La carapace de la tortue Marie-Laure Hubert Nasser

carapaceClotilde est une jeune femme que nature a doté d’une forte constitution, et dans la société actuelle, ça ne passe pas vraiment. Rejetée par ses parents, elle s’est enfuie à Paris où elle fait des ménages en tentant de se rendre la plus invisible possible. Sur un coup de tête, elle revient à bordeaux où sa grande tante, Thérèse, va l’accueillir. Cette dernière, qui ne peut plus sortir de son lit à son grand âge, possède, en effet, un immeuble dans lequel vivent des locataires triés sur le volet! Et toute cette communauté va tenter de faire changer Clotilde, la faire évoluer, sous l’œil avisé de Thérèse. Tout ceci va entraîner Clotilde dans des relations amicales qu’elle n’imaginait pas, et Thérèse mettra tout en œuvre pour que chacun donne à la jeune femme ce qu’elle n’a jamais reçu avant. Ceci la révèlera à elle-même et aux autres, car sous la carapace bat un cœur très tendre…

 

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Quel trésor! Gaspard-Marie Janvier Points Seuil

janvier  Vous en voulez de l’aventure, de la vraie, et partir sur les traces du trésor de l’Ile au trésor, le livre mythique de Robert-Louis Stevenson, vous voulez rire de bon cœur, vous retrouver dans le Nord de l’Ecosse, là où le whisky réchauffe les hommes et les âmes, alors ce livre est pour vous! Gaspard-Marie Janvier a un talent fou de raconteur d’histoires, et celle-ci, de fausse-vraie carte en rebondissements d’aéroplane français sur les pentes herbues ou les plages écossaises est un ravissement de toutes les pages!

Jouissif, je vous dis, jouissif!

Epépé Ferenc Karinthy Editions Zulma

épépé  Si vous ne connaissez pas encore la magnifique collection de poche des éditions Zulma, je ne saurais trop vous conseiller d’y entrer avec ce livre absolument fabuleux d’un auteur hongrois, Ferenc Karinthy: Epépé ou l’art de se perdre à tout point de vue!

Vous prenez l’avion pour aller assister à un congrès de linguistique à Helsinki, jusque là, rien que du très normal. Vous vous endormez dans l’avion et quand vous en descendez, la première impression qui vous gagne est que cette ville ne ressemble pas vraiment à Helsinki. Comme vous avez oublié votre montre, il vous est impossible de savoir combien d’heures vous avez dormi, donc d’imaginer dans quel coin de la planète vous avez atterri. Voici ce qui arrive à Budaï, linguiste confirmé qui se retrouve en un endroit inconnu, où les gens parlent une langue inconnue, où rien ne ressemble à quelque chose de connu. De plus, l’écriture de ce pays semble encore plus inconnue que tout ce qu’il y a d’inconnu dans cette équation fantastique. Mais comme il est un homme raisonnable et raisonné, Budaï va tenter de comprendre la langue qui reste aussi hermétique qu’un sas de banque suisse. En se rapprochant de Epépé ( à moins que ce ne soit Bébé, ou Etiétié ou Edédé, ou Vévé, cette langue montre d’étranges signes de variation!!!) jeune fille qui s’occupe de l’ascenseur de l’hôtel, il pense pouvoir communiquer, mais…

Au fur et à mesure qu’on suit Budaï dans ses efforts désespérés de comprendre, puis de fuir cette ville, on se rend compte de l’importance primordiale de la compréhension du monde dans lequel on vit pour ne serait-ce qu’y survivre, que l’absence des codes sociaux, moraux peuvent nous détruire à petit feu. Dans cette folie qui se dessine tout autour de lui, Budaï ne veut pas se résigner et il n’aura de cesse de tenter de sortir de ce cauchemar. Ferenc Karinthy réussit avec ce livre à nous captiver totalement, à nous entraîner dans les pas de Budaï, jusqu’à ce qu’on referme le livre, que l’on regarde autour de soi, alors on se pince, on se frotte les yeux, non tout va bien, allez, on va dire que tout va bien, ce n’était qu’une hallucination!

 

 

La femme fuyant l’annonce David Grossmann Points

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Ils sont trois. Deux hommes, Ilan et Avram, une femme, Ora. D’un simple trio amoureux, né en pleine Guerre des Six jours, David Grossmann nous raconte le quotidien de trente ans d’Israël, sans jamais mentir, avec cette force insigne de l’homme qui a perdu un de ses fils alors qu’il écrivait le roman. C’est d’une brutalité inouïe et c’est magnifique. C’est un témoignage bouleversant sur la connerie de la guerre, de toutes les guerres et surtout de celle qui couve là-bas…

Est-ce l’histoire d’une femme qui aime deux hommes ou celle de deux hommes qui aiment la même femme ? Quand ils sont dans le même hôpital, durant la Guerre des Six Jours, Ilan, Avram et Ora ne sont que ces soldats meurtris qui cherchent à échapper à la guerre.

D’Ilan et Ora naîtra Adam, car il était si simple d’aimer Ilan. D’Avram et Ora naîtra Ofer, car c’est bien Avram qu’a toujours aimé Ora. Et c’est cette vie qu’Ora nous fait partager, nous donne à lire dans son petit carnet bleu foncé, quand elle décide d’entraîner Avram sur les chemins d’Israël.

Ofer vient de terminer ses trois ans de service militaire, mais il accepte de partir pour une dernière mission dans les territoires occupés. Ora, persuadée que son fils va mourir, va être celle qui « fuit l’annonce », ne sera pas chez elle quand un militaire viendra lui annoncer la mort de son fils. Et c’est ainsi qu’elle entraîne le père d’Ofer dans cette randonnée qu’elle comptait faire avec son fils.

David Grossmann est plus qu’un écrivain, il est cet historien d’un pays qui le contraint au premier chef. Au fil des chapitres, il nous donne à lire tout ce qui fait que parfois rien n’existe, rien n’est vivant, car tout est question. C’est de ces trente ans de quotidien, de cette amitié qui va et s’en va, de ces deux enfants d’un amour dispersé qu’Ora va nous parler. Il n’y a pas que marcher, il y a aussi les mots qu’elle a oublié pendant si longtemps avec Avram. Il leur faut rebattre les cartes qui les entraînent sur les chemins d’Eilaat ou de Nebi Yusha. Ora sera parole pour Ilan et pour Avram. Elle va rouvrir la malle aux cicatrices, celle qui a enfoui leur jeunesse dans un hôpital, celle qui a fait qu’ils ont pris chacun des chemins de traverse hérissés de non-dits, de tortures, de corps aimés et battus, de vies arrachées au néant et de pardons jamais reconnus.

Avram apprend toutes ces années passées sans son fils. Sur les chemins caillouteux, il écoute Ora, il parle peu, il grommelle, il tente de se souvenir de tout ce qui a fait leur trio inséparable et devine que c’est par lui, par sa captivité dans les geôles égyptiennes que les fils se sont brisés. Tout au long de leur périple, tant de noms de soldats morts pour Israël, tant de raisons de croire qu’Ofer ne reviendra pas, qu’il ne saura jamais qui était vraiment son père.

Israël est une mosaïque aux mille couleurs, aux mille parfums, aux mille fêlures, aux mille désespoirs et c’est dans cette impossibilité d’agréger toutes ces facettes que Grossmann pousse le trait de ses personnages. Ils sont tout et partie de ce gigantesque Capharnaüm sanglant avec toutes les interrogations d’un pays en guerre : Pourquoi ici et comment demain continuer à exister là où chaque jour conduit à la mort et au sang versé par des innocents ?

« Mets deux bouts de papier dans un chapeau, avec nos noms Ilan et Avram… » C’était un jeu au bout duquel ira Ora dans ce roman déchirant, traversé par des fulgurances épiques écrit par un génie de la narration.

Accabadora Michel Murgia Points

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Qui es-tu vraiment Maria Listru ? Es-tu la fille d’Anna Teresa ou celle de Tzia Bonaria, celle qui a recueilli l’enfant que tu étais afin que tu deviennes cette fille de l’âme, cette fille non engendrée, mais cette fille donnée, née pour être donnée et donnée pour engendrer, pour transmettre ce que Tzia Bonaria va t’apprendre.

Ici, tout est don, dans cette Sardaigne pauvre des années cinquante, et ta mère d’âme n’aura de cesse de te donner le goût de l’effort, le goût de découvrir et surtout celui de ne pas t’enterrer sur cette terre sèche, cette terre ou aucune salive n’accroche, cette terre où les mots sont aussi rares que les démonstrations d’amour.

Maria va grandir entre ses deux familles. Maria va aimer celui qu’il ne fallait pas aimer. Quand Nicola enfreindra la loi non écrite du village, celle qui se règle à coups de fusil, il sera puni dans sa chair, cette chair qui va pourrir et c’est ainsi que Maria va comprendre pourquoi Tzia Bonaria part parfois, dans la nuit, seule avec son châle. Peut-on aller simplement cueillir l’âme d’un mourant et ne pas revenir transformée ?

Toute l’écriture de Michela Murgia se tient entre les ravines du village et les racines de Tzia Bonaria, cette « Accabadora » qui va dans les chambres des mourants les accompagner, les délester du fardeau de la vie. Ici, il n’est question que de transmission, celle de la vie et de la mort, du passage secret qui entraîne l’une vers l’autre.

C’est un livre âpre et piquant comme un bouquet d’aubépines, un roman de soleil brûlant et de nuits noires comme les robes des veuves sardes, quand les mots ne disent plus rien, se confondent avec les prières, et que seule la porte fermée par l’Accabadora résonne encore et encore.

Maria sera comme Tzia Bonaria, couturière des tissus et des âmes qu’elle raccommodera comme le faisait sa mère d’adoption. Elle sera partie, puis revenue dans les pas de son pays et de cette terre qui s’accroche à ses sabots.

Qui  peut échapper  vraiment à son destin ?

Enlèvement avec rançon Yves Ravey Minuit

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Dans ce nouveau roman, Yves Ravey excelle encore une fois dans l’art de mettre en situation des personnages en équilibre sur un fil invisible, celui qui fait basculer Max, un comptable d’une petite société en ravisseur de femme, celle qui se refuse à lui, la fille de son patron et son frère Jerry, rentrant d’Afghanistan.

Chez Ravey, tout est implacable. Le froid, la neige, la nuit, les cris. Poursuivent-ils  le même but ? Rien n’est moins sûr. On avance dans le roman avec le tic-tac d’une horloge qui se grippe, comme la lézarde de l’union fraternelle. Que faisait Jerry en Afghanistan ?

Il y a un plaisir manifeste de l’auteur à nous entraîner vers l’abime de Max et Jerry. Il y a dans le secret de cette famille des troubles qui vont renaître, car dans cette folie soudaine de l’enlèvement et de la rançon, c’est la partie immergée de l’iceberg qui va exploser.

Conte cruel d’une folie ordinaire,  d’une écriture ciselée comme la lame du couteau, « Enlèvement avec rançon » est un de ces romans qui bouscule nos certitudes et noue les ventres.

Arrêtez-moi là Iain Levison Liana Levi

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Commencez ce livre et je vous mets au défi de le refermer avant de l’avoir terminé!

Jeffrey Sutton est un chauffeur de taxi sans histoires. Petite vie tranquille entre la voiture et la laverie. Jusqu’au jour où deux petites choses très banales vont lui arriver. Une cliente à qui il manque dix dollars pour payer la course, deux filles ivres qui vomissent dans son taxi, rien de bien tragique.

Et c’est là que réside le génie de Levison, il nous entraîne dans un roman où, par la bêtise de notre société soit-disant démocratique (enfin, nous sommes à Dallas, où la démocratie des pauvres n’est pas la même que celle des riches!), un homme se retrouve dans le couloir des condamnés à mort.

On ne lâche pas, on reste abasourdi par cet enchaînement de corruption, d’avocat nullard, de cette justice qui préfère envoyer au bourreau un innocent plutôt que de ne pas boucler une affaire.

C’est éblouissant, sauvage, épique, drôle et on aimerait se dire que cela ne peut être qu’un roman.

Mince, c’est inspiré d’une histoire vraie!!!