L’apprentissage de la ville, le bonheur des tristes Luc Dietrich Le temps qu’il fait

dietrichA l’occasion de la reparution des deux romans de Luc Dietrich aux Éditions Le Temps qu’il fait, j’ai demandé à Frédéric Richaud, spécialiste de son œuvre et qui présente les deux ouvrages, de nous donner un éclairage nouveau pour ceux qui ne connaîtraient pas ces deux romans magnifiques.

Que ressentez-vous à la reparution des ces deux romans?

Enormément de plaisir. Georges Monti, l’éditeur du Temps qu’il Fait, a fait un travail formidable.

Cela fait plusieurs années, maintenant, que je m’occupe de la promotion de l’œuvre de Luc Dietrich. Je le fais toujours avec beaucoup de bonheur et de fierté. Ses deux romans comptent, pour moi, parmi les plus beaux livres que j’aie jamais lus.

J’ai envie de vous dire qu’ils sont toujours aussi actuels?

Sans aucun doute. Déjà parce que son écriture n’a pas pris une ride. Mais aussi, et surtout, parce que les thèmes qu’il a abordés, il y a 80 ans, sont toujours d’actualité. Luc Dietrich n’a jamais écrit pour faire de la littérature. Lui qui connut une enfance misérable, toute faite de drames, de deuils, d’abandons, n’écrivit jamais que pour tenter de se réconcilier avec son existence. Ses deux romans autobiographiques sont nés d’un désir, d’une nécessité impérieuse, vitale : comprendre quelque chose à, je le cite, « ce bref moment de vie qui nous est donné entre deux étoiles. » Cette quête existentielle passe les époques et les modes. Elle est universelle.

Ce qui rend les livres de Dietrich proches de nous, c’est aussi parce que la période dans laquelle ils baignent (l’entre-deux guerres, puis la guerre 39-45) ressemble assez à la nôtre : un monde d’où le sens et la paix se retirent, où l’on peine à trouver sa place, où l’avenir effraye plus qu’il ne rassure. Comment lutter contre le désespoir qui guette ? Luc Dietrich, dans ses livres, sa démarche, apporte une réponse formidable (que lui a soufflée son grand ami Lanza del Vasto) : « Si tu veux un monde meilleur, plus juste, plus fraternel, commence par le construire en toi. »

Que diriez-vous à ceux qui ne connaissent pas ces deux romans pour les inciter à les lire?

Un simple conseil : ouvrez-les ! Je suis prêt à parier qu’une fois entre vos mains, vous ne pourrez plus les refermer…

Plus concrètement, le lecteur y découvrira une langue magnifique, aux reflets toujours changeants, inventive, drôle, sensible, émouvante. Une langue au service d’une quête intérieure doublée d’une histoire hors du commun, la sienne, digne d’un véritable roman d’aventure, remplie de péripéties étonnantes.

S’il fallait donner le goût de son style, je retiendrais ce passage, extrait de L’Apprentissage de la ville : « Nous vivons enfoncés dans la mort comme les racines dans la terre. Nous vivons notre mort. (…) Pourquoi est-ce seulement dans le sommeil que nous nous dressons en sueur au milieu de ces lianes, de ces graines en poussière et de ces jets de sève ? Mais c’est tout éveillé qu’il nous faudrait craquer comme la graine crie et se fend, jaillir au-dessus des insectes, des épis, des grands arbres, des grands rocs, des grands nuages oublieux, de la nuit froide et creuse sous qui les astres pendent, enfoncer la croûte du ciel et marcher dans les chemins où nous rencontrerons nos fruits.»

Luc Dietrich est-il un oublié de la littérature (je rappelle que vous venez de publier « Le coiffeur de Marie-Antoinette et autres oubliés de l’histoire aux éditions du Cherche-Midi!)?

 Les admirateurs de Dietrich sont plus nombreux qu’on ne le pense (à commencer par Hubert Haddad, Gérard Mordillat, Jean-Marie Rouart, Amélie Nothomb, jusqu’à Mylène Farmer…). Je préfère « délaissé » à « oublié ». Depuis des décennies, Dietrich navigue sur la crête étroite qui sépare l’ombre de la lumière. Une position inconfortable mais qui correspond somme toute assez bien à ce que fut sa vie, brutalement interrompue à 31 ans, lors du débarquement de Normandie, en 1944, au moment même où il était persuadé d’être sorti des limbes et d’avoir enfin trouvé sa raison d’être sur Terre.

Publicités

À propos saintchristophelesneven
LIBRAIRE

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :