Les fondamentaux de l’aide à la personne revus et corrigés Jonathan Evison Editions Monsieur Toussaint Louverture

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Jonathan Evison nous livre ici une version bien revisitée des ces fondamentaux de l’aide à la personne, tel qu’un être normalement constitué, peut y penser. Prenons le personnage central de ce récit, à savoir le dénommé Benjamin Benjamin (à chacun sa croix disait déjà Humbert Humbert!) qui, après un passé assez peu reluisant, va devoir s’occuper de Trev, un ado myopathe, capricieux et débordant d’une imagination débridée (c’est un euphémisme!). Rapidement s’instaure entre eux deux une complicité, peut-être due justement au fait que la vie ne leur a pas fait que des cadeaux. Mais quand Trev décide d’aller voir son père, alors que celui-ci l’a renié quand il a appris la maladie de son fils, c’est Ben qui va les conduire. Et nous voilà parti dans un road-movie échevelé où les rencontres vont se multiplier. Et tout l’art de Jonathan Evison réside dans le double récit de ce voyage et du passé de Ben, cette tragédie qu’il a vécu et qu’il pense avoir provoquée. On bascule de l’émotion à l’hilarité, de la tendresse au tragique, mais avec une humanité que l’auteur sait instiller dans chacune des situations. Entre beaux personnages et grands espaces, encore une fois, Monsieur Toussaint Louverture  nous propose une magnifique découverte!

Hélène

 

La carapace de la tortue Marie-Laure Hubert Nasser

carapaceClotilde est une jeune femme que nature a doté d’une forte constitution, et dans la société actuelle, ça ne passe pas vraiment. Rejetée par ses parents, elle s’est enfuie à Paris où elle fait des ménages en tentant de se rendre la plus invisible possible. Sur un coup de tête, elle revient à bordeaux où sa grande tante, Thérèse, va l’accueillir. Cette dernière, qui ne peut plus sortir de son lit à son grand âge, possède, en effet, un immeuble dans lequel vivent des locataires triés sur le volet! Et toute cette communauté va tenter de faire changer Clotilde, la faire évoluer, sous l’œil avisé de Thérèse. Tout ceci va entraîner Clotilde dans des relations amicales qu’elle n’imaginait pas, et Thérèse mettra tout en œuvre pour que chacun donne à la jeune femme ce qu’elle n’a jamais reçu avant. Ceci la révèlera à elle-même et aux autres, car sous la carapace bat un cœur très tendre…

 

Rio T1 Dieu pour tous Louise Garcia Corentin Rouge Éditions Glénat

rioPremier tome d’une série prévue en 4 épisodes, Rio de Corentin Rouge et Louise Garcia nous plonge au cœur de cette mégalopole brésilienne. Rubeus et Nina vont se retrouver seuls à errer dans les rues, après le meurtre de leur mère. Ils vont rejoindre une bande de gamins des rues où la violence tient lieu de loi. Entre flics corrompus, gosses abandonnés, les auteurs nous peignent la vision forte du Rio actuel où la plus extrême pauvreté côtoie les plus grandes richesses. Après « Juarez », Corentin Rouge donne une force implacable au scénario par son dessin réaliste, il croque des gueules implacables et dessine la ville de Rio avec une justesse saisissante. On a déjà hâte au tome 2!

L’apprentissage de la ville, le bonheur des tristes Luc Dietrich Le temps qu’il fait

dietrichA l’occasion de la reparution des deux romans de Luc Dietrich aux Éditions Le Temps qu’il fait, j’ai demandé à Frédéric Richaud, spécialiste de son œuvre et qui présente les deux ouvrages, de nous donner un éclairage nouveau pour ceux qui ne connaîtraient pas ces deux romans magnifiques.

Que ressentez-vous à la reparution des ces deux romans?

Enormément de plaisir. Georges Monti, l’éditeur du Temps qu’il Fait, a fait un travail formidable.

Cela fait plusieurs années, maintenant, que je m’occupe de la promotion de l’œuvre de Luc Dietrich. Je le fais toujours avec beaucoup de bonheur et de fierté. Ses deux romans comptent, pour moi, parmi les plus beaux livres que j’aie jamais lus.

J’ai envie de vous dire qu’ils sont toujours aussi actuels?

Sans aucun doute. Déjà parce que son écriture n’a pas pris une ride. Mais aussi, et surtout, parce que les thèmes qu’il a abordés, il y a 80 ans, sont toujours d’actualité. Luc Dietrich n’a jamais écrit pour faire de la littérature. Lui qui connut une enfance misérable, toute faite de drames, de deuils, d’abandons, n’écrivit jamais que pour tenter de se réconcilier avec son existence. Ses deux romans autobiographiques sont nés d’un désir, d’une nécessité impérieuse, vitale : comprendre quelque chose à, je le cite, « ce bref moment de vie qui nous est donné entre deux étoiles. » Cette quête existentielle passe les époques et les modes. Elle est universelle.

Ce qui rend les livres de Dietrich proches de nous, c’est aussi parce que la période dans laquelle ils baignent (l’entre-deux guerres, puis la guerre 39-45) ressemble assez à la nôtre : un monde d’où le sens et la paix se retirent, où l’on peine à trouver sa place, où l’avenir effraye plus qu’il ne rassure. Comment lutter contre le désespoir qui guette ? Luc Dietrich, dans ses livres, sa démarche, apporte une réponse formidable (que lui a soufflée son grand ami Lanza del Vasto) : « Si tu veux un monde meilleur, plus juste, plus fraternel, commence par le construire en toi. »

Que diriez-vous à ceux qui ne connaissent pas ces deux romans pour les inciter à les lire?

Un simple conseil : ouvrez-les ! Je suis prêt à parier qu’une fois entre vos mains, vous ne pourrez plus les refermer…

Plus concrètement, le lecteur y découvrira une langue magnifique, aux reflets toujours changeants, inventive, drôle, sensible, émouvante. Une langue au service d’une quête intérieure doublée d’une histoire hors du commun, la sienne, digne d’un véritable roman d’aventure, remplie de péripéties étonnantes.

S’il fallait donner le goût de son style, je retiendrais ce passage, extrait de L’Apprentissage de la ville : « Nous vivons enfoncés dans la mort comme les racines dans la terre. Nous vivons notre mort. (…) Pourquoi est-ce seulement dans le sommeil que nous nous dressons en sueur au milieu de ces lianes, de ces graines en poussière et de ces jets de sève ? Mais c’est tout éveillé qu’il nous faudrait craquer comme la graine crie et se fend, jaillir au-dessus des insectes, des épis, des grands arbres, des grands rocs, des grands nuages oublieux, de la nuit froide et creuse sous qui les astres pendent, enfoncer la croûte du ciel et marcher dans les chemins où nous rencontrerons nos fruits.»

Luc Dietrich est-il un oublié de la littérature (je rappelle que vous venez de publier « Le coiffeur de Marie-Antoinette et autres oubliés de l’histoire aux éditions du Cherche-Midi!)?

 Les admirateurs de Dietrich sont plus nombreux qu’on ne le pense (à commencer par Hubert Haddad, Gérard Mordillat, Jean-Marie Rouart, Amélie Nothomb, jusqu’à Mylène Farmer…). Je préfère « délaissé » à « oublié ». Depuis des décennies, Dietrich navigue sur la crête étroite qui sépare l’ombre de la lumière. Une position inconfortable mais qui correspond somme toute assez bien à ce que fut sa vie, brutalement interrompue à 31 ans, lors du débarquement de Normandie, en 1944, au moment même où il était persuadé d’être sorti des limbes et d’avoir enfin trouvé sa raison d’être sur Terre.

Sweetgirl Travis Mulhauser Éditions Autrement

sweetgirl C’est la voix de Percy qui va nous guider dans ce roman âpre comme le vent et la neige qui hantent les forêts du Nord Michigan. Percy cherche sa mère, Carletta. Elle doit encore s’envoyer en l’air chez ce taré de Shelton. Quand Percy arrivera dans la ferme de Shelton, elle découvrira sa mère droguée à mort, et un bébé qui hurle dans une chambre sans fenêtre, le visage sous la neige. Une petite fille de six mois à peine. Alors, elle va fuir avec la petite sous le bras.

Commence alors la traque. Percy et l’enfant, l’imbécile de Shelton à ses trousses avec ses comparses aussi ringards les une que les autres, mais d’une violence décuplée par leur connerie. Percy ira se réfugier chez Portis, ancien amant de sa mère, dont elle rêve secrètement qu’il est son père. Dans cet univers hostile de forêts sombres engourdies par le gel, Percy fuira pour sauver cette enfant, cette enfant qui est un peu elle aussi, enfant abandonnée, ballotée autant par la vie que par les hommes.

Elle ira jusqu’au bout, chercher cette lumière qui, parfois, s’allume dans les nuits les plus sombres, alors que tout semble irrémédiablement perdu. Sweetgirl est le portrait d’une adolescence de courage et de sacrifice et aussi d’espoir.