Sauvage Jamey Bradbury Editions Gallmeister

« J’ai toujours su lire dans les pensées des chiens. Mon père dit que c’est dû à la manière dont je suis venue au monde, née sur le seuil de la porte ouverte du chenil, avec vingt-deux paires d’yeux canins qui me regardaient et les aboiements et les hurlements de nos chiens qui furent les premiers sons que j’aie entendus. »

C’est Tracy qui vient de naître, mais tout le monde l’appelle Trace, car il sera ici, à chaque instant, l’idée d’une trace qui laisse sa marque indélébile dans la neige, dans les corps, dans le sang. C’est un roman sur la transmission d’un secret, d’une mère qui dit à Trace qu’il ne faut jamais perdre la maison de vue et ne jamais rentrer les mains sales. Dans cet univers de glace et de forêts étroites où ne perce jamais le soleil, Trace chasse, pose ses pièges et ses collets, rêve de courir l’Iditarod, cette course mythique de mushers sur plus de 1700km entre Anchorage et Nome, dans cet Alaska gelée.

Ici, le sauvage est intérieur, il se promène dans la tête de Trace, dans ses courses au fin fond de la forêt afin de boire, de comprendre, de deviner ce qui se trame dans les âmes des animaux et aussi dans celles des humains. Trace a un don, mais dont il est bon de ne pas abuser. Jusqu’à… Il est mieux de ne rien dire, il faut suivre le traîneau de Trace, se perdre dans les méandres de son cerveau, laisser les couteaux porter jusqu’à plus soif. Continuer de courir dans la forêt jusqu’à ne plus jamais s’arrêter, laissant le lecteur pantois, harassé, les doigts gourds et la bouche sèche. C’est un roman que je ne voulais pas finir, j’avais trop peur de perdre Trace et son monde, Trace et sa vie, Trace et son sang.

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Les Crêpes L’art, la Manière par Catherine Merdy-Goasdoué

Catherine Merdy-Goasdoué est une crêpière émérite, qui a longuement pratiqué en crêperie, puis a enseigné tout l’art de la crêpe, telle que nous la concevons en Bretagne… du Nord-Ouest.

Ici dans ce magnifique ouvrage agrémenté des superbes photos de Thierry Adam, tout est dévoilé: les trucs, le tour de main, les recettes de base, et après à chacun de prendre son rozell, son bilig, et en avant la tournée!

Et comme le dit si bien Nicolas Conraux, chef étoilé de la Butte à Plouider dans sa préface, « pourquoi cette spécialité qui nous est si familière continue à provoquer en nous cette forme d’émotion si particulière? »

Sans doute parce qu’elle réveille tout un imaginaire, tout un rituel familial et tellement convivial.

Alors si en plus d’apprendre à faire des crêpes, l’art, vous voulez y rajouter la beauté du regard, la manière, ce livre est pour vous. Et puis février est le mois de la chandeleur!

De plus, le samedi 23 février, Catherine Merdy-Goasdoué viendra à la Librairie parler de son livre… et tout le monde pourra déguster de bonnes crêpes!! Miam Miam, on vous attend nombreux!

Hélène.

 

Un peu de tarte aux épinards, Casado et Pelaez, éditions Casterman

Marie Madeleine Madac Miremont élève seule ses huit enfants. Pour subvenir aux besoins de sa tribu elle prépare des tartes aux épinards qu’elle vend sur les marchés…Pas vraiment un succès mais elle s’obstine Marie-Madeleine!!! un beau matin arrive à la maison un mystérieux colis rempli d’étranges plantes « aromatiques » c’est l’occasion rêvée d’agrémenter sa cuisine et d’espérer mettre un peu de beurre dans ses épinards . le succès est au rendez vous les commandes affluent la famille travaille d’arrache-pied. Seulement voilà les ennuis débarquent eux aussi! Mais le clan Madac Miremont est soudé et notre héroïne pleine de ressources! Cette aventure, merveilleusement illustrée, nous fait penser à la bonne époque des films de Michel Audiard tels que Les Tontons Flingueurs ou autres Barbouze. c’est un régal de dialogues et de jeux de mots subtils. Vivement le prochain tome!

La planète des sciences, Antonio Fischetti et Bouzard éditions Dargaud

Après le succès de « La planète des sages » tome 1 et tome 2 narrant de manière érudite et humoristique le vie et les œuvres des plus grands philosophes de notre ère, Dargaud nous présente son nouvel opus sur les plus grands scientifiques qui, par leur clairvoyance et leur intelligence ont révolutionné non seulement le domaine scientifique mais ont également contribué à améliorer notre vie quotidienne. Cet ouvrage alterne de courtes biographies racontant ces grandes découvertes  et des  planches de bandes dessinées qui illustrent de croustillants récits de vie. L’association d’Antonio Fischetti pour les textes et de Bouzard pour les illustrations fait de cette bande dessinée une véritable réussite! C’est passionnant et drôle à la fois et surtout accessible au plus grand nombre .

Des âmes simples Pierre Adrian Folio

Des âmes simples Pierre Adrian Folio

C’est une vallée au fin fond des montagnes, dans cette vallée d’Aspe qui se mérite pour les mollets des cyclistes. C’est ainsi que Pierre Adrian l’a connue. Et c’est dans cet endroit entre la terre et le ciel qu’il a rencontré Frère Pierre, le curé du monastère, arrivé ici il ya plus de cinquante ans. Ici, il est autant question de terre que de ciel, de gens qui passent et s’arrêtent, de gens qui passent et repartent, d’un monde qui vit au son des cloches, d’une soupe partagée, d’un moment de fraternité. Il y est question de voitures asthmatiques et de vitres gelées, et de ces amitiés rares qui ne se rencontrent qu’au fond d’une vallée rude, plongée dans les brumes de l’hiver. Il y est question d’hommes et de femmes sans rivalités, animés d’un même idéal, qui pour certains se nomme foi, et pour d’autres liberté. C’est un livre sur les arpenteurs de la vie, ceux qui ouvrent les bras et les tables, les gens de bien.

A la ligne Joseph Ponthus Éditions La Table Ronde

Ce n’est pas un roman, car cela ne s’invente pas. Ce n’est pas un récit, car cela ne se dit pas. Je crois que c’est un chant, long et douloureux, comme ceux des esclaves noirs dans les champs de coton.

Joseph chante Trenet, le fou chantant, qui d’autre dans ces usines où le froid vous attrape, où le sang gicle, où les carcasses se succèdent dans le cliquètement métallique des rails?

C’est un texte comme une vis sans fin qui nous entraîne, qui s’insinue dans nos têtes, nos cervelles mortes de ne pas vouloir voir, ne pas ouvrir les portes de cette industrie agro-alimentaire qui broie des dos, des doigts, des cerveaux, dans le grincement incessant des portes, le balancement indolent des carcasses, mais qu’on finit par oublier, parce qu’il faut bien bouffer.

Alors Joseph écrit à son épousée qui dort quand lui trime sur la chaîne, il écrit à son chien, à sa mère, il écrit au monde ces feuillets d’usine qui râpe la plus dure des couennes.

Alors oui, c’est un chant nécessaire qui noue les tripes, une longue scansion qui nous entraîne vers l’abime, dans une langue merveilleusement pure, qui avance au rythme saccadé des crocs de boucherie, dans cet entrelacs sans fin des couloirs de l’usine.

Handsome Harry James Carlos Blake Editions Gallmeister

Vous connaissez l’histoire de Jessie James, comment il vécut et comment il est mort…..

Le beau Harry, c’est un peu une histoire à la Gainsbarre, celle d’un homme qui va s’encanailler avec John Dillinger, dans ces années 30 où les banques se laissent prendre d’un coup de fusil, où les filles n’ont pas que des bas de soie et lèvent la jambe pour le plus mignon des voleurs.

Ici, les héros sont des braqueurs de banque qui tirent en l’air, amassent les dollars, achètent des voitures rutilantes, traversent le pays pour de nouveaux casses, se reposent en Floride, jusqu’au jour où l’une de leurs balles transperce un flic.

C’est une autre histoire, un autre roman, c’est une fuite, une cavale, les jolies filles ne courent plus avec les voleurs. Les flics veulent rattraper le gang Dillinger, c’est une autre vie qui commence, courir plus vite, se cacher mieux, jusqu’à la dernière route. Si c’est le beau Harry qui raconte, c’est bien le gang Dillinger qu’il nous raconte. Il y a de l’amour à tous les étages, des flingues et des portes qui claquent, des Ford T qui grommellent, bref, quand Bonnie Parker and Clyde Barrow passent dans le roman, tels des invités entre deux coups de feu, on baisse la tête, on se dit simplement qu’il ne faut pas toujours croire que les histoires d’amour se terminent mal en général. Celle-ci oui, mais what else?