Popa Singer René Depestre Éditions Zulma

LaSolutionEsquimauAWLe retour de René Depestre au roman est déjà un évènement. Depuis 26 ans, on attendait du grand écrivain haïtien qu’il nous fasse encore chanter sa prose plurielle, colorée, ambrée comme un rhum, joueuse comme seule sait l’être la langue française des Caraïbes.
1957, Papa Doc vient d’arriver au pouvoir avec sa clique de Tontons Macoutes, tous plus fous les uns que les autres. L’anarchie règne en maître sur cette île où le vaudou imprime les âmes, détruit les corps, abrège les souffrances, enfin, il paraît !
Arrive sur l’île le fils de Popa Singer, celle qui a fait de sa machine à coudre, son instrument du bonheur, sa façon de gagner sa vie honnêtement, en cousant, au fil de l’eau, pour faire vivre ses cinq orphelins. Ce fils, Régis, qui n’est que l’alter ego de René Depestre a bien connu Papa Doc, avant. Oui avant que celui-ci n’accède au pouvoir et ne devienne fou. Régis est plutôt communiste, ce qui déplaît évidemment à la clique en place. Et nous voici embringué dans la folie de l’île, dans les discours sans fin, dans ces nuits où la police frappe aux portes, entraîne des innocents aux pelotons d’exécution. Ou le moindre mot de travers contre Papa Doc vous fait être « empapadoquisé », je vous laisse imaginer le supplice !
Il y a dans ce roman toute la folie de la langue haïtienne, l’imprégnation du vaudou dans toutes les âmes des personnages, des métaphores éblouissantes, des rires et des larmes, la violence de ce Maître Ubu qu’est Papa Doc, avec toute la bêtise des dictateurs fantoches qui sont prêts à faire mourir le peuple pour leur simple glorification, mais il y a surtout cet amour de René Depestre pour son peuple, pour sa famille, pour tout cet Haïti qui souffre de l’incurie de ses gouvernants, à cette époque, mais aussi aujourd’hui.
C’est le roman d’un homme de 90 ans qui, je crois, ne s’est jamais remis d’avoir raté son Haïti, d’avoir dû fuir son pays. L’exil empêche de faire, heureusement il y a les mots qui transgressent la bêtise des hommes. Ceux de René Depestre sonnent comme un oriflamme à la gueule des imbéciles, et ça fait beaucoup, beaucoup de bien !

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