Les nouvelles aventures du Fakir au pays d’Ikea Romain Puertolas Le Dilettante Éditions

Ah écrire des suites à un roman qui a eu un succès considérable! Pas simple l’aventure! Mais connaissant un peu le bonhomme, je me doutais qu’il prendrait un peu de temps entre les deux (d’où trois autres romans sans fakir, ni Ikéa, quoique!).

Et disons-le tout net, la midinette que je suis depuis le premier opus s’est franchement laissé embarquer par les nouvelles aventures d’Ajattrappesous (nouvelle variation, Romain, tu permets!) qui s’en va en Suède, car, figurez-vous, le lit à clous n’est plus produit par la fameuse firme de mobilier qui ne se monte qu’une fois, et encore!

Avec son pull suédois plein de rennes, Attrapemasoupe rejoint Stockholm (j’en reviens, c’est plein de Suédois tatoués partout et de patates bouillies avec des sauces improbables, c’est pour ça que c’est la Suède et que Björn Borg était imperturbable!) afin de se faire confectionner un Kisifrötsipikh de compétition!

Mais évidemment, rien ne va se passer comme prévu, des souvenirs d’enfance pas spécialement joyeux vont venir se mêler à des margoulins pas spécialement gentils, alors que Marie, oui la Marie du premier épisode, devenue la femme d’Ajaiattrapéunrhume, va venir troubler le jeu de quilles ( Mölby peut-être!) suédois.

Alors oui, je ris toujours au blagues vaseuses, j’adore ça, cela a commencé en lisant des San Antonio à 14 ans, et je me réjouis toujours qu’un romancier français se lâche dans des péripéties qui nous font grimper aux rideaux, quand tout n’est qu’invraisemblances et que le fard à joue du clown déborde de partout!

Merci Romain!

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MISS de JEAN-CLAUDE LALUMIERE

Derrière ce titre et cette drôle de couverture, se cache Morgane Bellamy, originaire de Picardie, et fraîchement élue « Plus Belle Femme de France ». Elle y est arrivée en n’hésitant pas à piéger quelques-unes de ses concurrentes dans une compétition acharnée.
Bref, elle y est, et nous commençons donc à suivre la vie « trépidente » d’une Miss, sous l’autorité de Carole, la présidente surnommée la Baronne, et de son équipe simplement constituée de Karen qui gère l’emploi du temps, les réseaux sociaux, les rendez-vous… et de Thomas, le chauffeur, tous deux corvéables à merci par la Baronne. Avec tout l’humour de Jean-Claude Lalumière, nous découvrons un univers pas si glamour, d’une inauguration de supermarché à l’autre, et surtout dans l’ombre de la Miss précédente qui, malheureusement pour Morgane, est devenue Miss Univers!
Et si la lecture s’avère agréable, drôle et très réaliste, c’est que l’auteur a choisi un personnage intelligent, bien au-delà de la simple apparence.
Il décrit aussi très bien la province, sans jamais se moquer.
Assurément, vous ne regarderez plus les reines de beauté du même oeil après cette lecture savoureuse.

Platine Régine Detambel Actes Sud

J’ai voulu faire un croche-patte à la rentrée littéraire, il y avait ce petit livre avec cette sublime couverture de Jean Harlow. J’y ai mis le nez hier soir, j’ai bien fait, c’est tout simplement sublime de beauté et de violence, l’histoire de cette gamine faite femme, jetée comme une vierge dans l’arène des lions du cinéma hollywoodien des années 30.

C’est une petite voix, celle d’ Harlean Carpenter, cette petite chose manipulée par sa mère, dont elle prendra le nom comme pseudonyme, cette actrice adulée par la simple présence magnétique de ses seins qui transforme tous les hommes dans la caricature du loup de Tex Avery, la langue pendante, les yeux écarquillés.

Durant les vingt-six ans de sa courte existence, Harlean collectionnera les amants, les maris, les succès, les échecs, ballottée par la vie d’une starlette qui cédera aux diktats masculins, cherchera la lumière d’être aimée bien plus que de chercher à aimer, se laissera physiquement abîmer par la lueur des projecteurs qui la brûlera bien plus que les papillons qui vont se coller aux réverbères. C’est un petit livre à la résonance étonnante dans ces moments de #meetoo et de #balancetonporc. Harlean a quitté le monde en 1937, le corps à bout de force, telle une allumette qui aurait voulu croiser le feu de trop près. Un roman impitoyablement sincère et beau pour ce fétu de paille de Jean Harlow qui me hante depuis si longtemps.

JE TE PROTEGERAI DE PETER MAY EDITIONS DU ROUERGUE

Ce nouveau roman de Peter May se passe essentiellement aux îles Hébrides, et pourtant tout commence à Paris.
Ruairidh et Niamh MAcfarlane (prénoms gaéliques difficiles à prononcer) forment un couple amoureux comme au premier jour, et ensemble ils ont créé leur entreprise textile Ranish Tweed sur leur île, et commencent à connaître une belle renommée.
Mais ce soir-là, à Paris, la voiture dans laquelle a pris place Ruairidh avec la styliste russe Irina Vetrov explose, sous les yeux de Niamh.
Une enquête s’ouvre, menée par le lieutenant Sylvie Braque, qui va rapidement se déplacer en Écosse.
Peter May remonte alors chapitre après chapitre dans l’histoire du couple, de leurs familles, leurs amis, le succès et les jalousies qu’il peut engendrer. Tout ceci en nous donnant une description précise de ces lieus si découpés et accidentés.
L’intrigue, assez légère, nous fait quand même passer un très bon moment grâce à une écriture fluide, servie par la belle traduction d’Ariane Bataille, et des personnages attachants aux personnalités puissantes comme les côtes déchiquetées des Hébrides.

Hélène.

Misérables! Michel Quint Éditions Phébus

Laurent Leprêtre a 35 ans. Dans son nouveau job, il enquête pour retrouver la trace d’héritiers d’assurance-vie. Son passé de divisionnaire dans la police a joué à l’embauche, c’est certain. Premier dossier: Henriette Benson, 90 ans, a souscrit une assurance-vie au profit d’un certain Freddy, 20 ans à l’époque, pour près de 600 000 francs le 15 juin 1981. Elle décède le 18. Un peu rapide l’héritage, sauf que personne ne sait ce qu’est devenu Freddy, disparu dans la nature. Laurent n’a plus qu’à prendre la direction de Calais, remonter les pendules de 2016 à 1981, fouiller les cimetières et sonder les âmes.

De l’élection de Mitterrand jusqu’à la jungle de Calais de 2016, entre la peur du communisme qui entre au gouvernement jusqu’aux yeux des migrants qui brillent comme ceux de lapins dans les phares des voitures, Michel Quint nous raconte bien plus qu’une histoire d’héritage. Il nous raconte une ville, le déclassement de ses habitants, la mutation d’une société, la peur de l’étranger, l’exaspération des petites gens et l’espérance du miracle pour ceux qui rêvent encore de l’Angleterre. On ne fait plus de dentelle à Calais, on survit avec sa petite retraite dans sa petite maison, alors, ressortir Henriette Benson, mon Dieu, mon pauv’ monsieur, c’est vieux tout ça.

Michel Quint est un peintre naturaliste qui nous entraîne avec brio sur les chemins escarpés d’un monde qui se rétrécit, se perd et se confond avec le gris des vagues de la mer du Nord. Mais, heureusement, il y a Sonia. Comment, je ne vous ai pas parlé de Sonia, il y a toujours un soleil dans les romans de Michel Quint!

La ballade silencieuse de Jackson C. Frank Thomas Giraud

Tu sais à quoi ça tient la vie, comment ça se balance entre deux accords en la mineur et en sol. On est en 1954 dans l’état de New York quand l’explosion ravage la salle de classe de Jackson, le feu s’empare de tout, du bois des murs, du poids des corps. Quinze vont y laisser leurs vies et surtout Donald, l’ami de Jackson.

Cela ne suffit pas à faire un livre, me direz-vous et vous aurez raison, mais ce qui est prodigieux dans ce récit roman, c’est que Thomas Giraud a réussi à y mettre de la chair, de la vraie entre les cordes de la guitare, dans le plus profond des cordes vocales de ce Jackson C. Frank dont je ne connaissais rien, et dont j’écoute désormais l’unique album en boucle.

Dire que la musique et la littérature sont deux sœurs qui se regardent l’une l’autre prend ici tout son sens, car la musique de l’écriture de Thomas Giraud a cette évidence quand on la confronte à la musique de Jackson. Alors, oui, c’est quoi cette histoire, celle de celui qui a juste été « the man next door », tout près de piquer la place d’un prix Nobel de littérature à la voix nasillante. L’histoire d’un homme aussi qui ne fera que frôler que le succès, car d’autres feront en sorte qu’il lui échappe.

Thomas Giraud a de la magie dans l’écriture, il nous convie dans le salon de Jackson, nous donne à lire ses doutes, ses tragédies, tous les drames qui ont ponctués son existence, dans la rythmique d’un arpège inquiet et d’une voix râpée. C’est juste beau, oui, juste beau…

Cliquez sur la couverture de l’album et partez faire un tour chez Jackson C. Frank!

Encore un truc, Thomas Giraud sera chez nous le vendredi 23 mars! On a hâte!

avancez masqués Hélène Bonafous-Murat Éditions Le Passage

Étonnant et troublant que ce quatrième roman que publie Hélène Bonafous-Murat aux Éditions Le Passage. S’il y est beaucoup question d’art, c’est aussi à un autre questionnement que l’auteure nous invite à découvrir derrière tous les masques, qu’ils soient réels ou virtuels. Qui sommes-nous tous, quel est cet autre moi qui parfois va pousser des portes derrière lesquelles naissent d’autres tableaux, bien plus réels, faits de chairs et de fleurs, de violences et de désirs inavoués.

Quand Olivia Lespert, cette spécialiste d’art contemporain, se retrouve le jouet d’un homme dans une pièce aveugle, elle ne sait pas encore que le jeu auquel elle joue et qui lui procure des sensations intenses, va être le point de départ du basculement de son existence.

Qui était vraiment cette ministre de la Culture qui vient d’être assassinée? Qui est cet homme qui semble tout savoir de ses mouvements et qui lui écrit des sonnets équivoques?  Hélène Bonafous-Murat adore brouiller les pistes, rajoute des masques et des faux-semblants, nous entraîne à Marseille au MUCEM, où les trafics d’œuvres d’art se cachent derrière d’autres masques respectables. Ici, tout est fuite et retournement, car chacun des personnages à quelque chose à dissimuler. Étrange jeu du chat et de la souris dans ce monde de l’art contemporain où les faussaires jouent d’étranges partitions sur les corps abandonnés, « avancez masqués » est bien plus qu’un roman qui dénonce et se moque, il agit comme le révélateur de notre société malade de l’immédiateté, de ce rapport au temps et à la gabegie de l’information truquée. Hélène Bonafous-Murat arrache les masques de l’hypocrisie, et ça fait un bien fou!