LA VRAIE VIE ADELINE DIEUDONNE

Dès le premier chapitre, le décor est planté.La narratrice, 10 ans au début du roman, vit dans un pavillon du fond d’un lotissement plutôt monotone. dans la maison il y a quatre chambres, celle de ses parents de son frère, la sienne, et celle des trophées du père dont la vie tourne autour de trois passions: la chasse, le whisky et la télé.

Suite à une tragédie, notre narratrice n’aura de cesse de remonter dans le temps pour redonner à son petit frère Gilles, le rire et le sourire qui lui procuraient ses plus grands bonheurs.

Le roman raconte ses années d’adolescence, toujours dans sa quête de retour vers le passé, cette limite entre le réel et le rêve qui, parsemée d’évènements terribles, nous amène à la tragédie.

C’est parfois drôle, parfois cruel, mais cette fillette, en véritable guerrière de la vie, saura trouver le meilleur avec force et intelligence.

Toujours entre la fable et le réel, dans une tension qui va crescendo, ce roman est d’une grande réussite.

Hélène.

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Camarade Papa Gauz Éditions du Nouvel Attila

Vous connaissez l’angoisse de l’écrivain au moment du second roman, quand le premier « Debout-Payé » a été un grand succès de librairie. Je pense que Gauz n’en a rien eu à faire, par contre, ce qu’il devait faire, c’était écrire ce roman qu’il portait en lui depuis longtemps, ce « Camarade Papa », épopée liée par deux fils différents qui se rejoignent. Car il y a deux histoires, l’une contemporaine quand l’autre se situe au XIXème siècle. Et qui dit deux histoires dit deux langues qui se renvoie l’une à l’autre l’histoire de la Côte d’Ivoire.

Il y a ce gamin né à Amsterdam qui va faire le voyage pour retrouver sa grand-mère en Côte d’Ivoire, bercé par les discours marxistes de son père et ce jeune homme Dabilly qui quitte la Creuse  pour embarquer vers Grand- Bassam, cette entrée où sept rouleaux de brisants empêchent les bateaux d’accoster.

Oui mais voilà, il y a la langue de Gauz, celle qu’il a peaufinée justement pendant quatre ans à Grand-Bassam, celle qui fait de ce roman une aventure, cette langue française qu’il manie, triture, transforme avec une délectation non feinte. On ressent le plaisir de la phrase, on rit, on est ému, on relit pour le simple bonheur d’une trouvaille littéraire.

Bien plus qu’un roman sur la colonisation, c’est un roman d’amour sur deux rives qui auraient dû s’aimer différemment, mais que la bêtise du colonisateur a pollué durant des siècles. C’est aussi un roman sur le pouvoir de l’écriture, de donner à voir un point de vue bien différent, mais tellement plus affûté sur cette mascarade du colonisateur venant apporter la civilisation aux peuples d’Afrique.

Si vous ne deviez acheter qu’un livre cette année, ce devrait être celui-ci (avec celui de Jérémy Fel quand même !)

Chien-Loup Serge Joncour Flammarion

Nous sommes en 2017 et Frank et Lise vont se perdre dans le Lot, en pleine nature, là où pas un réseau ne passe. Si cela fait plaisir à Lise, cela ne fait pas l’affaire de Frank (imaginez Jean-Pierre Bacri levant son téléphone au ciel pour une seule barre qui ne vient jamais !)

Nous sommes en 1917 et un dompteur allemand vient se cacher au fin fond du Lot avec ses fauves et sa cage dorée et où Joséphine, l’une des premières veuves de la grande guerre aura les yeux de Chimène pour cet homme si étrange.

Et l’endroit où il se terre est, vous l’aurez compris, là où Lise et Franck viennent se ressourcer.

On reconnaît évidemment la patte de Joncour pour nous entraîner dans une histoire où on a envie de le suivre. C’est habilement mené, on sourit, on rit, on est ému, les deux histoires se frottent l’une à l’autre et on se laisse bercer par la belle musique de la langue de Serge Joncour.

Si ce n’est pas mon préféré du beau barbu, cela n’en reste pas moins un roman qui sera facile à proposer, parce qu’il y a derrière tout ça, la belle humanité du beau nounours qu’est Serge Joncour !

 

L’hiver du mécontentement Thomas B. Reverdy Flammarion

Alors, je vérifie la moyenne d’âge dans la salle, et nous ne sommes pas si nombreux à avoir connu l’hiver 78-79, en un autre siècle où une certaine Margaret Thatcher est arrivée au pouvoir au Royaume-Uni.

Candice pédale sur son vélo de coursier, le seul petit job qu’elle ait réussi à trouver pour se payer ses cours d’art dramatique. En ce moment, elle répète Richard III du bon vieux Shakespeare, et il y a dans l’atmosphère de la Great Britain de l’époque un peu de cette pièce.

Richard III, prêt à tous les mensonges, les turpitudes pour arriver au pouvoir, comme la Margaret Thatcher qui cherche à se trouver une voix et vient prendre un cours de diction, là où Candice, justement, répète la pièce.

Candice va rencontrer Jones, un musicien largué de chez largué. Musicien, ce n’est pas un métier, alors il est aussi employé de bureau et se fait virer sans préavis. C’est un monde qui ne parle plus à grand monde, mais il y a la musique !

Pour moi qui avait quinze ans à l’époque, c’est un livre qui vit par la musique que Reverdy nous rappelle, les Clash, les Sex Pistols, Pink Floyd et son Wall, lancé comme un crachat à la tête de Margaret. Il y aura aussi Joy Division, David Bowie et son « Lodger » !

Si pour vous la musique des ces années-là vous est inconnue, cela ne va pas être facile, pour les autres, chaque chapitre est collé à une chanson, et vous allez revenir dans vos années cheveux longs, santiags et keffieh palestinien, dansant des pogos jusqu’au bout de la nuit !!!

Le malheur du bas. Inès Bayard . Editions Albin Michel (parution le 22 août)

Marie a 32 ans, une vie bien remplie , un travail intéressant, un mari aimant et un appartement dans le XVe arrondissement de Paris. Tout, en apparence, lui sourit. Seulement voilà Marie a décidé de mourir et d’entrainer avec elle mari et enfant car elle souffre , un mal profond , insupportable qui s’est ancré en elle depuis déjà presque deux ans, l’âge de son fils. Tout son être s’est brisé comme une poupée de porcelaine le jour ou son supérieur hiérarchique a violemment abusé d’elle. Depuis son monde s’est écroulé et Marie a sombré dans une dépression sourde et violente. Car ce viol elle ne veut en parler à personne, elle garde ça au fond d’elle même pour garder aux yeux des autres l’apparence d’un bonheur factice. Un premier roman étouffant, oppressant, dur mais d’une telle intensité et d’une telle humanité qu’on ne peut le lâcher. C’est une lecture difficile, dérangeante mais Inès Bayard réussit la prouesse de ne pas entrer dans le pathos si la plainte. Marie est humaine, douloureusement humaine, tout simplement. On n’en sort pas indemne.

Maëla

Les nouvelles aventures du Fakir au pays d’Ikea Romain Puertolas Le Dilettante Éditions

Ah écrire des suites à un roman qui a eu un succès considérable! Pas simple l’aventure! Mais connaissant un peu le bonhomme, je me doutais qu’il prendrait un peu de temps entre les deux (d’où trois autres romans sans fakir, ni Ikéa, quoique!).

Et disons-le tout net, la midinette que je suis depuis le premier opus s’est franchement laissé embarquer par les nouvelles aventures d’Ajattrappesous (nouvelle variation, Romain, tu permets!) qui s’en va en Suède, car, figurez-vous, le lit à clous n’est plus produit par la fameuse firme de mobilier qui ne se monte qu’une fois, et encore!

Avec son pull suédois plein de rennes, Attrapemasoupe rejoint Stockholm (j’en reviens, c’est plein de Suédois tatoués partout et de patates bouillies avec des sauces improbables, c’est pour ça que c’est la Suède et que Björn Borg était imperturbable!) afin de se faire confectionner un Kisifrötsipikh de compétition!

Mais évidemment, rien ne va se passer comme prévu, des souvenirs d’enfance pas spécialement joyeux vont venir se mêler à des margoulins pas spécialement gentils, alors que Marie, oui la Marie du premier épisode, devenue la femme d’Ajaiattrapéunrhume, va venir troubler le jeu de quilles ( Mölby peut-être!) suédois.

Alors oui, je ris toujours au blagues vaseuses, j’adore ça, cela a commencé en lisant des San Antonio à 14 ans, et je me réjouis toujours qu’un romancier français se lâche dans des péripéties qui nous font grimper aux rideaux, quand tout n’est qu’invraisemblances et que le fard à joue du clown déborde de partout!

Merci Romain!

MISS de JEAN-CLAUDE LALUMIERE

Derrière ce titre et cette drôle de couverture, se cache Morgane Bellamy, originaire de Picardie, et fraîchement élue « Plus Belle Femme de France ». Elle y est arrivée en n’hésitant pas à piéger quelques-unes de ses concurrentes dans une compétition acharnée.
Bref, elle y est, et nous commençons donc à suivre la vie « trépidente » d’une Miss, sous l’autorité de Carole, la présidente surnommée la Baronne, et de son équipe simplement constituée de Karen qui gère l’emploi du temps, les réseaux sociaux, les rendez-vous… et de Thomas, le chauffeur, tous deux corvéables à merci par la Baronne. Avec tout l’humour de Jean-Claude Lalumière, nous découvrons un univers pas si glamour, d’une inauguration de supermarché à l’autre, et surtout dans l’ombre de la Miss précédente qui, malheureusement pour Morgane, est devenue Miss Univers!
Et si la lecture s’avère agréable, drôle et très réaliste, c’est que l’auteur a choisi un personnage intelligent, bien au-delà de la simple apparence.
Il décrit aussi très bien la province, sans jamais se moquer.
Assurément, vous ne regarderez plus les reines de beauté du même oeil après cette lecture savoureuse.