Morts par la France, Auteurs: Perna et Otero, Éditions: Les Arènes BD

Morts par la France et non pour la France. Cet album relate un fait méconnu de l’Histoire de France qui a eu lieu à la fin de la seconde guerre mondiale. Une centaine de de tirailleurs sénégalais ont été massacrés par l’armée française parce que celle-ci craignait une insurrection: les soldats coloniaux réclamaient, à juste titre, l’intégralité de leur solde que le gouvernement rechignait à leur verser. Celui-ci a fait état dans les médias de l’époque d’une trentaine de tués et s’est justifié par de la légitime défense.

On suit ici l’histoire de Armelle Mabon, étudiante historienne qui consacrera une partie de sa vie à faire triompher la vérité. Armelle enquête sur cet épisode sombre de l’Histoire afin que le gouvernement accepte de reconnaitre ses responsabilités dans ce massacre et restitue à tous ces soldats l’honneur qui leur est dû.

Magnifiquement illustré, cet album est d’une rare intensité. On ne peut s’empêcher d’éprouver à l’instar de Armelle, un sentiment d’injustice et de frustration face à la violence des dirigeants. Une lecture dont on ne sort pas indemne!

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The End; Auteur: Zep; Éditions: Rue de Sèvres

Quelle surprise en découvrant le nouvel album de Zep!

On parle ici d’amour, un peu, de nature et d’écologie, beaucoup, mais de l’Homme, surtout, simple locataire de notre Chère Terre. Et si celle-ci décidait de se venger et se débarrasser de ce locataire envahissant et irrespectueux? Et si pour cela elle utilisait les arbres comme soldats et la forêt comme armée?

C’est une véritable gifle que l’on prend en lisant cet ouvrage: d’une part par la pureté et la finesse des dessins et d’autre part par la justesse d’un scénario extrêmement bien ficelé.

Zep interpelle et interroge et ça fait du bien! A découvrir absolument!

 

Katanga Nury Vallée Editions Dargaud

C’est la BD du mois assurément! Fabien Nury et Sylvain Vallée nous reviennent en pleine forme avec un album extraordinaire de puissance graphique et scénaristique. Le Katanga, dans les années 60, c’est un monde de violences ethniques, d’indépendance bradée, de miliciens zélés, de tortionnaires gavés. Bref, une sorte de calque de l’enfer, mais en encore plus sordide. Avec des personnages aux tronches incroyables, sur une histoire qui file à toute vitesse, on se retrouve plongé cinquante ans en arrière dans une guerre sans merci, histoire oubliée pour beaucoup aujourd’hui, mais qui nous rappelle cruellement que l’histoire de l’Afrique s’est construite dans le sang et la haine. Vraiment exceptionnelle de réalisme cru, cette bande dessinée va encore faire exploser la réputation des duettistes, sans oublier les couleurs de Bastide… A découvrir chez votre libraire!

Rio T1 Dieu pour tous Louise Garcia Corentin Rouge Éditions Glénat

rioPremier tome d’une série prévue en 4 épisodes, Rio de Corentin Rouge et Louise Garcia nous plonge au cœur de cette mégalopole brésilienne. Rubeus et Nina vont se retrouver seuls à errer dans les rues, après le meurtre de leur mère. Ils vont rejoindre une bande de gamins des rues où la violence tient lieu de loi. Entre flics corrompus, gosses abandonnés, les auteurs nous peignent la vision forte du Rio actuel où la plus extrême pauvreté côtoie les plus grandes richesses. Après « Juarez », Corentin Rouge donne une force implacable au scénario par son dessin réaliste, il croque des gueules implacables et dessine la ville de Rio avec une justesse saisissante. On a déjà hâte au tome 2!

La Présidente François Durpaire Farid Boudjellal Les Arènes BD

marineNe jamais se laisser distancer par l’actualité, et celle-ci est brûlante! Aussi, au lendemain d’une journée noire pour la démocratie, j’ai plongé, toute tête en avant, dans cette BD apocalyptique qui nous donne une idée, bien plus que vraisemblable de ce qui nous attend en 2017. Oui, je sais, c’est demain, et les 22 millions d’abstentionnistes d’hier n’ont qu’à se la procurer pour se rendre compte, in situ et in vivo, du bonheur de Marine au pouvoir. Argumentée, ne s’en tenant qu’aux écrits du projet pour la France du Rassemblement Bleu Marine, c’est une vertigineuse descente aux enfers que nous décrivent les auteurs. Et le sticker disant que « vous ne pourrez pas dire que vous ne saviez pas » prend une couleur encore plus sanglante depuis le scrutin d’hier.

Je fais parti de ces désespérés heureux qui ont encore foi en l’homme, je pense que la raison peut encore l’emporter sur la connerie, je suis de ceux qui n’ont jamais oublié le 21 avril 2002, je suis de ceux qui ont lu plus d’une fois Matin Brun. J’ai envie de croire à un sursaut, que je n’ai pas envie de dire républicain, tellement le mot est galvaudé par une marionnette aux manies épaulières.

C’est quand même marrant, les Arènes ont publié le plus gros torchon de l’année 2014 (cherchez si vous ne vous en souvenez pas!) et l’ouvrage le plus indispensable aujourd’hui! Comme quoi, ne jamais désespérer, rester debout!

Des bandes dessinées pour Noël! expliquées par Maëla

empireCette bande dessinée parfaitement documentée et pleine d’humour retrace d’une façon simple et précise 2000 ans d’histoire politique du christianisme depuis la naissance de Jésus jusqu’à nos jours. Magnifiquement illustré cet ouvrage permet de comprendre comment le message originel d’amour et de tolérance du Jésus de l’Évangile a pu inspirer à la fois des guerres de religions, les croisades sanglantes, les horreurs de l’inquisition…Un bande dessinée passionnante, sans aucun parti pris et très humoristique. A découvrir absolument à qui s’intéresse à la fois à l’histoire, à la politique et à toutes les formes de religions.

 

 

 

collombatOn reste dans l’histoire politique avec cet ouvrage d’une qualité exceptionnelle. Etienne Davodeau nous avait déjà régalé avec « Un homme est mort » il y a quelques années, il signe ici avec le journaliste Benoit Collombat une enquête parfaitement documentée sur l’histoire de la Cinquième République, ou plutôt sur l’histoire non officielle de cette période. Cette bande dessinée se lit comme un roman policier, malheureusement la réalité dépasse de loin la fiction. La finesse du dessin de Davodeau associée au talent journalistique de Benoit Collombat font de cet ouvrage une œuvre incroyable de justesse et de vérité, mais qui ne nous réconciliera pas forcément avec nos chers dirigeants.

 

 

zenQuand Jean Plumo découvre dans bronzage magazine la réclame pour des vacances de « méditation de de bien être qui vous apprendront à vous détendre et à revitaliser votre poil » son sang ne fait qu’un tour ces vacances sont pour lui ! Lui qui rêve de grosses voitures et de peau parfaitement bronzée va se retrouver dans un univers qui est à mille lieues de son quotidien, petit à petit ce canard bougon va devoir apprendre à cohabiter avec une foule de personnages qui lui feront découvrir la beauté des petites choses. Une bande dessinée pleine d’humour et de tendresse qui parlera à chacun d’entre nous parce que au fond on a tous un petit quelque chose en nous de Jean Plumo. En fermant cette Bande dessinée on a juste envie de se faire un thé et de regarder la nature en appréciant ces petits instants de tranquillité.

Alcoolique Jonathan Ames et Dean Haspiel Monsieur Toussaint Louverture

amesEn fait, quand il arrive, tu le tiens juste comme ça, pas trop fort, tu caresses la couverture, tu vois ce grand homme debout qui cherche sa route entre toutes ses routes et l’autre la bouteille qui coule dans sa gueule ouverte, l’un rouge l’autre blanc ou inversement ou je ne sais pas qui a trop bu.

Qui encore peut publier ce genre de magnifique ouvrage sinon un fou?

Qui est ce Jonathan A. qui se cache derrière toutes les bouteilles et tous les rails de coke et tous les joints qu’il n’aura pas eu le temps de finir, sinon bouche grande ouverte dans la cuvette des toilettes? Ici, ce n’est pas Karoo (autre héros de Mr Toussaint Louverture pour ceux qui ne suivent pas dans le fond de la classe!), car il vomit le bougre. Il a l’alcool récalcitrant, comme l’amour, comme la vie en quelque sorte qu’il n’arrive pas à apprivoiser, alors il boit. Il écrit aussi et plus il écrit, plus il boit. Plus il boit, plus il fiche sa vie en l’air. Et comme il fiche sa vie en l’air, que croyez-vous qu’il fasse… De ses quinze ans et de ses premières bières où il s’est cru le champion du monde de tous les champions du monde, Jonathan A. aura tout essayé, tout fui, tout regretté, tout aimé, de Sal, son ami, son frère, peut-être finalement le seul qui l’aura aimé, hommes et femmes confondus, jusqu’à ce 11 septembre 2001 où un autre monde s’envole en poussière. Dans un dessin haché comme un couteau qui traverse les pages, Dean Haspiel donne vie à ce Jonathan A. qui n’est jamais Jonathan Ames, mais qui lui ressemble bigrement. Il y a de la fureur et de la rage dans chaque page, mais aussi cette hébétude d’un monde qui n’est pas vraiment fait pour lui. C’est beau et tragique, mais il y aura Sadie, la tante magnifique, celle qui le faisait un peu bander quand il était gamin tellement elle était belle, celle qui saura lui faire remettre son monde un peu debout. A force de vouloir être celui qui buvait pour être un écrivain, Jonathan A. sera celui qui nous file un coup de poing salutaire, direct au plexus sur le mythe de l’écrivain soûlographe. Il n’y a pas de buveur heureux, mais il peut y avoir des écrivains heureux.

Alcoolique, Monsieur Jonathan Ames fait partie de ces œuvres qui bousculent, dérangent, enchantent, serrent les ventres, donc qui sont indispensables.

A paraître le 1er octobre 2015