Les Maraudeurs Tom Cooper Albin Michel

coopermUne interview, un écrivain absolument adorable, un livre qui s’enivre du bayou, des personnages qui vous restent au fond du coeur, c’est le moment de plonger dans ce roman qui va vous emmener dans cette Louisiane qui se meure, entre l’ouragan Katrina et l’explosion de la plateforme pétrolière de BP!

Bienvenue dans les Maraudeurs, la parole est à Tom Cooper

Vous n’êtes pas originaire du bayou, et pourtant, on a le sentiment que vous y avez toujours vécu. Comment avez-vous travaillé pour donner l’impression au lecteur que vous êtes un bon gars du coin ? On vous a raconté, vous vous êtes documenté, vous avez parcouru le bayou à la nage?

Ah! Ce qui est sûr, c’est que je n’ai pas été nager dans le bayou. Je ne le recommande pas d’ailleurs, vu les tortues serpentines, alligators et toutes les autres créatures qui y habitent. Mais j’ai travaillé là-bas dans une communauté de bayou et j’ai passé beaucoup de temps sur l’eau. Sur l’eau, pas dedans, c’est la grande différence !

J’aime beaucoup pêcher, même si je n’y excelle pas. J’ai grandi près du parc des Everglades, en Floride, qui sous bien des aspects ressemble beaucoup au bayou. Je pense que cette enfance pleine d’aventures, que beaucoup de jeunes ne vivent plus aujourd’hui, a été formatrice pour ce livre et le sera peut-être pour de futurs livres. Les enfants de nos jours sont tellement déconnectés de la nature. Ouah, j’ai l’air vieux en disant ça. J’ai 42 ans et je me souviens d’un temps où c’était une punition pour moi que de rester à l’intérieur. Tout ce que je voulais faire c’était sortir et explorer les bois. Mes amis d’alors eux voulaient seulement regarder MTV, qui à l’époque diffusait en boucle les trois vidéos dont ils avaient les droits.

Votre roman est construit comme un puzzle, ou chaque personnage est une pièce de ce puzzle. Avez-vous eu cette construction narrative tout de suite ou s’est-elle imposée par la suite ?

Cela s’est imposé par la suite, clairement. J’aime beaucoup travailler de façon fractionnée. Je n’ai pas la longévité et la concentration nécessaires pour pouvoir travailler linéairement. Je n’aime pas non plus l’idée d’adhérer de trop près à un plan, car alors l’écriture devient un travail. C’est du travail, évidemment, mais je ne veux pas que cela devienne une corvée. Ecrire un roman comme un puzzle, ce que je fais énormément, est à la fois effrayant et grisant, si du moins tout prend forme à la fin. Ce qui est généralement le cas. Mais cela prend du temps. Je suppose qu’on pourrait y voir une ressemblance avec les films de certains réalisateurs comme Robert Altman, qui ne trouve un ordre narratif à ses plans qu’après les avoir filmés. En d’autres termes, leur structure n’est trouvée qu’en salle de montage. J’écris presque deux fois plus que ce qu’on peut lire dans le produit final. Tout se joue au moment de la révision et de la correction. Si vous aviez vu le premier brouillon du roman, vous n’auriez jamais voulu m’interviewer. C’était vraiment mauvais.

Votre livre évoque deux tragédies, l’ouragan Katrina et la marée noire de la plateforme pétrolière BP. Pourtant c’est une comédie que vous avez écrite ? Vos personnages sont des perdants magnifiques, des rois de la débrouille. Qu’est-ce qui les fait avancer ?

J’apprécie le fait que vous ayez trouvé le livre comique. J’aime penser qu’il est imprégné d’humour noir. Tous ceux qui me connaissent bien (soit un total de dix personnes je pense) vous diront que c’est ma personnalité. D’un autre côté, j’espère que le roman n’est jamais loufoque.

Au fur et à mesure de la lecture, vos personnages, même s’ils ne sont pas spécialement sympathiques au premier abord, deviennent des types dont on veut qu’ils se sortent de la mouise où ils sont  (bon sauf Brady Grimes !)? Est-ce que cela vous a fait la même chose en écrivant ?

C’est une excellente question. Absolument, c’est ce que j’ai ressenti. Je n’y avais pas pensé ainsi auparavant, mais écrire un livre c’est aussi ça, faire un exercice de funambule.

L’humour est omniprésent dans le roman (même si les blagues de Lindquist sont bien pourries !). Boris Vian, un auteur français, écrivait que l’humour est la politesse du désespoir. Etes-vous d’accord avec lui ?

Il se peut qu’il touche quelque chose du doigt en effet. Je souffre d’une légère dépression, comme beaucoup de gens, mais je ne le montre pas en public ou devant mes amis. C’est déplacé. Je veux dire, qui n’est pas déprimé ? Il faut bien faire avec, pas vrai! Je mets un masque public. Quand on vieillit, on se rend compte que ses problèmes ne sont pas spéciaux ni même intéressants, et s’il faut en parler autant le faire avec légèreté.

Le bayou est un des personnages du livre. Qu’est-ce qu’il y a de particulier dans cet endroit ou encore, est-ce que c’est le genre d’endroit où il faut être né pour pouvoir s’y sentir bien ?

Peut-être qu’il faut y être né, mais je ne suis pas sûr. Les habitants de la Nouvelle-Orléans commencent à me considérer comme quelqu’un du coin, mais certainement pas un natif. Et je pense que la plupart des gens du bayou sont des enfants natifs.

Quel est le dernier livre que vous ayez lu et qui vous a profondément marqué ?

Récemment, Stoner de John Williams. Et Sale temps pour les braves (Hard Rain Falling) de Don Carpenter. Le premier a été redécouvert par le public notamment grâce à sa réédition par un fantastique éditeur ici aux Etats-Unis, New York Review Books. Grâce à eux, des textes avant-gardistes restent publiés alors que, selon la dure loi de l’édition, ils auraient peut-être sombré dans l’oubli. Ces dix dernières années, Stoner est devenu un classique, certes déjanté, mais culte. J’espère que Sale temps pour les braves, qui est un roman noir d’apprentissage au réalisme cru, connaîtra le même destin.

 

 

er:

 

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