Handsome Harry James Carlos Blake Editions Gallmeister

Vous connaissez l’histoire de Jessie James, comment il vécut et comment il est mort…..

Le beau Harry, c’est un peu une histoire à la Gainsbarre, celle d’un homme qui va s’encanailler avec John Dillinger, dans ces années 30 où les banques se laissent prendre d’un coup de fusil, où les filles n’ont pas que des bas de soie et lèvent la jambe pour le plus mignon des voleurs.

Ici, les héros sont des braqueurs de banque qui tirent en l’air, amassent les dollars, achètent des voitures rutilantes, traversent le pays pour de nouveaux casses, se reposent en Floride, jusqu’au jour où l’une de leurs balles transperce un flic.

C’est une autre histoire, un autre roman, c’est une fuite, une cavale, les jolies filles ne courent plus avec les voleurs. Les flics veulent rattraper le gang Dillinger, c’est une autre vie qui commence, courir plus vite, se cacher mieux, jusqu’à la dernière route. Si c’est le beau Harry qui raconte, c’est bien le gang Dillinger qu’il nous raconte. Il y a de l’amour à tous les étages, des flingues et des portes qui claquent, des Ford T qui grommellent, bref, quand Bonnie Parker and Clyde Barrow passent dans le roman, tels des invités entre deux coups de feu, on baisse la tête, on se dit simplement qu’il ne faut pas toujours croire que les histoires d’amour se terminent mal en général. Celle-ci oui, mais what else?

L’étoile du Nord D.B John Les Arènes

Est-ce la connerie de Donald Trump et sa fascination pour la Corée du Nord à laquelle nous devons ce roman addictif? Non, absolument non, par contre, il est le fruit d’une vérité étonnante. Mais qui n’a rien à voir avec le magnifique « Eclipses japonaises » d’Eric Faye!

A la croisée de John Le Carré, dans un pur style de roman d’espionnage qui vous entraîne, page après page, dans des interrogations qui tentent de vous perdre et de vous reprendre, c’est toute l’intensité de ce monde explosif qu’est la Corée du Nord qui vous emporte. Même si on est parfois souriant sur des facilités de scénario à l’américaine, on dévore ce roman avec avidité.

Et qu’attend-t-on d’un livre, sinon de nous emporter là où nous avions pas prévu de nous rendre!!!

Dans l’ombre du brasier Hervé Le Corre Éditions Rivages/Noir

Ce qui est formidable avec Hervé Le Corre, c’est qu’il n’est jamais là où on l’attend.

Dernièrement, il y eut « Après la guerre  » dans ce Bordeaux des années 50 qui n’avait rien oublié de la guerre, puis « Prendre les loups pour des chiens » dans la marginalité de notre monde contemporain, et ici, tout est autre, la langue, le lieu, l’histoire.

Alors quelle est cette ombre et quel est ce brasier? Nous sommes en 1871, pendant la semaine sanglante qui marquera la fin de la Commune de Paris, cette rébellion du peuple de Paris contre les Versaillais, l’élite (cela ne vous rappelle rien!).

Alors que Paris est mitraillé, bombardé par les loyalistes, la Commune de Paris se meurt, exsangue et sacrifiée, des filles disparaissent, happées par un fiacre dont le cocher est reconnaissable entre tous, défiguré.

Parmi elles, Caroline, l’amoureuse de Nicolas Bellec, un Breton de Saint-Pabu, qui n’aura de cesse de la retrouver dans cette grand mort qui se dresse partout, dans ces immeubles qui s’effondrent, dans cette ville qui n’est plus que gravats et sanglots.

Il y aura aussi Antoine Roques, devenu commissaire par le fait de la Commune, qui cherchera à démêler l’écheveau de ces disparitions. Mais que sont ces femmes dans le maelström d’un monde qui finit, s’embrase, où les exécutions sommaires fracassent les murs des balles des loyalistes.

Alors oui, il y aura bien cette enquête, il y aura bien ces deux hommes qui vont chercher Caroline, mais entre les lignes du roman, il y aura la splendeur d’un roman hugolien, où l’ écriture d’Hervé Le Corre nous fait ressentir la poudre et le sang, les membres amputés, l’odeur du vin rance et de la poudre des fusils, les enfants qui meurent dans le silence assourdissant des obus qui fracassent bien plus que des idées. Roman total qui nous laisse abasourdi, presque sourd, le lecteur avec la poussière du mur des Fédérés qui lui enflamme la cornée.

Certains livres nous laissent muets, celui-ci en est un.

Helena Jérémy Fel Éditions Rivages

Creuser au plus profond du mal…

Commencer un roman quand on sait que la nuit ne suffira pas, les pages s’enroulent comme le long ruban d’asphalte d’une autoroute. Dans la radio, une basse égrène son tempo de migraine. Vous venez de commencer « Helena »… La nuit sera longue.

Vous connaissez le poids d’un coup de poing, le poids d’un coup de mots, le poids des histoires anciennes qui suintent tout au long des rues proprettes de cette belle ville d’Emporia ? Quand Hayley décida de prendre sa voiture pour rejoindre sa tante, elle ne pouvait imaginer que le démiurge qui tirait les fils du marionnettiste avait beaucoup plus d’imagination qu’elle n’en aurait jamais. Comme une araignée tisse sa toile, Jérémy Fel nous conte un puzzle imparfait de drames qui viennent se cogner les uns aux autres, mais qui s’emboîtent dans la même fureur. Hayley rencontre Tommy, puis Norma, puis Cindy, quand Graham… Les vies se bousculent, les corps se meurtrissent, les sangs coulent dans des rigoles de vies fracassées, abandonnées, les caves hurlent, les monstres n’ont pas les noms qu’on voudrait croire. Quand l’écrivain recoud les pans d’un arlequin sanglant, on termine le roman dans une apnée qui nous tient debout, abasourdi et bouleversé de croire que tout cela s’est peut-être passé juste en bas de chez nous.

J’ai eu la chance d’interviewer Jérémy au mois de juin, il va venir nous voir en octobre, on a hâte! Et l’entretien est juste ici:

Le premier chapitre d’Helena est hallucinant, On devine que ce roman va nous empêcher de dormir ? Un peu comme l’ouverture d’un opéra. Avez-vous eu conscience, en l’écrivant, de sa force sur l’inconscient du lecteur ?

Jérémy Fel – Le premier chapitre sert, à mon sens, à installer une sensation immédiate de danger. On suit ensuite des personnages dans leur vie de tous les jours, mais on sait, grâce à ce chapitre, que quelque chose de terrible va advenir, comme une sorte d’épée de Damoclès suspendue au-dessus de leurs têtes. En effet, je voulais qu’il agisse fortement chez le lecteur, de façon très physique, et reste prégnant dans son esprit assez longtemps pendant le début de sa lecture !

L’action de votre roman aurait-elle pu se passer ailleurs qu’aux Etats-Unis ?

  1. F. – Un drame familial comme celui-ci pourrait se passer ailleurs qu’au Kansas évidemment, mais quand j’ai lu « De sang froid » de Truman Capote, je me suis dit que c’était le décor idéal pour une histoire comme celle-ci. Je suis un très grand lecteur de littérature américaine. Comme dans mon premier roman, il y avait ce désir de situer l’action dans un endroit que j’ai envie de décrire, que je fantasme et que j’ai aussi l’impression de connaître. « Le Magicien d’Oz » est également très présent dans ce livre, il n’y a pas de hasard…

« Helena » est également un livre très cinématographique. On ne peut s’empêcher de penser à David Lynch. Vous faites, comme Lynch, surgir l’extraordinaire de personnages ordinaires ?

  1. F. – J’avais envie qu’on puisse s’identifier à tous, même si les personnages du roman peuvent être amenés à faire des choses terribles. Je voulais que le lecteur puisse se demander, tout au long du roman : « Qu’aurais-je fait à la place de Norma, de Graham ou d’Hayley »… Mon but le plus « inavouable » est de confronter mes lecteurs à leur part sombre, comme je me confronte constamment à la mienne pendant l’écriture. Personnellement, je me sens toujours très proche des personnages que je crée. Ils sont tous, du moins je l’espère, ambivalents, basculent constamment entre deux pôles, « humains, trop humains ».

Les pères sont soit morts, soit absents. Aviez-vous conscience en commençant le roman qu’ils auraient pourtant une importance immense dans le destin des personnages ?

  1. F. – En fait, je n’écris jamais en pensant à un thème défini, je ne me dis jamais que je vais écrire un roman sur tel ou tel sujet. Pour « Helena », je me suis rendu compte au bout de 700 pages de ce qui se dégageait comme le thème principal du roman. Quand je commence à écrire, je pars généralement d’une image, d’une musique, d’un visage, c’est toujours très visuel, et cela amène d’autres scènes, que je tente de maîtriser. Je suis aussi lecteur de ce que j’écris, j’avance à tâtons. Je ne me suis jamais dit que ce roman serait une radiographie du mal ou une exploration du thème de la transmission mère-enfant. Les choses apparaissent d’une façon réellement inconsciente. Comme les scènes de cauchemars qui parsèment le texte. Et comme l’inconscient est extrêmement construit, au final tout fait sens.

Plus on avance dans le roman, plus on est entraîné vers une certaine fascination du mal, peut-être parce qu’on se dit qu’on aurait suivi la même pente ?

  1. F. – Oui, je pense que quoi que puisse faire l’homme – et il est capable de beaucoup de choses – on ne doit jamais oublier que, dans les mêmes conditions nous aurions pu faire la même chose. C’est toujours très facile de juger les autres quand on n’est pas soi-même confronté à des situations insoutenables, qui ne nous laissent jamais le temps d’avoir assez de recul pour agir sereinement.

C’est un roman qu’on ne peut pas lâcher, tellement les personnages s’incrustent en nous, lecteurs. Quel est votre secret ?

  1. F. – Je dis souvent que j’ai envie de prendre le lecteur par la main. Et, sans qu’il s’en rende compte, ma main lui attrape la nuque, la serre et ne la lâche plus. C’est une image, rassurez-vous je suis doux comme un agneau dans la vie de tous les jours, c’est plutôt une invitation (même si ferme) à me suivre, à entrer de plein pied dans mon univers. Captiver le lecteur, lui faire vivre une succession d’émotions fortes, est pour moi le plus important. La lecture doit être constamment physique puis, une fois la dernière page tournée, déboucher sur des réflexions diverses. C’est en tout cas ce que j’aime ressentir moi-même en temps que lecteur. Quand j’écris, je suis dans une sorte d’apnée, d’urgence, que j’aime faire ressentir au lecteur à son tour. Tout comme mes propres cauchemars, c’est la moindre des choses.

 

 

JE TE PROTEGERAI DE PETER MAY EDITIONS DU ROUERGUE

Ce nouveau roman de Peter May se passe essentiellement aux îles Hébrides, et pourtant tout commence à Paris.
Ruairidh et Niamh MAcfarlane (prénoms gaéliques difficiles à prononcer) forment un couple amoureux comme au premier jour, et ensemble ils ont créé leur entreprise textile Ranish Tweed sur leur île, et commencent à connaître une belle renommée.
Mais ce soir-là, à Paris, la voiture dans laquelle a pris place Ruairidh avec la styliste russe Irina Vetrov explose, sous les yeux de Niamh.
Une enquête s’ouvre, menée par le lieutenant Sylvie Braque, qui va rapidement se déplacer en Écosse.
Peter May remonte alors chapitre après chapitre dans l’histoire du couple, de leurs familles, leurs amis, le succès et les jalousies qu’il peut engendrer. Tout ceci en nous donnant une description précise de ces lieus si découpés et accidentés.
L’intrigue, assez légère, nous fait quand même passer un très bon moment grâce à une écriture fluide, servie par la belle traduction d’Ariane Bataille, et des personnages attachants aux personnalités puissantes comme les côtes déchiquetées des Hébrides.

Hélène.

Power Play Mike Nicol Éditions du Seuil Cadre noir

On sait déjà tous que le polar sud-africain est redoutable, parce que tout simplement l’Afrique du Sud est redoutable, un pays rongé par la corruption aux plus hauts niveaux de l’État, mais pas que. Je pense même que les requins qui bouffent les surfeurs sont gangrenés par les gangs de South Soweto! On a lu « Zulu » de Caryl Ferey ou « le piège de Vernon » de Roger Smith, juste pour cette idée que ce pays est plus qu’un nid de frelons. On a lu Deon Meyer et les implications politiques qu’il dénonce ou André Brink, qui, dans un tout autre registre nous a peint la société sud-africaine du temps de l’apartheid tout en nous donnant les prémisses de celle qui existe aujourd’hui.

Et puis Carole, ma divine représentante Seuil, me balance dans les pattes ce « Power Play » de Mike Nicol. Elle me dit « tu verras, parfois les scies à ruban ont des propriétés étonnantes. »

Oui, j’ai vu, j’ai lu, j’ai pris un autobus en plein face, un roman d’une noirceur absolue où le moindre mica de la plage est recouvert de boue et de sang. Mike Nicol est journaliste et certainement un peu fouille merde et son livre est un coup de poing contre cette société sud-africaine qui préfère laisser les gangs se descendre entre eux, pour ensuite compter les points et régler leurs affaires mafieuses entre gens de meilleure compagnie.

On ne va pas se cacher les yeux comme la belle douairière, il y a dans ce roman toute la violence d’un pays qui n’arrive pas à devenir une démocratie, car les poisons latents de toute l’Afrique du Sud exsude de tous les pores des personnages de Mike Nicol. Roman fou, roman invraisemblable qui ne dit sans doute qu’une partie de la vérité de ce monde perdu sans doute pour de nombreuses années encore.

Une assemblée de chacals S.Craig Zahler Éditions Gallmeister

Comment vous dire, on ne voit pas le temps passer, et pourtant celui-ci, avec sa couverture noire et ses corbeaux qui semblaient ne rien annoncer de bon, aurait dû, depuis longtemps m’obliger à l’ouvrir. Je crois que j’ai bien fait d’attendre le froid qui recouvre notre beau pays pour entamer la lecture de cette belle assemblée de chacals, car il faut avoir le sang froid pour se lancer dans ce western aussi tendu qu’une arbalète.

Il était une fois une bande de  vieux gangsters, rangés des armes, vies de familles tranquilles jusqu’au jour ou Jim, l’un des leurs, décide de se marier avec la sublime Béatrice. Tout le monde est invité au mariage, jusqu’à ce que surgisse du passé ce bon vieux Quinlan! Pas vraiment invité celui que la bande du « Gang du grand boxeur » a confié aux bons soins de torture des indiens Appanuqis.

Comme le disait Clint Eastwood, le monde est divisé en deux catégories, celui qui tient le fusil et celui qui creuse. Ici, chacun va creuser et chacun tiendra le fusil à tour de rôle. Vous dire que le mariage va se passer dans une grande sérénité serait vous mentir, car il y aura du sang, des larmes, des nœuds coulants, des balles dans tous les sens, des hameçons harponneurs, des cavalcades et des couronnes de clous. Je vous dis, de la dentelle de voyou jusqu’à n’en plus finir. Comment vous dire encore une fois, le genre de roman qui vous colle aux doigts, donc impossible à lâcher, dont l’amoralité ne fait que souligner que l’homme est bien le premier de ses prédateurs…