faut garder l’enfant( m’enfin elle ne cesse de lui parler, ce qui donne une idée…) elle navigue entre Brooklyn et Toronto, elle cherche un demain à ce qui lui faisait office d’hier, elle surfe entre les blondes tueuses qui hallucinent la planète et les coréennes barmaids qui cherchent surtout à s’en sortir. Elle appelle sa mère, elle appelle sa meilleure amie, elle jongle entre les continents, elle n’est jamais là où elle devrait être. Hazel voit son ventre grossir, Hazel a envie de retrouver Karl, le géniteur, Hazel essaye de comprendre une seule chose: est-ce que le désir peut-être source de tant de désordres?

Elle va revenir jusqu’au début de l’histoire, celle qu’elle ne pensait pas connaître, mais qui va lui être comme une révélation. Il ne faut jamais laisser aux autres le soin de construire votre histoire, c’est à chacun de se la fabriquer. Hazel va réussir, par le biais d’une femme qu’elle n’aurait pas imaginée être aussi attentionnée, devenir cette mère qu’elle ne pensait pas être. Il en faut parfois du temps, il en faut des étapes, mais, au bout du compte, ce qui restera sera cette capacité au mensonge, juste mais pas trop… Pas trop… Emily Schultz nous fait passer, comme si cela n’était qu’une fable, cette magistrale manière qu’à l’homme de se défausser, d’oublier. Ce que dira Hazel dans sa dernière page est l’évidence, mais il vous faut la lire comme l’ultime réponse à ce voyage… Une virgule, une larme, tourner une dernière page, merci Hazel!

C’est Noël à Saint Christophe!