Le regard Ken Liu Le Bélial Éditions

En septembre dernier, j’avais eu la chance d’interviewer Ken Liu au Festival America de Vincennes pour son recueil de nouvelles « La ménagerie de papier » et j’avais eu la chance de découvrir un auteur étonnant, extrêmement doué, qui portait sur son écriture un détachement certain, mais avec une vision évidente de ce qu’il avait envie de dire. Ken Liu n’est pas un écrivain de science-fiction, il est un écrivain de demain qui anticipe dans ses écrits le monde que nous sommes en train de construire, pas celui du quidam qui se promène dans la rue, non celui de ceux qui, dans des centres de recherche, dans des laboratoires brassant des milliards de dollars inventent l’homme de demain.

C’est ici tout le propos de cette novella « le regard » où on suit la recherche d’un tueur qui énucléent ses victimes. Ruth Law, ex-flic devenue détective privée, va se mettre en quête quand la mère de la dernière victime lui donnera suffisamment d’arguments pécuniaires pour le faire. On reconnaît instantanément ce qui fait la force de Ken Liu dans la narration, l’implacable résolution n’étant que la résultante d’une machinerie bluffante. Même si ce n’est pas aussi réussi que « la ménagerie de papier » (la nouvelle éponyme de son recueil paru déjà au Bélial), c’est une manière d’ouvrir la porte de cet auteur au talent fou!

Tout un été sans Facebook Romain Puértolas Editions Le Dilettante

Et ben voilà! Encore une fois, Romain Puértolas vient surprendre ses lecteurs là où je ne l’attendais pas! Et c’est certainement son meilleur roman, pour plein de raisons! Déjà le titre, si nous pouvions réussir à entraîner toute notre famille tout un été sans Facebook, cela permettrait certainement à énormément de gens de ne pas s’injurier comme ils le font en ce moment.

De plus (car il faut dire de plus, quand on n’a pas dit premièrement et qu’il y a plusieurs raisons,  car il faut pour çela que j’écrive cependant un peu plus tard, vous allez voir, ça passe comme une lettre à la poste, encore que la poste en ce moment…), donc de plus Romain Puértolas nous invente encore une fois des personnages improbables dont l’héroïne (non pas la drogue!) Agatha Crispies, formidable flic new-yorkaise de New-York (Colorado), pas celui qui fait vrombir les sirènes entre Manhattan et Long Island, mais celui du trou du cul du monde presque libre libre selon Donald, où pas un réseau ne passe et où, habituellement personne ne meurt, du moins de manière violente, genre steak haché dans une baignoire.

Agatha Crispies n’est-elle pas la plus à même de résoudre cet incroyable crime, surtout si la porte était fermée de l’intérieur… La suite vous le dira! Mais surtout là où encore une fois Romain Puértolas me bluffe, c’est qu’il réinvente une langue à la San-Antonio (mais celui du meilleur cru!) en s’affranchissant sans vergogne de tous les codes du roman policier (policier qu’il était il y a encore peu d’années!!!).

Aussi, débranchez vos ordinateurs, commandez des donuts en chocolat chez votre boulanger-pâtissier préféré et laissez-vous mener par le bout du nez par la rondelette Agatha Crispies, dont on dit que faire le tour en vaut la chandelle!

 » It’s This…or cluedo » disait Sherlock dans le chien des Baskerville! A vous de jouer!

En librairie le 4 mai!!!!

Cependant, ça y est je l’ai mis pour ceux qui ont suivi….

Comme un blues Anibal Malvar Editions Asphalte

Tout cela pourrait commencer par un long solo de trompette de Miles Davis, un cri qui viendrait déchirer la nuit sombre de Madrid, mais par sur la Plaza Mayor, mais beaucoup plus loin, dans la pluie galicienne. Quand Ania disparaît, c’est à l’ex de sa femme, Carlos Ovelar, qu’ Alberto Bastida va penser. Ancien des services secrets espagnols du temps de Franco, il a des réseaux dans tous les milieux. Mais ce qui attend Carlos va l’entraîner bien plus loin que ce qu’il imaginait au départ. C’est aussi en traversant toute l’histoire espagnole des cinquante dernières années que doit se lire ce polar glauque, où on boit et fume tout en ouvrant des valises pleines de secrets inavouables.

Si je devais vous prescrire un whisky, j’irais vers un Lagavulin 16 ans d’âge, bien tourbé, qui vous décalque la tête rien qu’en le reniflant, un de ceux chers à Jean-Claude Izzo dans sa trilogie marseillaise, car il y a aussi de ça chez Malvar, un pays à sentir, des êtres à aimer, des coups tordus, mais une immense empathie pour des personnages qui parlent parfois comme un Chandler des meilleures cuvées.

Prendre les loups pour des chiens Hervé Le Corre Rivages

prendre les loups pour des chiens.inddFranck sort de prison au bout de cinq ans. Un braquage avec Fabien son frère aîné, Fabien qui est en Espagne paraît-il. C’est chez les parents de la compagne de Fabien qu’il va tenter de retrouver la couleur du dehors. Une famille de tarés, mais il y a Jessica, la beauté de Jessica, les seins de Jessica. Putain, cinq ans, c’est long. Dans cette campagne de Gironde, toutes les chaleurs s’exacerbent, toutes les rancœurs ressurgissent avec l’arrivée de Franck. Dans la caravane qu’ils lui prêtent, Franck observe les magouilles vaseuses du vieux, les déhanchements de Jessica, et les yeux de Rachel, la gamine de Jessica, petite poupée désarticulée dans cette misère humaine. Mais quand Franck va commencer à chercher un peu trop loin dans ce qui ne le regarde pas, c’est par le sang qui jaillira des couteaux qu’il tentera de chercher une vérité pas toujours bonne à dire. Dans la touffeur de cet été, il n’y a pas de rédemption possible, pas d’ horizons dégagés, simplement la mort qui rôde et qui pue.

On savait déjà qu’ Hervé Le Corre excellait dans la peinture de ces sans grades, de ce monde d’en-bas où la débrouille tient lieu de béquille pour boucler les fins de mois et il nous le confirme dans ce roman glauque et poisseux.

Psicca Edyr Augusto Editions Asphalte

pssica« Ç’aurait dû être une journée de cours normale. » Mais pour Janalice, il n’y aura plus jamais de journée de cours. Sa vie bascule quand son professeur découvre une vidéo intime de Janalice et son petit copain. Renvoyée chez elle, ses parents la rejettent, l’expédient chez une tante trouble comme un marigot.Ça tient à quoi une vie, Janalice ? Quand elle est enlevée en pleine rue, Amadeu, flic retraité décide de mener ses propres recherches et se jure de la retrouver. Edyr Augusto est un orfèvre de la musique de la phrase. Dans un rythme haletant et chaloupé, il nous trimballe en Amazonie, dans ces lieux où les garimpeiros, les chercheurs d’or, se soucient peu de morale et encore moins de lois. Ici, c’est la force du fusil ou de la machette qui tient lieu de juge de paix. C’est aussi là que disparaissent des jeunes filles qui deviendront les esclaves sexuelles de ces ouvriers sans nom, sans papiers, sans même véritable existence, monde où la corruption est la norme. Dans ce roman autant halluciné qu’hallucinant, Augusto nous entraîne au plus trouble de la forêt et dans cette ville de Cayenne où les ruelles sombres n’ont rien à envier aux pires pavés de l’enfer. Amadeu réussira-t-il à franchir tous les obstacles? Quand la vie ne vaut plus rien, quand un corps n’est plus qu’un outil dans la main des proxénètes, quand la frontière entre bourreau et victime est aussi fragile qu’un fil de soie, que reste-t-il à espérer? Dans ce nouveau roman, Edyr Augusto concentre toute la misère d’un monde, les couleurs et les odeurs pour nous donner un précipité violent de la nature humaine.

Société noire Andreu Martin Editions Asphalte

societe-noireBarcelone, ses ramblas, son soleil, ses touristes, ici, on en est très loin. C’est du Barcelone de la nuit dont vient nous parler Andreu Martin. Une tête tranchée d’un côté, un corps attaché à l’arrière d’une voiture d’autre part, tout porte à croire que le meurtre a été commis par des Maras, ces gangs d’Amérique Latine qui viennent en Catalogne, attiré par l’argent facile. Mais l’inspecteur Canas n’y croit pas un seul instant. Pour lui, c’est un coup de la mafia chinoise. Des rumeurs courent: on a volé les Chinois, ils se vengent. Avec l’aide de Juan Fernandez Liang, mi-chinois, mi-espagnol, son indic pour tout ce qui touche à la communauté chinoise de Barcelone, Canas va tenter de démêler les fils invisibles qui les unissent. Comme il le dit: « Interpol a dit un jour que les triades ressemblent à un immeuble dans lequel les habitants d’un étage ne savent pas où se trouve l’escalier pour gagner les autres! » Avec un art consommé pour essayer de nous perdre dans ce nid de serpents, l’auteur nous appâte en démontant un à un, jour après jour, le long cheminement jusqu’à la tête qui roule dans la rue. Dans les silences des arrière-cours des restaurants chinois, les katanas vibrent dans l’air, Canas tente de démêler les vrais menteurs des fausses vérités, Liang s’engouffre vers son propre néant, les avocats n’ont pas le nez propre, les beautés chinoises sont des poisons violents, bref, quand vous mettez le premier œil dans ce roman, vous êtes partis pour une drôle d’aventure…

Le verger de marbre Alex Taylor Néonoir Gallmeister

vergerVous connaissez le Kentucky, rêvez d’y passer vos vacances. Lisez Alex Taylor, il va vous en faire passer l’envie, car ceux qui croient encore que les Etats-Unis n’est qu’une sorte de paradis sur terre, vous allez découvrir l’Amérique des bouseux et des tarés!

Beam Sheetmire est un gamin qui fait traverser la rivière sur un petit ferry, moyennant quelques dollars. Quand un type un peu fêlé y monte et s’approche un peu trop près de la caisse, Beam lui fracasse la tête avec une clé à griffe et le tue. Début des emmerdes! A partir de là, le roman s’emballe et nous plonge dans ce qui aurait très bien pu être une tragédie grecque, sauf qu’on rencontre peu de bars à putes, de dobermans affamés, d’essaim de guêpes dans les tragédies grecques! Mené tambour battant, Alex Taylor nous entraîne dans la chasse au Beam dans cette Amérique rurale où la loi du fusil est bien plus forte que celle du shérif. Implacable, immensément sombre, le verger de marbre fait partie de ces romans qui vous happent dès les premières pages et vous emmènent jusqu’à des extrémités que vous ne vouliez surtout pas envisager.