Un élément perturbateur d’Olivier Chantraine en Folio

product_9782072823770_195x320Serge a 43 ans, un physique agréable, vit à Paris, et travaille dans une entreprise très secrète dont l’activité consiste à monter des opérations financières afin de faire transiter de l’argent  partout dans le monde, sauf en France. Serge est honnête avec lui-même; en effet il sait qu’il doit ce poste à son frère, ambitieux ministre des finances. Il vit avec sa soeur, avec laquelle il s’entend à merveille. Depuis peu il souffre d’une aphasie qui lui coupe la parole, juste au moment où on la lui demande.  La plupart du temps il fait semblant de travailler, car les analyses qu’il est sensé rendre lui sont rarement demandées. Jusqu’au jour où il part au Japon avec  le patron, son bras droit, et Laura, très ambitieuse et très belle collègue qui semble trouver Serge à son goût. Là son analyse requise, et honnête, va faire capoter un montage frauduleux, et tout va commencer à aller de travers. S’ensuivent des péripéties professionnelles qui vont mener Serge bien plus loin qu’il ne pensait jamais aller.

On rit beaucoup dans ce roman, vraiment, et les personnages d’Olivier Chantraine sont très attachants… enfin pas tous.

Dans ce format poche, il n’a pas fini d’amuser les lecteurs, tous les lecteurs: un petit bonheur!

Hélène.

 

 

Publicités

Des âmes simples Pierre Adrian Folio

Des âmes simples Pierre Adrian Folio

C’est une vallée au fin fond des montagnes, dans cette vallée d’Aspe qui se mérite pour les mollets des cyclistes. C’est ainsi que Pierre Adrian l’a connue. Et c’est dans cet endroit entre la terre et le ciel qu’il a rencontré Frère Pierre, le curé du monastère, arrivé ici il ya plus de cinquante ans. Ici, il est autant question de terre que de ciel, de gens qui passent et s’arrêtent, de gens qui passent et repartent, d’un monde qui vit au son des cloches, d’une soupe partagée, d’un moment de fraternité. Il y est question de voitures asthmatiques et de vitres gelées, et de ces amitiés rares qui ne se rencontrent qu’au fond d’une vallée rude, plongée dans les brumes de l’hiver. Il y est question d’hommes et de femmes sans rivalités, animés d’un même idéal, qui pour certains se nomme foi, et pour d’autres liberté. C’est un livre sur les arpenteurs de la vie, ceux qui ouvrent les bras et les tables, les gens de bien.

Nulle part sur la terre Michael Farris Smith Éditions 10/18

C’est une femme qui revient sur ses pas, là où elle a grandi, avec sa fille qui lui tient la main et un sac poubelle sur l’épaule qui lui tient lieu de vie. C’est un homme qui sort de prison et revient là où il a grandi, mais où on ne l’attend pas avec des fleurs, mais avec des poings. C’est l’histoire de Maben et Russell, l’histoire d’une Amérique qui sent l’huile de vidange, la poussière et la rouille, un monde où rien ne s’oublie et tout se paye au prix fort. Alors évidemment, il n’y a « Nulle part sur la terre » pour la rédemption de l’un, de l’autre. On peut ouvrir les fenêtres et foncer sur la highway, tout au bout il ne restera que l’inconnu d’une nuit sans lune, quand les mots ne servent plus à rien, sinon à bégayer un passé d’ivresse coupable. Ici, personne ne gagne, chacun cherche à s’en sortir sans avoir la clé. Les flics font du gras, les héros n’en sont pas, l’Amérique laisse suinter son fard à joue, le rimmel coule noir et dégouline jusqu’au soleil levant. C’est un roman de boxeur, qui vous laisse groggy, pantelant, bouche ouverte.

Les chroniques de San Francisco de Armistead Maupin éditions 10/18

Et une belle saga pour accompagner votre été! Les chroniques de San Francisco ne sont certes pas une nouveauté mais quel plaisir de se plonger dans les aventures de Mary-Ann Singleton, jeune américaine qui débarque de sa campagne pour s’installer à San Francisco dans les années 70. La jeune fille, pleine de candeur et de naïveté, découvre une ville en pleine ébullition et fait une multitude de rencontres toutes plus incroyables les unes que les autres. Elle s’installe chez Anna Madrigal , personnage loufoque et attachant, qui tient une pension sur Barbary Lane et cultive à ses heures un peu de marijuana. C’est dans cette fameuse pension que Mary-Ann va rencontrer des personnages hauts en couleur que le lecteur retrouvera tout au long de la série, qui compte tout de même 9 tomes! Mais on ne s’ennuie pas bien au contraire chaque ouvrage se lit incroyablement vite! ça sent bon les seventies, le soleil, l’amour et l’amitié! A découvrir absolument!

Maëla

La carapace de la tortue Marie-Laure Hubert Nasser

carapaceClotilde est une jeune femme que nature a doté d’une forte constitution, et dans la société actuelle, ça ne passe pas vraiment. Rejetée par ses parents, elle s’est enfuie à Paris où elle fait des ménages en tentant de se rendre la plus invisible possible. Sur un coup de tête, elle revient à bordeaux où sa grande tante, Thérèse, va l’accueillir. Cette dernière, qui ne peut plus sortir de son lit à son grand âge, possède, en effet, un immeuble dans lequel vivent des locataires triés sur le volet! Et toute cette communauté va tenter de faire changer Clotilde, la faire évoluer, sous l’œil avisé de Thérèse. Tout ceci va entraîner Clotilde dans des relations amicales qu’elle n’imaginait pas, et Thérèse mettra tout en œuvre pour que chacun donne à la jeune femme ce qu’elle n’a jamais reçu avant. Ceci la révèlera à elle-même et aux autres, car sous la carapace bat un cœur très tendre…

 

Quel trésor! Gaspard-Marie Janvier Points Seuil

janvier  Vous en voulez de l’aventure, de la vraie, et partir sur les traces du trésor de l’Ile au trésor, le livre mythique de Robert-Louis Stevenson, vous voulez rire de bon cœur, vous retrouver dans le Nord de l’Ecosse, là où le whisky réchauffe les hommes et les âmes, alors ce livre est pour vous! Gaspard-Marie Janvier a un talent fou de raconteur d’histoires, et celle-ci, de fausse-vraie carte en rebondissements d’aéroplane français sur les pentes herbues ou les plages écossaises est un ravissement de toutes les pages!

Jouissif, je vous dis, jouissif!

Epépé Ferenc Karinthy Editions Zulma

épépé  Si vous ne connaissez pas encore la magnifique collection de poche des éditions Zulma, je ne saurais trop vous conseiller d’y entrer avec ce livre absolument fabuleux d’un auteur hongrois, Ferenc Karinthy: Epépé ou l’art de se perdre à tout point de vue!

Vous prenez l’avion pour aller assister à un congrès de linguistique à Helsinki, jusque là, rien que du très normal. Vous vous endormez dans l’avion et quand vous en descendez, la première impression qui vous gagne est que cette ville ne ressemble pas vraiment à Helsinki. Comme vous avez oublié votre montre, il vous est impossible de savoir combien d’heures vous avez dormi, donc d’imaginer dans quel coin de la planète vous avez atterri. Voici ce qui arrive à Budaï, linguiste confirmé qui se retrouve en un endroit inconnu, où les gens parlent une langue inconnue, où rien ne ressemble à quelque chose de connu. De plus, l’écriture de ce pays semble encore plus inconnue que tout ce qu’il y a d’inconnu dans cette équation fantastique. Mais comme il est un homme raisonnable et raisonné, Budaï va tenter de comprendre la langue qui reste aussi hermétique qu’un sas de banque suisse. En se rapprochant de Epépé ( à moins que ce ne soit Bébé, ou Etiétié ou Edédé, ou Vévé, cette langue montre d’étranges signes de variation!!!) jeune fille qui s’occupe de l’ascenseur de l’hôtel, il pense pouvoir communiquer, mais…

Au fur et à mesure qu’on suit Budaï dans ses efforts désespérés de comprendre, puis de fuir cette ville, on se rend compte de l’importance primordiale de la compréhension du monde dans lequel on vit pour ne serait-ce qu’y survivre, que l’absence des codes sociaux, moraux peuvent nous détruire à petit feu. Dans cette folie qui se dessine tout autour de lui, Budaï ne veut pas se résigner et il n’aura de cesse de tenter de sortir de ce cauchemar. Ferenc Karinthy réussit avec ce livre à nous captiver totalement, à nous entraîner dans les pas de Budaï, jusqu’à ce qu’on referme le livre, que l’on regarde autour de soi, alors on se pince, on se frotte les yeux, non tout va bien, allez, on va dire que tout va bien, ce n’était qu’une hallucination!