avancez masqués Hélène Bonafous-Murat Éditions Le Passage

Étonnant et troublant que ce quatrième roman que publie Hélène Bonafous-Murat aux Éditions Le Passage. S’il y est beaucoup question d’art, c’est aussi à un autre questionnement que l’auteure nous invite à découvrir derrière tous les masques, qu’ils soient réels ou virtuels. Qui sommes-nous tous, quel est cet autre moi qui parfois va pousser des portes derrière lesquelles naissent d’autres tableaux, bien plus réels, faits de chairs et de fleurs, de violences et de désirs inavoués.

Quand Olivia Lespert, cette spécialiste d’art contemporain, se retrouve le jouet d’un homme dans une pièce aveugle, elle ne sait pas encore que le jeu auquel elle joue et qui lui procure des sensations intenses, va être le point de départ du basculement de son existence.

Qui était vraiment cette ministre de la Culture qui vient d’être assassinée? Qui est cet homme qui semble tout savoir de ses mouvements et qui lui écrit des sonnets équivoques?  Hélène Bonafous-Murat adore brouiller les pistes, rajoute des masques et des faux-semblants, nous entraîne à Marseille au MUCEM, où les trafics d’œuvres d’art se cachent derrière d’autres masques respectables. Ici, tout est fuite et retournement, car chacun des personnages à quelque chose à dissimuler. Étrange jeu du chat et de la souris dans ce monde de l’art contemporain où les faussaires jouent d’étranges partitions sur les corps abandonnés, « avancez masqués » est bien plus qu’un roman qui dénonce et se moque, il agit comme le révélateur de notre société malade de l’immédiateté, de ce rapport au temps et à la gabegie de l’information truquée. Hélène Bonafous-Murat arrache les masques de l’hypocrisie, et ça fait un bien fou!

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Juste après la vague Sandrine Collette Editions Denoël

Ici, la collection  « Sueurs froides » où est édité le dernier roman de Sandrine Collette porte particulièrement bien son nom. Une vague gigantesque a submergé tout un monde et un vaste territoire. Une famille de neuf personnes, les parents et leurs sept enfants se retrouvent seuls dans leur propriété devenue une île. Peu à peu, la vie s’organise, mais l’eau continue de monter. Pour se sauver, il n’y a qu’une seule solution, partir vers des terres plus hautes. Mais leur barque ne peut contenir toute la famille. Il est décidé que trois enfants resteront là, avec cette promesse de revenir les chercher. Le récit s’articule alors autour de la survie de ces trois enfants, un peu éclopés, ainsi que la traversée de la barque et de ses occupants vers une hypothétique terre. Dans ce climat de fin du monde, de tempêtes énormes, de froid et de vent, Sandrine Collette nous entraîne, par son style haché, mais saisissant, dans une quête absolument dantesque, où les personnages se révéleront, les poussant jusqu’à l’extrémité  de leurs humanités dévastées. Alors, y aura-t-il une quelconque lueur pour briller dans les yeux de ceux qui auront affronté bien plus que des vagues? Vous ne pourrez le découvrir qu’en lisant ce prodigieux roman où, encore une fois, on reconnaît cette magie de l’écriture, la patte Collette!

Hélène

Débâcle Lize Spit Éditions Actes Sud

Ils sont trois et seulement trois à être nés en 1988 dans ce petit village de Bovenmeer. Eva la fille, Laurens et Pim, les deux garçons. A l’école, on les trimballera ensemble d’une classe à l’autre et c’est ainsi qu’ils vont se nommer  » les trois mousquetaires ». Ils grandissent, font les quatre cent coups jusqu’à cet été où la folie de leurs adolescences mal dégrossies va les conduire au delà de leur petit monde clos.

La couverture raconte très bien ce roman, cette petite fille qui croit être une femme, dans un corps qui hésite encore à se transformer, va jouer aux jeux pervers des deux autres. Où est la frontière dans ces jeux adolescents quand le rire se transforme en rictus de peur, en violence sans contrôle.

Quand le temps a fait son œuvre, il suffit d’un rien pour ranimer les vengeances froides. Eva va revenir au village… Toujours se méfier de la glace, elle brûle parfois bien plus que le feu…

Une longue impatience Gaëlle Josse Notabilia

C’est l’histoire d’un enfant qui s’en va devenir un homme, Louis. C’est l’histoire d’une mère qui va attendre son retour, Anne. Elle lui écrit les fêtes qu’elle organisera pour son retour. Elle le sait parti sur les cargos à tourner autour du monde, elle lui écrit aux bons soins de… Le temps passe et Anne raconte cette vie jusqu’au départ de Louis, tout ce qui a conduit à ce jour où il n’a pas reparu. Dans ce nouveau roman, Gaëlle Josse va encore fouiller le fond de l’âme humaine, celle d’Anne bien sûr, mais aussi celui d’Étienne, le pharmacien qui épousera la veuve Le Floch et son rejeton de Louis. De sa petite maison d’ouvrière jusqu’à la maison de maître, c’est bien plus qu’une échelle sociale qu’Anne gravira, nous dira dans un souffle qu’il faut bien plus qu’un coup de ceinturon pour que Louis ait mis l’océan entre eux.

Encore une fois, Gaëlle Josse nous émeut et nous fait mesurer la fragilité des sentiments, la douleur de l’absence, le poids immense des conventions, dans cette langue de dentelle qui n’appartient qu’à elle.

Pactum Salis Olivier Bourdeaut Editions Finitude

Après le fameux « Bojangles » qui a fait danser la France entière et même au-delà en 2016, Olivier Bourdeaut nous livre son second roman, qui, s’il n’a rien à voir avec le premier, confirme son talent de raconteur d’histoires. Et qu’y a-t-il de plus jouissif qu’un romancier qui nous emmène sur les chemins de traverse de l’écriture avec une verve et une jubilation  qui se lit tout au long du roman.

Nous sommes dans les marais salants où Jean, le paludier taciturne, vit retiré dans son monde. Quand lui arrive sur le paletot, au volant de son bolide, Michel, agent immobilier sans foi, ni scrupules.

De ces deux vies qui se confrontent, s’affrontent, s’aiment et se haïssent, Olivier Bourdeaut réussit un roman solaire où les ombres trahissent les remords, où les silhouettes des deux protagonistes s’allongent vers la nuit. Dans une langue mieux maîtrisée et fleurie que dans « Bojangles », l’auteur nous livre un roman noir où, derrière ce pacte de sel signé par Jean et Michel, se cachent des secrets qui, comme la fleur de sel qui éclot au matin dans les œillets, affleurent au fur et à mesure de l’avancée de l’histoire. Pactum Salis se déguste comme un bonbon sucré jusqu’à l’acide fiché en son cœur!