Evangelia David Toscana Éditions Zulma

Il y avait déjà les quatre évangiles du Nouveau Testament, plus les évangiles apocryphes, et voilà que David Toscana ( pour notre plus grand bonheur!!!) nous en rajoute un autre, certainement le plus jubilatoire de tous!

Car au lieu de Jésus, voici , donc Emmanuelle, née de l’Esprit Saint  et de Marie! Dieu, dans son royaume, n’a pas réellement veillé à assurer la procréation assistée, et voilà ce qui arrive quand on délègue le boulot à un archange légèrement porté sur la boisson!

David Toscana s’amuse, non seulement à revisiter les Évangiles, mais à en faire nouveau qui reprend totalement les quatre autres, avec simplement cette petite dose d’ironie et d’irrespect propre à tout auteur latino-américain surtout quand il est question de religion.

Je ne vous raconte pas la fin de l’histoire, vous la connaissez aussi bien que moi, sauf qu’encore une fois, les pirouettes littéraires du romancier nous entraînent dans les folles aventures d’une Emmanuelle plus charnelle qu’on n’aurait osé l’imaginer au début. Si j’osais, je vous dirais que ce fabuleux roman est une divine surprise!!!

 

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Mon désir le plus ardent Pete Fromm Editions Gallmeister

Quelqu’un saura-t-il me dire comment ce grand bonhomme au rire franc, aux yeux rieurs, à la poignée de main, non seulement franche, mais surtout virile, est capable de pénétrer le cerveau d’une femme amoureuse de son rafteur des rapides classe V du Wyoming ? Pete Fromm fait partie de ces écrivains qui n’écrivent qu’avec le cœur, capable de rassembler en moins de 300 pages plus d’amour que tous les torrents réunis du Colorado, du Montana et de l’Alberta.

« Mon désir le plus ardent » est l’histoire simple et belle de Maddy et de Dalt. On pourrait s’arrêter là. Ne pas vous en dire plus, car trop dévoiler de ce putain d’amour de ces deux putains de personnages qui vont devoir faire des putains de concessions pour une putain de maladie, c’est réducteur. C’est ne pas leur faire honneur, c’est omettre cette chose aussi stupide, qui vous prend par hasard, un soir de trop de tout, sur un matelas, sous une table, dans une voiture, au sommet d’une montagne. C’est oublier qu’on n’est jamais à l’abri de l’amour, et que Maddy et Dalt sont les plus gros veinards du monde entier.

En moins de 300 pages, Pete Fromm nous entraîne au bout de toutes les rivières que Maddy et Dalt ont descendues avant qu’elle ne soit frappée par la maladie, cette putain d’insidieuse SP qui bouffe la myéline de Maddy. Cela ne va pas les empêcher de faire deux gamins, comme deux pieds de nez à la maladie, deux grands coups de pied au cul du chancre qui commence à la ronger. Dalt, le grand bonhomme aux mains comme des battes de base-ball va s’adapter, adapter la maison, adapter les gestes, adapter l’amour, en ne reniant rien de ce qui les fait être les plus grands amoureux de la planète.

C’est une histoire d’amour aux années qui passent, aux enfants qui grandissent, aux sentiments qui se chantournent autant que la main de Maddy devient une serre de rapace. C’est un roman qui n’a pas de fin, car rien ne peut rompre un pacte scellé depuis le début de l’aventure. Ils retrouveront le ruisseau, se serreront les uns contre les autres laissant la poussière se répandre entre les plis de la rivière, Dalt essayant de se souvenir de cette putain de belle vie. Hein Mad, on en a eu une belle vie ! Ouais Dalt, une putain de belle vie!

Pour services rendus Iain Levison Editions Liana Levi

C’est une vieille histoire, très vieille histoire aurait dû se dire Mike Fremantle, quarante-sept ans qu’elle dure et elle ne s’oublie pas, elle colle encore à la peau, même si parfois les souvenirs se tassent, se grisent, s’enfouissent. 1969, guerre du Vietnam, c’est là que le sergent Mike a rencontré pour la première fois le première classe Billy Drake, soldat pas fûté balancé dans ce nid de guêpes comme tant d’autres gamins encore puceaux de tout !

2016, Mike dirige le commissariat d’une petite ville, Billy Drake est devenu sénateur du Nouveau-Mexique. La roue de la vie ne tourne pas toujours dans le bon sens. Afin de s’assurer les voix des vétérans, Drake se vante de sa Purple Heart, obtenu au combat. Mais sa version est contredite par un de ses anciens camarades. Qui peut mieux que son sergent lui rendre tout son honneur, Mike Fremantle évidemment.

Depuis des années, Mike s’arrange parfois avec la vérité. Dans la police, on a l’habitude de chasser dans des zones grises où tout ne se passe pas comme prévu par le code de procédure. On louvoie, on ferme les yeux, on amadoue, on fait un peu de casse. Alors, cette interview pour lequel on ne lui demande pas vraiment de mentir, c’est Ok, Drake.

Mais si la guerre était un nid de guêpes, le monde de la politique est celui d’un nid de serpents à sonnettes, tous plus violents les uns que les autres. Dans ce dernier roman, Iain Levison, comme à sa bonne habitude, nous tire le portrait d’une Amérique cynique et amorale où tous les coups sont permis pour asseoir son autorité ou pour travestir la vérité. Au moment où on mesure les dégâts d’un Trump et de ses magouilles, Iain Levison, avec son ironie mordante, réussit encore à secouer le cocotier de la folle Amérique !

A paraître le 5 avril!!!

My absolute darling Gabriel Tallent Gallmeister Éditions

Voilà un roman qui va marquer longtemps ceux qui l’ouvriront, ce genre de livre qui s’incruste en vous, dans chaque pore, dans chaque espace de votre cerveau, un livre qui vous poursuit comme rarement. Turtle est une jeune fille de 14 ans qui vit seule avec son père, bricole au collège où elle n’arrive à rien et se garde bien, enfermée dans sa coquille. Un quotidien de l’ordinaire pourrait-on dire s’il n’ y avait, en contre-champ, cette présence constante et étouffante des armes dans son univers.

La maison est un stand de tir et Turtle maîtrise tout autant le maniement des armes que le démontage et l’entretien. Il y a aussi son Grand-père qu’elle aime aller visiter et qui l’adore.

On va se rendre compte assez vite que la relation entre ce père machiavélique, à la fois érudit et pervers, est souillée par l »inceste, et le malaise du lecteur grandit. Aussi, quand Turtle rencontre deux garçons qu’elle sauve grâce à sa connaissance aigüe de la nature, son univers va commencer à basculer et ce combat entre l’amour et la haine de son père va la conduire à fuir.

Gabriel Tallent a cette grâce d’explorer les tourments de cette adolescente que l’on voudrait prendre dans ses bras afin de la protéger, tant ce qu’elle vit oscille entre le sombre et le noir absolu. Alors oui, on ne va pas le cacher, « My absolute Darling » fait partie de ces romans qui se méritent, qui nous arrachent à nos tranquillités, mais que l’on referme avec la merveilleuse pensée d’avoir lu un prodigieux roman.

Hélène

Les rois d’Islande Einar Mar Gundmundsson Éditions Zulma

Voulez-vous connaître l’histoire de l’Islande, du nord au sud et du sud à l’ouest? C’est très simple, il suffit de se rendre à Tangavik et de demander un Knudsen. A Tangavik, le Knudsen est une espèce invasive. On pense que le Knudsen a colonisé l’Islande, peu ou prou, puis a inventé l’Islande. Le Knudsen est de ces familles qui ont des choses à dire sur tout ce que fait l’Islandais, sur tout ce qui fait l’Islande, sa singularité, car le Knudsen a été de tous les combats. Ministre ou alcoolique ou les deux à la fois, ils ont fondé des conserveries et n’ont fini par ne rien conserver, car tel est le Knudsen, disons-le tout cru, le Knudsen pète parfois plus haut que son cul, et c’est à cela qu’on le reconnaît!

Autant vous dire que s’aventurer dans ce roman n’est pas une sinécure, simplement une odyssée, une plongée dans un monde que nous ne pouvons imaginer, tant l’imagination du romancier islandais est bien plus folle que celle de Christine Angot…

Bref, c’est 326 pages de bonheur brut, intense, cruel, mais terriblement salvateur!

Débâcle Lize Spit Éditions Actes Sud

Ils sont trois et seulement trois à être nés en 1988 dans ce petit village de Bovenmeer. Eva la fille, Laurens et Pim, les deux garçons. A l’école, on les trimballera ensemble d’une classe à l’autre et c’est ainsi qu’ils vont se nommer  » les trois mousquetaires ». Ils grandissent, font les quatre cent coups jusqu’à cet été où la folie de leurs adolescences mal dégrossies va les conduire au delà de leur petit monde clos.

La couverture raconte très bien ce roman, cette petite fille qui croit être une femme, dans un corps qui hésite encore à se transformer, va jouer aux jeux pervers des deux autres. Où est la frontière dans ces jeux adolescents quand le rire se transforme en rictus de peur, en violence sans contrôle.

Quand le temps a fait son œuvre, il suffit d’un rien pour ranimer les vengeances froides. Eva va revenir au village… Toujours se méfier de la glace, elle brûle parfois bien plus que le feu…

Ör Audur Ava Ólafsdottir Editions Zulma

Est-ce l’histoire d’un homme ou celle de l’humanité que Audur Ava vient ici d’écrire? Mais celle d’une humanité glorieuse, celle qui répare, avec une perceuse et trois bouts de scotchs tout ce que les autres hommes se sont acharnés à détruire. Dans ce nouveau roman, qui est à coup sûr le plus beau, elle nous bouscule dans toutes nos certitudes en empruntant la voix de Jonas, célibataire divorcé, entouré de ses trois Gudrun, sa mère, sa fille, son ex. Désabusé de son existence sans saveur, il va partir dans un autre bout du monde, ravagé par la guerre avec une seule idée en tête. Et je ne vous dirai pas laquelle!

Dans l’hôtel où il arrive, la plomberie est défaillante, les portes grincent, les mines encombrent les jardins et les champs et estropient les rares habitants qui restent, ceux qui ne sont pas passés par les armes. Dans cette ville qui n’en est plus une, Jonas va rencontrer May, et son fils Adam, devenu sourd à cause des bombes, et Fifi, le frère de May qui gèrent tant bien que mal l’hôtel.

Et c’est dans cette ville arrêtée, dans un cessez le feu incertain, Jonas va devoir se rendre utile. Il commence par la douche, et chaque petite réparation devient une fleur dans les gravats. Alors, chaque personnage commence à se dévoiler, à ouvrir ses portes et fenêtres bloquées par la guerre. Le roman prend alors une ampleur incroyable, se libère et nous libère de l’oppression. Jonas va oublier pourquoi il était venu ici, un peu comme Arnljotur dans « Rosa Candida », et fera finalement ce qu’il n’avait absolument pas voulu faire. Roman intense, d’une finesse d’écriture remarquable, Audur Ava Olafsdottir nous transporte encore une fois dans ses mondes qui n’ont pas de nom, sauf peut-être celui de Ör qui veut dire cicatrices en Islandais, celles que Jonas vient panser avec cette inadvertance qui sied aux hommes de bontés.