Comme tous les après-midi Zoyâ Pirzâd Zulma

LaSolutionEsquimauAWConnaissez-vous la douceur des après-midi en Iran, ces moments où le souffle s’estompe, où les mots sont chuchotés par les femmes, avant que les hommes ne rentrent du travail. C’est dans ces instants entre les ombres et les lumières que vient écrire Zoyâ, là où il ne devrait rien se passer et pourtant, c’est là qu’elle crée un mouvement, oh, imperceptible pour celui qui ne sait pas voir, mais ce mouvement vient tout simplement bouleverser l’ordre des choses établies. En dix-huit récits, comme des petites taches de couleur sur un ciel sombre, elle nous raconte cet Iran qui n’a rien à voir avec la géopolitique, mais tout simplement avec l’humain. Ici, ce qui bouge, c’est une épaule, c’est un cou, c’est une main, c’est une toute petite chose qui raconte bien plus qu’un accident, car chaque accident est dans une phrase, dans une question posée qui n’appellera pas de réponse, dans une porte fermée, dans un long silence où la femme, regardant par la fenêtre, ne verra rien d’autre qu’un jardin. Alors, me direz-vous, est-ce là de la littérature? Oui, bien plus que vous ne pouvez l’imaginer, elle est imbriquée entre les mots, un chapelet avec bien plus que sa dizaine, une invitation à rencontrer bien plus d’un paysage.

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Mentir n’est pas trahir Angela Huth Quai Voltaire

huthGladwyn est un homme comblé. Il vit dans la banlieue de Londres avec sa femme adorée Blythe et leur fils Tom.Son travail lui plaît et il se complaît dans sa routine familiale. Une seule chose semble le froisser, il préférerait vivre à la campagne. Alors qu’il vient de rendre visite à sa mère, il porte secours à une jeune femme qui s’est blessée et la transporte jusqu’à l’hôpital. C’est tout en douceur que le souvenir de cette rencontre va s’insinuer en lui. Comme un lent poison. Même s’il ne veut l’admettre, il a été troublé bien plus qu’il ne semble le croire. Gladwyn tombe amoureux de Lara, histoire classique du mari qui prend une maîtresse, sans jamais envisager de quitter sa femme qu’il aime. A partir de ce moment de l’histoire, Angela Huth nous raconte la plongée d’un homme dans le mensonge et combien il s’y installe. De sa très belle écriture, Angela Huth nous donne à voir le genre humain sous son jour le plus détestable, mais néanmoins attachant. Et le titre est on ne peut mieux choisi!

Hélène

Bravo Régis Jauffret Editions du Seuil

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Vieux, sales et méchants !
Dans l’idéal, de Régis Jauffret, peut-être faut-il mourir jeune et en bonne santé, car ses vieux sont terribles. Etre en bout de course ranime les rancœurs, pousse à bout les pulsions et confirme à son auteur que « la vieillesse est un naufrage », surtout pour certains.
Après trois livres inspirés d’une actualité glaçante, Régis Jauffret revient vers cette banalisation du quotidien qui lui avait si bien réussi dans ses « Microfictions ». Ici, ils ne sont que seize, seize vieux et vieilles, tous autant désagréables, pourris jusqu’à la moelle, taciturnes et mauvais coucheurs, encombrants personnages de fins de vies qui ne songent, la plupart, qu’à justement pourrir le quotidien de leurs survivants. Et là où on devrait trouver cela épouvantable, on se prend à rire, à les comprendre, presque parfois jusqu’à approuver les cacochymes ! C’est dire si l’auteur a de la brillance dans son texte, car ce qu’il faut avant tout retenir de ce nouveau « roman » de Régis Jauffret, c’est cette écriture qui emporte tout et nous ravit. Comment savoir parler de la vieillesse, l’auteur nous rassure, il s’en rapproche et n’a que peu d’envie d’y goûter vraiment : « un jour, je me tuerai ! » nous prévient-il, afin que nous comprenions qu’il n’a pas l’envie d’être comme ses personnages, ces inventions brutes qui ressemblent pourtant, et avec beaucoup de pertinence, à certains de nos vieux, ceux qui nous encombrent parfois, sans qu’on n’ose le dire, ceux qui couinent, ceux qui râlent, ceux dont on ne sera jamais. Mais comme me le dit ma mère (87 ans !), on vit trop vieux ! Mais là où Jauffret est malin, c’est qu’il nous propose un patchwork de vieux qui nous permet de choisir celui qui ressemble le mieux à celui que nous avons-nous-même en magasin. Le vieux furibard, le vieux joyeux, le vieux coming-out, le vieux salace et le vieux alternatif. Comme à la foire du Trône, il y en a pour tous et toutes, parfois on se prend à en aimer un, il devient horrible et l’autre qui nous faisait horreur finit par nous émouvoir.
« Bravo », c’est cette envie de continuer à vivre, mais c’est aussi cette peur qui nous assaille tous et toutes, reculer la montre, c’est cette société qui nous demande de rester jeune envers et contre tout, mais l’horloge biologique n’a rien à voir avec les magazines et les petites pilules bleues qui nous font croire à notre éternité relative. « Je rejoindrai au printemps leurs terres crépusculaires. Avec l’enthousiasme des désespérés, je continuerai à écrire tant qu’il restera des mots », ce qu’il y a de bien avec Jauffret, c’est que vieux et jamais con, il va encore nous amuser, nous séduire, nous faire rire et pleurer de ses bons mots, de ses bons livres, bref de cette envie de vivre. Vivre pour ne jamais mourir ! C’est ainsi qu’il faut lire ce formidable roman qui n’en est pas un, cet arlequin de vieux rapiécés, qui en prenant de l’âge nous assènent quelques vérités dont nos sourires jaunes ne mesurent peut-être pas encore l’inéluctable vérité.

Traité de Miamologie par l’Équipe de 180°C

miam Enfin un traité de miamologie, me direz-vous! Oui, il était temps que la miamologie sorte des grimoires et envahisse cet espace qu’elle n’aurait jamais dû quitter, notre cuisine! Qui n’a jamais frémi à l’idée de la réaction de Maillard ne peut effectivement pas comprendre ce bonheur qui m’étreint en ce jour où je tiens fiévreusement l’objet de ma convoitise. Oui, une bonne fois pour toute, n’ayons pas peur d’affirmer que la miamologie (pour les ignorants, je rappelle qu’elle est l’étude des disciplines nécessaires aux gourmands!) va faire progresser notre connaissance de l’onglet au poivre de manière fabuleuse, bouleversera les idées fausses sur le cabillaud mariné aux oranges sanguines, et nous guidera, coquille de noix sur l’océan, jusqu’aux mystères du foie de veau sauté! Enfin, afin de convaincre les derniers réticents, vous saurez tout sur le poireau vinaigrette!!! Je vous l’avais dit, ce traité est indispensable à qui veut mieux comprendre ce qui se passe entre la poêle et l’entrecôte au moment où l’une rencontre l’autre dans une sorte de fusion amoureuse où le dénommé Maillard, cité plus haut, porte une grande responsabilité. Tout cela pour la modique somme de 25€, quand je vous disais que la culture sait souvent être raisonnable!

Rosa Tome 1 François Dermaut Glénat

501 ROSA T01[BD].indd  C’est en accompagnant Bernard Ollivier (dont il avait dessiné les carnets d’une longue marche!) qu’est née cette fabuleuse « Rosa » qui paraît aujourd’hui aux Éditions Glénat. D’un synopsis de 120 pages, François Dermaut nous livre ici le premier tome de l’histoire de Rosa, mariée à un homme de vingt-cinq ans son aîné, tuberculeux et qu’elle n’a pas les moyens de soigner. Quand les hommes du village se targuent de lancer un concours sur celui qui est le meilleur amants, elle, qui leur sert à boire au bistrot, regarde ces coqs de pacotille sortant leurs ergots.Quand il est question de choisir celle qui devra noter, Rosa va se proposer. C’est ainsi qu’elle va découvrir, un à un, tous les secrets enfouis, toutes les compromissions de ces hommes et elle découvrira également ce qu’elle ne soupçonnait pas, le pouvoir qu’elle exerce sur eux. Par son dessin et sa mise en page, François Dermaut réussit une magnifique bande dessinée, une satire du monde rural du début du vingtième siècle où le poids de la religion influait sur les destins.

Nid de vipères Edyr Augusto Asphalte éditions

edyr Je vous ai déjà parlé des précédents romans d’Edyr Augusto, cette nouvelle voix qui nous vient du Brésil et nous raconte du noir de chez noir, celui qui strie les corps, qui arrache les dents, qui montre la corruption comme un point noir sur le nez de la plus belle des filles du monde… Ici, la plus belle des filles s’appelle Isabela Pastri. Elle a décidé d’aller dans la pire des vengeances, celle qui s’inscrit dans le corps, celle qu’il faut aller chercher avec cette évidence qu’au bout du chemin, il n’y aura pas vraiment de porte ouverte, car ici, tout se paye, tout se monnaye, tout n’est que violence et blanchiment. Dans un texte où tout est haché, avec cette écriture qui ressemble aux pages de journaux bon marché, Edyr Augusto nous emmène loin, très loin, dans cet abyme où Isabela a choisi de se perdre. Il y a cette urgence à dire et à écrire pour Augusto ce Brésil qu’il aime, mais dont il ne sait finalement que faire. C’est un texte qui se lit le souffle coupé, les yeux comme des balles qui inventent le corps d’Isabela, une langue qui reste sèche quand le dernier avion s’envole, avec le silence des morts.

Neonoir chez Gallmeister, c’est le 5 mars!

0879-cover-church-54b515fb5016b  C’est une pure coïncidence, mais le jour où sort le nouveau Fred Vargas, attendu par les aficionados de l’une des reines du roman noir français, sortent également les romans de la nouvelle collection des Éditions Gallmeister: « neonoir »! Autant le dire, les lecteurs sont gâtés! Fidèle à sa ligne et à la confuite de sa maison, Oliver Gallmeister nous régale ici, encore une fois ( ou comme à chaque fois, je ne sais plus!), de nouvelles pépites d’auteurs! Jake Hinkson, dans l’enfer de Church Street nous entraîne dans une ballade en voiture avec un prêcheur obèse qui raconte sa vie à un tueur censé le descendre. Hinkson, prêcheur lui-même et alcoolo, sait de quoi il parle manifestement! Ici, on explore les bas-fonds de l’âme humaine, les compromissions avec Dieu( mais que vient faire Dieu d’ailleurs dans tout ça!), on tue plus par lâcheté que par nécessité et la rédemption (voir avec Dieu si c’est possible!) n’a pas cours. Un roman diablement inspiré! Deux autres romans sortent simultanément « Exécutions à Victory » de S.Craig Zahler, j’y ai jeté un œil, ça déménage sauvagement et » Pike » de Benjamin Whitmer! Que vous dire d’autre que foncez chez votre libraire (indépendant évidemment!)