Hé, Ho vous faites quoi à Saint Christophe?

RentréeQue fait donc un libraire entre le début du mois de mai et la fin juillet? On se le demande. Quand on va sur son site internet, on a la fâcheuse impression qu’à l’instar de l’escargot, il se replie dans sa coquille en attendant les jours meilleurs. Il n’a pas vraiment envie de parler du bouquin de la dernière youtubeuse (un mot que je viens d’apprendre!) ou de Soy Luna, celle qui raconte ses histoires de cœur d’ado dégourdie à des gamines de huit ans qui se mettent du rouge à lèvres et rêvent de pouvoir s’afficher avec un haut super trop hip.

Ben non, il lit les romans qui vont paraître en août et septembre prochain, il s’excuse déjà auprès des éditeurs qu’il n’aura pas le temps de tout lire, il y a aussi la rentrée de Najat qui va lui occuper les bras et les cutters pendant juillet et août (durant la journée, le libraire lit la nuit comme la chauve-souris vole la nuit et dort le jour, sauf le libraire qui ne lit pas le jour et dort peu la nuit, vous suivez!).

Le bureau s’encombre, les livres se poussent les uns les autres comme les filles de Madame de Fontenay encombraient les podiums, parce qu’ils sont tous aussi beaux et essentiels qu’étaient les Miss sur les podiums. Pour l’instant, j’en suis à une quarantaine, avec des bonheurs intenses, des coups de cœur formidables, des larmes et des rires. Je défriche, je vole des instants de miracles littéraires, des phrases qui claquent, des personnages qui emportent, des moments de grâce et des coups de gueule aussi, parce que tout n’est pas comme on le voudrait, parce qu’on s’emporte contre des auteurs qui nous ont fait rêver et qui nous déçoivent, mais tout cela n’est pas grave, on a le droit de se tromper, de ne pas viser le chef d’œuvre à chaque ouvrage. L’ouvrage n’est pas l’œuvre, on attendra le suivant…

J’avance, j’hésite, j’en ouvre un pour en commencer un autre. On vit à tâtons dans ces trois mois d’épreuves non corrigées, de feuilles photocopiées, on se réveille la nuit en se demandant si le héros de X a bien couché avec la fille de Y, alors que ni l’un ni l’autre ne fréquentait le même roman. On mélange, on oublie, on fait du mieux qu’on peut, on navigue sur le fil de la page, on apprend à rire entre nous de nos propres lacunes, on se charrie les uns les autres, on fait ce métier de libraire qui ne sert à rien pour faire avancer le monde, mais avec cette certitude, encrée (oui comme l’encre!) au fond de nous qu’il n’y a rien de plus intense que les deux dernières pages d’un livre qu’on ne veut pas finir, sachant très bien la fadeur de la nuit qui s’en suivra.

Voilà, je ne vis pas d’algorithmes, je n’en ai pas à vous proposer, là je retourne lire, pour vous en dire beaucoup, bientôt, mais laissons le temps infuser les mots, je reviens vers vous dès que je sais. Et comme disait Gabin…

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À propos saintchristophelesneven
LIBRAIRE

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