2 BD pour ados, formidables

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Les éditions Rue de Sèvres viennent de sortir ces deux adaptations de romans parus dans la collection médium de l’Ecole des Loisirs.

La première, tirée du roman de Nastasia Rugani du même titre, raconte la vie de deux soeurs, Phénix et Sacha,  qui vivent aux Etats-Unis, en pleine nature. Leur père a disparu, besoin de se retrouver pour mieux revenir. Un soir, l’un des professeurs de Phénix propose aux filles de les déposer chez elles; il va revenir souvent, séduire leur maman, et finir pas s’installer chez elles. A un moment, tout bascule. Je n’en dirai pas plus, l’intrigue est doucement mise en place, avec une douceur du trait qui peut parfois être trompeur; tous les émois de l’adolescence, de l’enfance, la lâcheté des adultes sont très bien mis en scène dans cette magnifique adaptation de Jérémie Royer. (A partir de 13 ans,fille ou garçon).

La seconde, Miss Charity, est une adaptation du roman éponyme de Marie-Aude Murail, et raconte l’enfance de Charity Tiddler, née dans une famille aisée de Londres à la fin du XXIème siècle, seule enfant survivante, et qui, pour tromper l’ennui des adultes, passe son temps dans la nursery à élever toutes sortes de bêtes trouvées dans le jardin: souris , escargots, tétards, grenouilles… Et n’oublie pas de prendre des notes de ses nombreuses malheureuses expériences naturalistes.

Un jour une préceptrice arrive, et va lui enseigner l’aquarelle, qui va devenir sa passion.

Et la beauté de l’album réside justement dans le dessin délicat à l’aquarelle d’Anne Montel; tout est juste, raffiné, scientifiquement intéressant, et on passe un moment de lecture merveilleux avec cette jeune fille certes fantasque, mais précurseuse et sans doute inspirée à l’auteur par Béatrix Potter. (A partir de 10 ans, fille…).

Le service des manuscrits Antoine Laurain Éditions Flammarion

C’est parfois confortable de savoir, avant de l’avoir ouvert, que le livre que l’on vient de poser sur notre table de chevet va être un bel accompagnement, surtout en cette période de confinement. C’est l’effet que m’ont toujours fait les romans d’ Antoine Laurain, car, au-delà de sa plume élégante, il y a toujours chez ses personnages une fragilité qu’il sculpte avec grand talent.

Vous l’avez compris, nous sommes dans une maison d’édition parisienne, menée de main de maître par Violaine Lepage. La petite normande, débarquée à Paris après avoir couché avec un bellâtre d’écrivain, va vite monter les échelons, car le patron, Charles, qui même s’il préfère les garçons, va s’enticher de cette gamine qui a du nez pour dénicher, dans la foule des manuscrits, ceux qui ne vont pas filer à la concurrence.

Quand « Les fleurs de sucre » arrivent entre les mains de Marie, l’une des lectrices du service des manuscrits, c’est une révélation, elle est persuadée de tenir une perle rare. Mais, chez Antoine Laurain, rien n’est jamais simple, et si le livre se retrouve dans la liste du Goncourt, ce qu’il raconte se retrouve dans la page des faits divers.

Vous en dire plus, que nenni, et si l’auteur prend un malin plaisir à nous raconter les arcanes de l’édition germanopratine, il s’amuse aussi à nous perdre dans une enquête policière qui va remuer un passé bien trouble. Un vrai petit bijou idéal pour l’été, car bien qu’il a paru le 8 janvier, jour de la Saint Lucien, ne pouvoir vous le vendre qu’à la Saint Glinglin!

Et surtout ne le commandez pas sur Amazon, vous pourriez entraîner deux ou trois Covid-19 par votre attitude!

Lake Success Gary Shteyngart Éditions de l’Olivier

J’étais déjà fan de l’écriture de Gary Shteyngart et de ces précédents romans, et je me disais que j’allais pouvoir ne pas lire celui-ci, cela ne m’empêcherait pas de le vendre. Et puis, confinement oblige, alors que j’errais dans la librairie, dans une obscurité savamment dosée, Lake Success me fit de l’œil. J’avais envie de lui dire que tout irait bien pour lui, ça allait rouler, un bon livre pour le printemps et l’été, et pis boum!

Ce car Greyhound sur la couverture, c’était plus qu’un appel, et le nez une fois mis dedans, c’était parti pour 380 pages absolument déjantées! Barry Cohen est un de ces loups aux dents longues de Wall Street qui gère un fonds spéculatif de plus de deux milliards de dollars, une épouse magnifique et un fils autiste. On est en 2016, la campagne pour l’élection américaine égrène ses messages en arrière-plan, et de mauvais investissement, plus une enquête pour délit d’initié lui pend au nez.

Bref, le début des emmerdes.

A partir de ce moment-là, Gary Shteyngart s’en donne à cœur joie pour nous entraîner dans un road trip dantesque, au plus profond de l’Amérique, pas celle de Manhattan, mais celle de Baltimore, Richmond, la frontière mexicaine, l’ Arizona, la Californie. Barry va se coltiner un pays et des américains dont il ignore l’existence. Alors oui, on rit, mais souvent jaune, car c’est cette Amérique là qui va élire Trump, cette Amérique qui n’a rien va voter pour celui qui fera gagner encore plus d’argent à ceux qui ne vont pas voter pour lui et qui ont tout! Sidérant message, sidérant roman aussi sur ce qui compte le plus dans la vie d’un homme, est-ce véritablement le pouvoir de l’argent ou le simple pouvoir d’être un papa oiseau.

C’est le genre de roman que vous quittez à regret, le voyage était beau, et c’est dur de se retrouver sur le quai, la valise à nos pieds…

Lake Success a paru le 23 janvier 2020, jour de la Saint Basile et sera disponible à la librairie à la Saint Glinglin!

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Turbulences David Szalay Éditions Albin Michel

Levez le nez au ciel en ce moment, et dites-moi si cela ressemble à la couverture du roman de David Szalay? Plus vraiment, ça c’était l’ancien monde, celui qui  nous connectait dans des hubs gigantesques, où nous traversions les continents dans les turbulences et l’air confiné (joke!) et pressurisé des carlingues.

Douze destinations comme autant de chapitres, avec les deux codes aéroport. Un départ, une arrivée et dans ces avions, une forme de jeu du cadavre exquis. Un personnage rencontre un autre personnage, qui sera le principal personnage du chapitre suivant.

Ce petit roman tout en nuances, où il ne se passe pas grand chose, sauf des vies qui se perdent, des mensonges qui aident à vivre, un fils qui vole son père et d’autres encore, cela nous raconte d’une manière particulièrement acérée toutes nos turpitudes humaines, celles qui volent en éclat aujourd’hui.

C’est un véritable petit bijou à détricoter les destins.

Turbulences a paru le 26 février 2020 jour des Cendres et sera disponible à la librairie à la Saint Glinglin!

Et surtout ne le commandez pas sur Amazon, vous pourriez entraîner deux ou trois Covid-19 par votre attitude!