Opération Napoléon Arnaldur Indridason Editions Métailié

arnaldurJ’avoue, je n’avais plus lu d’Indridason depuis « la femme en vert » il y a de nombreuses années. Est-ce le fait qu’Erlendur ne traîne pas ses guêtres dans celui-ci qui m’a fait l’ouvrir? Sans doute. Et j’ai bien fait, car je n’ai pas réussi à lâcher Kristin, cette jeune femme qui va chercher à percer le mystère de ce Junkers avalé par un glacier à la fin de la seconde guerre mondiale. Il y a des bons Islandais et des méchants américains, des rebondissements à chaque chapitre. Au fur et à mesure que le glacier rejette ses secrets, on pense avancer vers la résolution de cette fameuse opération Napoléon, mais, mais, mais. Indridason a toujours cette manière d’inviter le passé dans notre monde et aussi d’interroger le lecteur sur cette inquiétante manière qu’ont les ultra puissances (ici en l’occurrence la gigantesque machinerie secrète américaine!) de faire fi de l’intégrité d’un territoire et d’en bafouer toutes les règles internationales pour leur unique profit.

Redoutablement efficace, Indridason nous entraîne, à toute haleine, dans un des mystères de l’histoire contemporaine!

Puerto Apache Juan Martini Editions Asphalte

puertoPuerto Apache est une enclave, un bouton sur le nez de la belle Buenos Aires, un bidonville autogéré dans cette période de crise de la fin des années 90. C’est ici que vit le Rat. Mais au début du roman, Le Rat se fait rouer de coups par des petites frappes. Le Rat n’a rien fait, son boulot, c’est de retenir des chiffres que lui dit un type et de les réciter à un autre type. A part ça, il picole un peu, a une femme qu’il ne sait pas trop aimer, deux gosses tombés du nid on ne sait comment. La vie est simple pour le Rat.

Le Rat va s’en sortir du passage à tabac. Et la seule chose qui va l’intéresser, c’est de savoir quel est le salopard qui l’a ordonné. Il suffit de se promener, ouvrir des portes, délier des langues, raconter sa vie, son vieux, la belle Maru, Cuper et tant d’autres personnages hauts en couleurs qui peuplent autant le roman que le bidonville. Puerto Apache est un hommage aux exclus, à ceux qui ne vivent pas dans les beaux quartiers, mais qui pourtant optimise un peu tout. Il y a de la joie à Puerto Apache, de l’amour qui s’enfuit, des flingues dans les poches, de la coke jusque dans les culottes des filles et des filles qui n’en sont pas vraiment. C’est un patchwork de mondes, c’est le récit cruel et enamouré d’un auteur pour le peuple qui revendique lui-même d’être « un problème du XXIème siècle ». Bref, c’est à lire absolument!

Quand le diable sortit de la salle de bains Sophie Divry Notabilia

divryA priori, lire un roman sur une chômeuse, écrivain en panne d’inspiration, n’a rien d’attirant. Et pourtant vous auriez bien tort de ne pas vous laisser prendre aux fourches caudines de ce diable sortant de la salle de bains! Car Sophie Divry a beaucoup de talent et elle vous fera vivre aux côtés de son héroïne ce qu’est vraiment cette situation qui nous guette tous un jour ou l’autre. Vous aurez faim avec elle, vous compterez et recompterez le peu d’euros qu’il vous reste pour aller juste au bout de la semaine, vous vivrez ces conversations ubuesques avec pôle Emploi et vous sentirez aussi combien votre propre famille ne comprend absolument rien à ce que vous vivez. Mais c’est écrit sans compassion, sans pathos, car Sophie Divry a ce ton toujours optimiste et s’autorise des digressions qui rendent son roman vivant, jouant sur les typographies, le rythme et puis il y a le diable, Lorchus, son diable qui complique bien les choses. Alors, allez-y sans problème, c’est drôle, pétillant, intelligent, moderne, c’est la vie!!!

Hélène