L’intérêt de l’enfant Ian McEwan Gallimard

mcewanPourquoi et comment cela bascule? Comment la vie que l’on imaginait sans heurts et sans failles vous renvoie aux interrogations les plus essentielles? Dans ce roman, Ian McEwan nous interroge, et dans ce questionnement, la voix de Fiona, son héroïne résonne fortement. Le titre est un prétexte a nous emmener bien plus loin qu’une simple histoire de juge aux affaires familiales. Dans son métier, Fiona doit juger, donner raison et Dieu sait combien les poids de la balance de la justice peuvent pencher selon les circonstances. Alors que Jack, son mari, lui avoue qu’il va quitter le domicile conjugal, qu’il ne veut pas passer à côté de sa vie, elle se débat avec des affaires plus glauques les unes que les autres. Se rend-t-elle compte qu’elle a laissé filer sa vie personnelle au détriment de son travail? Sans aucun doute, mais elle ne peut laisser cet adolescent mourir. Adam Henry a dix-sept ans, est témoin de Jéhovah et ses parents s’opposent à une transfusion sanguine qui pourrait le guérir de sa leucémie. Dans des pages éblouissantes de pudeur, de retenue, d’émotion, Ian McEwan nous confie les tourments de Fiona sur cette décision qui doit décider de la vie ou de la mort d’un enfant. Où et quand commence l’intérêt de l’enfant, où et comment doit-on mettre la vie au-dessus de tout? Il est impossible de vous délivrer toutes les clés de ce roman superbe où, encore une fois, Ian McEwan nous cisèle des personnages en permanence sur le fil ténu de la vie, où un seul geste, une seule attitude peut bouleverser toute une existence. C’est un grand magicien du verbe et de la phrase, de l’équilibre de nos émotions qui nous donne un roman étonnant sur la passion, l’amour, et ces instants qui nous entraînent vers l’insondable tourment de cette question: Qu’aurions-nous fait à sa place?

Petit Piment Alain Mabanckou Éditions du Seuil

pimentAlain Mabanckou revient au Congo, ce Congo qui l’a vu grandir et où mille histoires naissent à chaque instant, car ici chacun est conteur, chacun est menteur, chacun est truqueur. Petit Piment, l’orphelin de Pointe Noire va grandir entre l’orphelinat et le bordel de maman Fiat 500. Débrouillard, rusé, il vivra de petits boulots et de trafics en tout genre. Mais quand il commence à perdre la tête, quand ses souvenirs s’embrouillent jusqu’à devenir une page blanche, c’est un autre roman qui commence, drôle, africain en diable où les docteurs en médecine croisent les marabouts qui guérissent de tout, et même des maladies qui n’existent pas. Dans sa folie, Petit Piment nous entraîne à sa suite, jusqu’à commettre l’acte irréparable, déjà écrit dans son enfance. Touchant, poignant, éminemment drôle, Alain Mabanckou sublime encore une fois son Afrique dans un chatoiement d’une langue française qu’il est seul à parler.