Prendre les loups pour des chiens Hervé Le Corre Rivages

prendre les loups pour des chiens.inddFranck sort de prison au bout de cinq ans. Un braquage avec Fabien son frère aîné, Fabien qui est en Espagne paraît-il. C’est chez les parents de la compagne de Fabien qu’il va tenter de retrouver la couleur du dehors. Une famille de tarés, mais il y a Jessica, la beauté de Jessica, les seins de Jessica. Putain, cinq ans, c’est long. Dans cette campagne de Gironde, toutes les chaleurs s’exacerbent, toutes les rancœurs ressurgissent avec l’arrivée de Franck. Dans la caravane qu’ils lui prêtent, Franck observe les magouilles vaseuses du vieux, les déhanchements de Jessica, et les yeux de Rachel, la gamine de Jessica, petite poupée désarticulée dans cette misère humaine. Mais quand Franck va commencer à chercher un peu trop loin dans ce qui ne le regarde pas, c’est par le sang qui jaillira des couteaux qu’il tentera de chercher une vérité pas toujours bonne à dire. Dans la touffeur de cet été, il n’y a pas de rédemption possible, pas d’ horizons dégagés, simplement la mort qui rôde et qui pue.

On savait déjà qu’ Hervé Le Corre excellait dans la peinture de ces sans grades, de ce monde d’en-bas où la débrouille tient lieu de béquille pour boucler les fins de mois et il nous le confirme dans ce roman glauque et poisseux.

Psicca Edyr Augusto Editions Asphalte

pssica« Ç’aurait dû être une journée de cours normale. » Mais pour Janalice, il n’y aura plus jamais de journée de cours. Sa vie bascule quand son professeur découvre une vidéo intime de Janalice et son petit copain. Renvoyée chez elle, ses parents la rejettent, l’expédient chez une tante trouble comme un marigot.Ça tient à quoi une vie, Janalice ? Quand elle est enlevée en pleine rue, Amadeu, flic retraité décide de mener ses propres recherches et se jure de la retrouver. Edyr Augusto est un orfèvre de la musique de la phrase. Dans un rythme haletant et chaloupé, il nous trimballe en Amazonie, dans ces lieux où les garimpeiros, les chercheurs d’or, se soucient peu de morale et encore moins de lois. Ici, c’est la force du fusil ou de la machette qui tient lieu de juge de paix. C’est aussi là que disparaissent des jeunes filles qui deviendront les esclaves sexuelles de ces ouvriers sans nom, sans papiers, sans même véritable existence, monde où la corruption est la norme. Dans ce roman autant halluciné qu’hallucinant, Augusto nous entraîne au plus trouble de la forêt et dans cette ville de Cayenne où les ruelles sombres n’ont rien à envier aux pires pavés de l’enfer. Amadeu réussira-t-il à franchir tous les obstacles? Quand la vie ne vaut plus rien, quand un corps n’est plus qu’un outil dans la main des proxénètes, quand la frontière entre bourreau et victime est aussi fragile qu’un fil de soie, que reste-t-il à espérer? Dans ce nouveau roman, Edyr Augusto concentre toute la misère d’un monde, les couleurs et les odeurs pour nous donner un précipité violent de la nature humaine.

Société noire Andreu Martin Editions Asphalte

societe-noireBarcelone, ses ramblas, son soleil, ses touristes, ici, on en est très loin. C’est du Barcelone de la nuit dont vient nous parler Andreu Martin. Une tête tranchée d’un côté, un corps attaché à l’arrière d’une voiture d’autre part, tout porte à croire que le meurtre a été commis par des Maras, ces gangs d’Amérique Latine qui viennent en Catalogne, attiré par l’argent facile. Mais l’inspecteur Canas n’y croit pas un seul instant. Pour lui, c’est un coup de la mafia chinoise. Des rumeurs courent: on a volé les Chinois, ils se vengent. Avec l’aide de Juan Fernandez Liang, mi-chinois, mi-espagnol, son indic pour tout ce qui touche à la communauté chinoise de Barcelone, Canas va tenter de démêler les fils invisibles qui les unissent. Comme il le dit: « Interpol a dit un jour que les triades ressemblent à un immeuble dans lequel les habitants d’un étage ne savent pas où se trouve l’escalier pour gagner les autres! » Avec un art consommé pour essayer de nous perdre dans ce nid de serpents, l’auteur nous appâte en démontant un à un, jour après jour, le long cheminement jusqu’à la tête qui roule dans la rue. Dans les silences des arrière-cours des restaurants chinois, les katanas vibrent dans l’air, Canas tente de démêler les vrais menteurs des fausses vérités, Liang s’engouffre vers son propre néant, les avocats n’ont pas le nez propre, les beautés chinoises sont des poisons violents, bref, quand vous mettez le premier œil dans ce roman, vous êtes partis pour une drôle d’aventure…

Le verger de marbre Alex Taylor Néonoir Gallmeister

vergerVous connaissez le Kentucky, rêvez d’y passer vos vacances. Lisez Alex Taylor, il va vous en faire passer l’envie, car ceux qui croient encore que les Etats-Unis n’est qu’une sorte de paradis sur terre, vous allez découvrir l’Amérique des bouseux et des tarés!

Beam Sheetmire est un gamin qui fait traverser la rivière sur un petit ferry, moyennant quelques dollars. Quand un type un peu fêlé y monte et s’approche un peu trop près de la caisse, Beam lui fracasse la tête avec une clé à griffe et le tue. Début des emmerdes! A partir de là, le roman s’emballe et nous plonge dans ce qui aurait très bien pu être une tragédie grecque, sauf qu’on rencontre peu de bars à putes, de dobermans affamés, d’essaim de guêpes dans les tragédies grecques! Mené tambour battant, Alex Taylor nous entraîne dans la chasse au Beam dans cette Amérique rurale où la loi du fusil est bien plus forte que celle du shérif. Implacable, immensément sombre, le verger de marbre fait partie de ces romans qui vous happent dès les premières pages et vous emmènent jusqu’à des extrémités que vous ne vouliez surtout pas envisager.

Opération Napoléon Arnaldur Indridason Editions Métailié

arnaldurJ’avoue, je n’avais plus lu d’Indridason depuis « la femme en vert » il y a de nombreuses années. Est-ce le fait qu’Erlendur ne traîne pas ses guêtres dans celui-ci qui m’a fait l’ouvrir? Sans doute. Et j’ai bien fait, car je n’ai pas réussi à lâcher Kristin, cette jeune femme qui va chercher à percer le mystère de ce Junkers avalé par un glacier à la fin de la seconde guerre mondiale. Il y a des bons Islandais et des méchants américains, des rebondissements à chaque chapitre. Au fur et à mesure que le glacier rejette ses secrets, on pense avancer vers la résolution de cette fameuse opération Napoléon, mais, mais, mais. Indridason a toujours cette manière d’inviter le passé dans notre monde et aussi d’interroger le lecteur sur cette inquiétante manière qu’ont les ultra puissances (ici en l’occurrence la gigantesque machinerie secrète américaine!) de faire fi de l’intégrité d’un territoire et d’en bafouer toutes les règles internationales pour leur unique profit.

Redoutablement efficace, Indridason nous entraîne, à toute haleine, dans un des mystères de l’histoire contemporaine!

Ils savent tout de vous Iain Levison Editions Liana Levi

levisonEncore une fois, Iain Levison vient nous surprendre avec ce roman, malin en diable, sur cette Amérique qui nous écoute tout le temps et partout. Mais il le fait, non par le biais de l’immense NSA aux grandes oreilles, mais en allant piocher dans l’humain, cette matière malléable qui, au contraire des ordinateurs et des algorithmes puissants, peut éventuellement dévier de sa route, légèrement au début et puis…

Jared Snowe est un flic du Michigan, qui course les petits voleurs, les excès de vitesse. Rien de spécial jusqu’à ce moment où il se rend compte qu’il lit dans les pensées des gens qui l’entourent. La fille au club de sport, le junkie qu’il coince dans la rue, tout devient facile. Il croule sous les félicitations de ses supérieurs.

Très loin de là, Brooks Denny est sorti du couloir de la mort, pour aller aux Nations Unies lire dans les pensées d’un chef d’état africain corrompu. Il souffre du même syndrome que Snowe, mais lui sait que la mort sera quand même sans doute au bout d’un couloir.

A partir de là, je vous dis juste que tout va déraper à la manière Levison, qui n’a pas son pareil pour semer le trouble dans le cerveau de son lecteur (ici, il est beaucoup question de cerveau). Ajoutez-y une femme étrange, Terry Dyer, sorte de James Bond girl dont on ne peut deviner ce qu’elle pense, Angela, une petite serveuse amoureuse des malfrats, vous avez tous les ingrédients disponibles pour passer une nuit blanche dans les pas de Snowe et Denny. mais ne vous y trompez pas, ici, c’est bien plus qu’un polar, c’est un coup de poing dans cette machination globale où nous sommes tous prisonniers. Éteignez votre smartphone, à l’autre bout de la planète, quelqu’un est peut-être en train de vous écouter respirer…

Les infâmes Jax Miller Ombres noires

jax millerFreedom Oliver est une drôle de fille. Témoin protégé depuis près de vingt ans pour avoir témoigné contre son beau-frère pour l’assassinat de son mari, Mark Delaney, rejeton d’une belle famille de tarés, elle survit dans un bouge de l’Oregon, la vie détruite depuis qu’on lui a enlevé ses deux enfants. Mais elle ne les a pas perdus de vue. Elle sait qu’ils ont été élevés par un pasteur psychorigide, plutôt gourou que pasteur d’ailleurs! Quand elle apprend que sa fille a disparu, elle va tout mettre en œuvre pour la retrouver. Mais comme un malheur n’arrive jamais seul (et vous verrez que pour Freedom, les malheurs volent en escadrilles serrées!!!), son beau-frère est relâché et se met dans l’idée de lui faire payer les dix-huit années qu’il vient de passer derrière les barreaux.

Autant vous dire que vous n’aurez pas le temps de vous ennuyer dans ce polar à la noirceur absolue où tous les protagonistes se trimballent des casseroles psychologiques graves, où les rebondissements vous envoient sur des fausses pistes, où les flics sont parfois plus fous que les skinheads, où le bien et le mal se livrent à de farouches batailles dont le gris est totalement exclu. Bref, Jax Miller fait son irruption dans le monde du polar avec force fracas. Et je ne sais pas pourquoi, mais je vais éviter le Kentucky pour mes prochaines vacances!