Les rois d’Islande Einar Mar Gundmundsson Éditions Zulma

Voulez-vous connaître l’histoire de l’Islande, du nord au sud et du sud à l’ouest? C’est très simple, il suffit de se rendre à Tangavik et de demander un Knudsen. A Tangavik, le Knudsen est une espèce invasive. On pense que le Knudsen a colonisé l’Islande, peu ou prou, puis a inventé l’Islande. Le Knudsen est de ces familles qui ont des choses à dire sur tout ce que fait l’Islandais, sur tout ce qui fait l’Islande, sa singularité, car le Knudsen a été de tous les combats. Ministre ou alcoolique ou les deux à la fois, ils ont fondé des conserveries et n’ont fini par ne rien conserver, car tel est le Knudsen, disons-le tout cru, le Knudsen pète parfois plus haut que son cul, et c’est à cela qu’on le reconnaît!

Autant vous dire que s’aventurer dans ce roman n’est pas une sinécure, simplement une odyssée, une plongée dans un monde que nous ne pouvons imaginer, tant l’imagination du romancier islandais est bien plus folle que celle de Christine Angot…

Bref, c’est 326 pages de bonheur brut, intense, cruel, mais terriblement salvateur!

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Une assemblée de chacals S.Craig Zahler Éditions Gallmeister

Comment vous dire, on ne voit pas le temps passer, et pourtant celui-ci, avec sa couverture noire et ses corbeaux qui semblaient ne rien annoncer de bon, aurait dû, depuis longtemps m’obliger à l’ouvrir. Je crois que j’ai bien fait d’attendre le froid qui recouvre notre beau pays pour entamer la lecture de cette belle assemblée de chacals, car il faut avoir le sang froid pour se lancer dans ce western aussi tendu qu’une arbalète.

Il était une fois une bande de  vieux gangsters, rangés des armes, vies de familles tranquilles jusqu’au jour ou Jim, l’un des leurs, décide de se marier avec la sublime Béatrice. Tout le monde est invité au mariage, jusqu’à ce que surgisse du passé ce bon vieux Quinlan! Pas vraiment invité celui que la bande du « Gang du grand boxeur » a confié aux bons soins de torture des indiens Appanuqis.

Comme le disait Clint Eastwood, le monde est divisé en deux catégories, celui qui tient le fusil et celui qui creuse. Ici, chacun va creuser et chacun tiendra le fusil à tour de rôle. Vous dire que le mariage va se passer dans une grande sérénité serait vous mentir, car il y aura du sang, des larmes, des nœuds coulants, des balles dans tous les sens, des hameçons harponneurs, des cavalcades et des couronnes de clous. Je vous dis, de la dentelle de voyou jusqu’à n’en plus finir. Comment vous dire encore une fois, le genre de roman qui vous colle aux doigts, donc impossible à lâcher, dont l’amoralité ne fait que souligner que l’homme est bien le premier de ses prédateurs…

La ballade silencieuse de Jackson C. Frank Thomas Giraud

Tu sais à quoi ça tient la vie, comment ça se balance entre deux accords en la mineur et en sol. On est en 1954 dans l’état de New York quand l’explosion ravage la salle de classe de Jackson, le feu s’empare de tout, du bois des murs, du poids des corps. Quinze vont y laisser leurs vies et surtout Donald, l’ami de Jackson.

Cela ne suffit pas à faire un livre, me direz-vous et vous aurez raison, mais ce qui est prodigieux dans ce récit roman, c’est que Thomas Giraud a réussi à y mettre de la chair, de la vraie entre les cordes de la guitare, dans le plus profond des cordes vocales de ce Jackson C. Frank dont je ne connaissais rien, et dont j’écoute désormais l’unique album en boucle.

Dire que la musique et la littérature sont deux sœurs qui se regardent l’une l’autre prend ici tout son sens, car la musique de l’écriture de Thomas Giraud a cette évidence quand on la confronte à la musique de Jackson. Alors, oui, c’est quoi cette histoire, celle de celui qui a juste été « the man next door », tout près de piquer la place d’un prix Nobel de littérature à la voix nasillante. L’histoire d’un homme aussi qui ne fera que frôler que le succès, car d’autres feront en sorte qu’il lui échappe.

Thomas Giraud a de la magie dans l’écriture, il nous convie dans le salon de Jackson, nous donne à lire ses doutes, ses tragédies, tous les drames qui ont ponctués son existence, dans la rythmique d’un arpège inquiet et d’une voix râpée. C’est juste beau, oui, juste beau…

Cliquez sur la couverture de l’album et partez faire un tour chez Jackson C. Frank!

Encore un truc, Thomas Giraud sera chez nous le vendredi 23 mars! On a hâte!