A la ligne Joseph Ponthus Éditions La Table Ronde

Ce n’est pas un roman, car cela ne s’invente pas. Ce n’est pas un récit, car cela ne se dit pas. Je crois que c’est un chant, long et douloureux, comme ceux des esclaves noirs dans les champs de coton.

Joseph chante Trenet, le fou chantant, qui d’autre dans ces usines où le froid vous attrape, où le sang gicle, où les carcasses se succèdent dans le cliquètement métallique des rails?

C’est un texte comme une vis sans fin qui nous entraîne, qui s’insinue dans nos têtes, nos cervelles mortes de ne pas vouloir voir, ne pas ouvrir les portes de cette industrie agro-alimentaire qui broie des dos, des doigts, des cerveaux, dans le grincement incessant des portes, le balancement indolent des carcasses, mais qu’on finit par oublier, parce qu’il faut bien bouffer.

Alors Joseph écrit à son épousée qui dort quand lui trime sur la chaîne, il écrit à son chien, à sa mère, il écrit au monde ces feuillets d’usine qui râpe la plus dure des couennes.

Alors oui, c’est un chant nécessaire qui noue les tripes, une longue scansion qui nous entraîne vers l’abime, dans une langue merveilleusement pure, qui avance au rythme saccadé des crocs de boucherie, dans cet entrelacs sans fin des couloirs de l’usine.

Publicités

À propos saintchristophelesneven
LIBRAIRE

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :