Neverhome Laird Hunt Actes Sud sortie le 2 septembre

huntDe paille et d’acier…
« J’étais forte, lui pas, ce fut donc moi qui partit au combat pour défendre la République ». Les mots de Constance Thompson résument le roman. Au début de cette guerre civile américaine, Constance va laisser Bartholomew à la ferme et elle ira combattre à sa place, travestie en homme, car « il était de paille et j’étais d’acier ».
Constance va devenir Ash. Comme elle l’a promis à sa mère, devant sa stèle funéraire, elle aussi va partir, combattre, faire ce qu’elle a en elle, se forger un destin, ne pas dépendre, ne pas attendre. Avec ses mains calleuses de fermière, ses bras de lutteuse, elle s’imposera aux hommes du régiment et ceux qui voudront la jeter à poil dans la rivière pour son premier jour, choisiront une autre victime.
Constance est devenue Ash. Elle boit, fume, creuse les tombes des soldats morts. Le camp sent la charogne, les hommes traînent leur puanteur comme des oriflammes, et c’est alors qu’Ash redevient Constance dans ces lettres qu’elle écrit à son mari. Elle y retrouve toute la tendresse de ce couple amoureux qui ne s’écrivait jamais, mais qui chacun pour l’autre savait briller d’attentions. Il y a, au milieu du tumulte, certaines fleurs qui poussent dans le sang des champs de bataille.
Ash va tuer. Et ce premier homme sur lequel elle fait feu, tué d’une seule balle sous le sein gauche, va être cette révélation qu’il faut apprendre à oublier tout sentiment. Alors qu’elle avait l’envie de prendre la tête du mort dans ses bras, afin de le bercer une dernière fois, comme une vierge à l’enfant, elle s’en garda, car la guerre n’a rien à faire des regrets éternels.
Constance continue d’écrire à son homme. Elle lui raconte sa guerre, sachant déjà qu’il ne peut rien en comprendre. Les mots ne peuvent raconter, ils ne sont qu’un constat et dans l’immense barbarie, elle cherche à le rassurer. Quand elle est faite prisonnière par les rebelles, ceux du Sud, c’est en finesse qu’elle s’en sortira, mais tout en faisant gronder l’artillerie. Le conflit continue, les régiments sont décimés, les morts s’entassent, on ne prend plus le temps de les enterrer. Les fantômes la hantent, ceux d’hier et celui de sa mère particulièrement, comme ceux d’aujourd’hui qui hantent les champs de ruine.
Mais quand il faudra défendre sa terre, son homme, elle prendra le chemin du retour. Elle a laissé tomber l’uniforme, c’est en femme qu’elle revient, qu’elle croise certains de ses anciens compagnons. C’est en femme qu’elle redevient humaine, après avoir traversé dans sa propre chair les tréfonds de la folie. C’est en femme qu’elle reverra le Colonel devenu Général, celui qui a deviné, peut-être, qui elle était, mais qui l’a protégée de tous et d’elle-même surtout.
A la manière d’Ulysse revenant vers Ithaque, Constance va creuser son Odyssée, terminer son voyage dans la tragédie, celle où n’existe nulle rédemption, où le courage ne sert à rien, où être un homme ne donne aucun avantage, où la peur vous fait commettre l’irréparable, où la seule chute d’un homme, d’un amour, vous renvoie à tous vos cauchemars, ne vous laissant plus jamais en paix. Il n’y a plus de paix pour ceux qui se nourrissent de la guerre.
Laird Hunt nous offre un roman éblouissant sur le sens même de l’engagement, sur la fragilité de nos propres croyances au prisme d’une héroïne rare et bouleversante. Ash-Constance est de ces personnages qui vous hantent longtemps. Longtemps…

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