Aires Marcus Malte Éditions Zulma

Êtes-vous de ceux qui, sur les aires d’autoroute, vous demandez qui sont tous ces gens qui font la queue au restaurant, mangent sous les arbres des sandwiches en triangle, ces gens que vous croisez un jour, un seul de votre vie, qui vont imprimer vos rétines une seconde, agacer vos oreilles une seconde, toutes ces vies qui se frôlent sans jamais se toucher ? Moi, je suis de ceux-là, je les regarde remonter dans les voitures, refermer les fenêtres pour mettre la climatisation et disparaître à tout jamais de ma vie. Ils reprennent le long ruban de bitume pour leurs destinations finales.

Et Marcus Malte leur a donné vie, il nous donne la marque des voitures, le kilométrage, la valeur à l’argus. Ils nous racontent ces existences que fabrique notre société, sans juger. Ils écoutent la radio, regardent un DVD, ils sont jeunes ou vieux, beaux ou pas,elle pense à tromper son mari, il prend un auto-stoppeur qui veut juste aller « Ailleurs ». Le seul point commun qui les rattache tous aux autres, c’est leur présence sur l’autoroute ce même jour.

Aires pour des errances ou qui sait déshérence tout court, car de chaque vie naît une histoire singulière qui n’a, à priori, aucune raison de rencontrer l’autre, mais va savoir, il y a ceux qui croient en Dieu et ceux qui n’y croyaient pas. On avance dans la journée, les journaux à la radio égosillent les nouvelles du monde et on peut dire qu’elles ne sont pas bonnes. On finit par en aimer certains et détester les autres, on rit des petites mesquineries comme des grands effrois. On laisse Marcus Malte détricoter tous ces destins qui immanquablement…

C’est un roman sur cette autoroute que nous prenons en ce moment un peu tous à contre-sens, attirés par les feux de l’accélération du temps, qui nous renvoie à nos propres peurs, et nous laissent pantois dans un ultime chaos dont seul Placido saura continuer la marche.

Malaurie, l’appel de Thulé, Malaurie, Makyo, Bihel

Il est étrange de se rappeler du début d’un projet. Nous étions dans la Drôme et Pierre Makyo nous racontait sa rencontre avec Jean Malaurie. Il venait de rencontrer le fondateur de la collection Terre Humaine chez Plon et envisageait d’adapter en bande dessinée ce formidable récit « les derniers gardiens de Thulé ». Il mesurait l’ampleur de la tâche, mais aussi le bonheur de raconter ce périple extraordinaire de Malaurie parmi ces hommes du Grand Nord.

En venant de terminer cette magnifique adaptation qu’il en a fait et que Frédéric Bihel a réussi par son dessin et ses aquarelles à sublimer, je comprends encore un peu plus tout ce que Pierre Makyo ne cesse d’explorer dans ses scenarii depuis tant d’années, cette quête perpétuelle, autant philosophique que spirituelle. Qu’il s’agisse de l’Égypte ancienne ou des Inuit, il arrive ici à la quintessence de sa pratique du zen, en nous racontant la profonde mystique révélée à Malaurie par les hommes de Thulé, le rapport à la nature, à l’écologie, aux transformations du monde.

C’est bien plus qu’une bande dessinée, c’est, comme le dit le sous-titre, un appel à tous ceux qui voient le bouleversement de notre planète. Dès les années 50, les Inuit avaient perçu ce déchiffrement spirituel de la nature et sa conséquence physique.

Arriver à transmettre le message, en mots et en images, voici cet appel de Thulé admirable de profondeur, de gravité et surtout d’une beauté incroyable.