A la ligne Joseph Ponthus Éditions La Table Ronde

Ce n’est pas un roman, car cela ne s’invente pas. Ce n’est pas un récit, car cela ne se dit pas. Je crois que c’est un chant, long et douloureux, comme ceux des esclaves noirs dans les champs de coton.

Joseph chante Trenet, le fou chantant, qui d’autre dans ces usines où le froid vous attrape, où le sang gicle, où les carcasses se succèdent dans le cliquètement métallique des rails?

C’est un texte comme une vis sans fin qui nous entraîne, qui s’insinue dans nos têtes, nos cervelles mortes de ne pas vouloir voir, ne pas ouvrir les portes de cette industrie agro-alimentaire qui broie des dos, des doigts, des cerveaux, dans le grincement incessant des portes, le balancement indolent des carcasses, mais qu’on finit par oublier, parce qu’il faut bien bouffer.

Alors Joseph écrit à son épousée qui dort quand lui trime sur la chaîne, il écrit à son chien, à sa mère, il écrit au monde ces feuillets d’usine qui râpe la plus dure des couennes.

Alors oui, c’est un chant nécessaire qui noue les tripes, une longue scansion qui nous entraîne vers l’abime, dans une langue merveilleusement pure, qui avance au rythme saccadé des crocs de boucherie, dans cet entrelacs sans fin des couloirs de l’usine.

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Handsome Harry James Carlos Blake Editions Gallmeister

Vous connaissez l’histoire de Jessie James, comment il vécut et comment il est mort…..

Le beau Harry, c’est un peu une histoire à la Gainsbarre, celle d’un homme qui va s’encanailler avec John Dillinger, dans ces années 30 où les banques se laissent prendre d’un coup de fusil, où les filles n’ont pas que des bas de soie et lèvent la jambe pour le plus mignon des voleurs.

Ici, les héros sont des braqueurs de banque qui tirent en l’air, amassent les dollars, achètent des voitures rutilantes, traversent le pays pour de nouveaux casses, se reposent en Floride, jusqu’au jour où l’une de leurs balles transperce un flic.

C’est une autre histoire, un autre roman, c’est une fuite, une cavale, les jolies filles ne courent plus avec les voleurs. Les flics veulent rattraper le gang Dillinger, c’est une autre vie qui commence, courir plus vite, se cacher mieux, jusqu’à la dernière route. Si c’est le beau Harry qui raconte, c’est bien le gang Dillinger qu’il nous raconte. Il y a de l’amour à tous les étages, des flingues et des portes qui claquent, des Ford T qui grommellent, bref, quand Bonnie Parker and Clyde Barrow passent dans le roman, tels des invités entre deux coups de feu, on baisse la tête, on se dit simplement qu’il ne faut pas toujours croire que les histoires d’amour se terminent mal en général. Celle-ci oui, mais what else?

L’étoile du Nord D.B John Les Arènes

Est-ce la connerie de Donald Trump et sa fascination pour la Corée du Nord à laquelle nous devons ce roman addictif? Non, absolument non, par contre, il est le fruit d’une vérité étonnante. Mais qui n’a rien à voir avec le magnifique « Eclipses japonaises » d’Eric Faye!

A la croisée de John Le Carré, dans un pur style de roman d’espionnage qui vous entraîne, page après page, dans des interrogations qui tentent de vous perdre et de vous reprendre, c’est toute l’intensité de ce monde explosif qu’est la Corée du Nord qui vous emporte. Même si on est parfois souriant sur des facilités de scénario à l’américaine, on dévore ce roman avec avidité.

Et qu’attend-t-on d’un livre, sinon de nous emporter là où nous avions pas prévu de nous rendre!!!

Femme qui court de Gérard De Cortanze Albin Michel

Gérard De indexCortanze nous raconte de façon romancée, la vie de Violette Morris, personne ô combien mal aimée, mal considérée, mal jugée dans la première moitié du XXème siècle. Il faut dire que Violette est en avance sur son époque: nous ne sommes encore qu’aux débuts du sport féminin de haut niveau , et elle qui excelle dans toutes les pratiques qu’elle tente, n’hésite pas à se confronter aux hommes. La natation, la boxe, l’athlétisme, le vélo, la course automobile, tout, elle aura tout essayé; et à chaque fois avec une force et une envie de vaincre renouvelée.  Violette Morris aime les femmes, elle vivra de nombreuses passions amoureuses. Elle a aussi un très fort caractère et une « grande gueule », et à chaque excès la presse ne manque pas de lui rappeler sa vie dissolue. elle aura quand même côtoyé dans sa courte et intense vie des célébrités comme Joséphine Baker, Jean Cocteau… mais aussi, volontairement ou non, les instances nazies au moment de l’occupation.

Gérard  De Cortanze réhabilite par ce beau roman, une figure oubliée du XXème siècle. De plus, il y a quelques semaines, est sortie chez Futuropolis, une biographie en bande dessinée d’elle par Bertrand Gallic, Kris et Rey qui est aussi très réussie, et dont on attend avec impatience le second tome.

Hélène

 

Vigile Hyam Zaytoun Editions Le Tripode

C’est un livre qui ne se raconte pas, mais qui se vit. Vigile est la vie, Vigile est cette vigie postée en haut du mât et qui regarde toujours devant en attendant de voir la terre, après de longs jours de mer. Vigile rime avec fragile et ici tout est ainsi, prêt à rompre, mais Hyam Zaytoun sait tout ça mieux que nous le lecteur qui assiste, impuissant, à ces jours où l’homme qu’elle aime lutte contre la mort.

Ce qui ressort de la lecture en apnée, évidemment en apnée, de ce court texte bouleversant, c’est l’amour, porté dans une incandescence que révèlent les mots. L’amour pour cet homme, pour cette famille soudée qui sera là à chaque instant de ces jours sans fin, sans autre but que de regarder devant, espérer quand même les mots insensés sont prononcés.

Vigile fait partie de ces livres qui nous obligent à aimer chaque matin, chaque lever de soleil, chaque bruit dans la rue, chaque cri d’un enfant. C’est un livre qui nous rend absolument vivant, et cela n’a pas de prix…