JE TE PROTEGERAI DE PETER MAY EDITIONS DU ROUERGUE

Ce nouveau roman de Peter May se passe essentiellement aux îles Hébrides, et pourtant tout commence à Paris.
Ruairidh et Niamh MAcfarlane (prénoms gaéliques difficiles à prononcer) forment un couple amoureux comme au premier jour, et ensemble ils ont créé leur entreprise textile Ranish Tweed sur leur île, et commencent à connaître une belle renommée.
Mais ce soir-là, à Paris, la voiture dans laquelle a pris place Ruairidh avec la styliste russe Irina Vetrov explose, sous les yeux de Niamh.
Une enquête s’ouvre, menée par le lieutenant Sylvie Braque, qui va rapidement se déplacer en Écosse.
Peter May remonte alors chapitre après chapitre dans l’histoire du couple, de leurs familles, leurs amis, le succès et les jalousies qu’il peut engendrer. Tout ceci en nous donnant une description précise de ces lieus si découpés et accidentés.
L’intrigue, assez légère, nous fait quand même passer un très bon moment grâce à une écriture fluide, servie par la belle traduction d’Ariane Bataille, et des personnages attachants aux personnalités puissantes comme les côtes déchiquetées des Hébrides.

Hélène.

Publicités

Power Play Mike Nicol Éditions du Seuil Cadre noir

On sait déjà tous que le polar sud-africain est redoutable, parce que tout simplement l’Afrique du Sud est redoutable, un pays rongé par la corruption aux plus hauts niveaux de l’État, mais pas que. Je pense même que les requins qui bouffent les surfeurs sont gangrenés par les gangs de South Soweto! On a lu « Zulu » de Caryl Ferey ou « le piège de Vernon » de Roger Smith, juste pour cette idée que ce pays est plus qu’un nid de frelons. On a lu Deon Meyer et les implications politiques qu’il dénonce ou André Brink, qui, dans un tout autre registre nous a peint la société sud-africaine du temps de l’apartheid tout en nous donnant les prémisses de celle qui existe aujourd’hui.

Et puis Carole, ma divine représentante Seuil, me balance dans les pattes ce « Power Play » de Mike Nicol. Elle me dit « tu verras, parfois les scies à ruban ont des propriétés étonnantes. »

Oui, j’ai vu, j’ai lu, j’ai pris un autobus en plein face, un roman d’une noirceur absolue où le moindre mica de la plage est recouvert de boue et de sang. Mike Nicol est journaliste et certainement un peu fouille merde et son livre est un coup de poing contre cette société sud-africaine qui préfère laisser les gangs se descendre entre eux, pour ensuite compter les points et régler leurs affaires mafieuses entre gens de meilleure compagnie.

On ne va pas se cacher les yeux comme la belle douairière, il y a dans ce roman toute la violence d’un pays qui n’arrive pas à devenir une démocratie, car les poisons latents de toute l’Afrique du Sud exsude de tous les pores des personnages de Mike Nicol. Roman fou, roman invraisemblable qui ne dit sans doute qu’une partie de la vérité de ce monde perdu sans doute pour de nombreuses années encore.

Une assemblée de chacals S.Craig Zahler Éditions Gallmeister

Comment vous dire, on ne voit pas le temps passer, et pourtant celui-ci, avec sa couverture noire et ses corbeaux qui semblaient ne rien annoncer de bon, aurait dû, depuis longtemps m’obliger à l’ouvrir. Je crois que j’ai bien fait d’attendre le froid qui recouvre notre beau pays pour entamer la lecture de cette belle assemblée de chacals, car il faut avoir le sang froid pour se lancer dans ce western aussi tendu qu’une arbalète.

Il était une fois une bande de  vieux gangsters, rangés des armes, vies de familles tranquilles jusqu’au jour ou Jim, l’un des leurs, décide de se marier avec la sublime Béatrice. Tout le monde est invité au mariage, jusqu’à ce que surgisse du passé ce bon vieux Quinlan! Pas vraiment invité celui que la bande du « Gang du grand boxeur » a confié aux bons soins de torture des indiens Appanuqis.

Comme le disait Clint Eastwood, le monde est divisé en deux catégories, celui qui tient le fusil et celui qui creuse. Ici, chacun va creuser et chacun tiendra le fusil à tour de rôle. Vous dire que le mariage va se passer dans une grande sérénité serait vous mentir, car il y aura du sang, des larmes, des nœuds coulants, des balles dans tous les sens, des hameçons harponneurs, des cavalcades et des couronnes de clous. Je vous dis, de la dentelle de voyou jusqu’à n’en plus finir. Comment vous dire encore une fois, le genre de roman qui vous colle aux doigts, donc impossible à lâcher, dont l’amoralité ne fait que souligner que l’homme est bien le premier de ses prédateurs…

En sacrifice à Moloch Asa Larsson Albin Michel

Tout commence par une chasse à l’ours. Un ours qui recèle dans sa panse des restes humains. Tout continue par une femme criblée de coups de fourche avec PUTAIN écrit en lettres noires au-dessus du lit et un enfant disparu. Dans cette région de Laponie, en quelques mois, tout bascule pour Rebecka Martinnson. Quand elle s’apercevra que les deux morts étaient père et fille, elle sait déjà qu’il  lui faudra fouiller dans des secrets enfouis depuis longtemps dans les glaces du siècle dernier, car tout ceci n’a-t-il pas commencé le 15 avril 1914, quand la belle Elina Pettersson est descendue du train de Stockholm pour enseigner aux enfants de Kiruna. Avec son art de la construction, Åsa Larrson nous entraîne à la poursuite d’un passé de violences ourdies, de rancœurs  tues, où le gel fait taire les paroles et assèche  les cœurs. Rebecka devra mettre sa vie en jeu pour ne pas avoir à sacrifier à l’autel de Moloch le dernier survivant.

Implacable!

Le regard Ken Liu Le Bélial Éditions

En septembre dernier, j’avais eu la chance d’interviewer Ken Liu au Festival America de Vincennes pour son recueil de nouvelles « La ménagerie de papier » et j’avais eu la chance de découvrir un auteur étonnant, extrêmement doué, qui portait sur son écriture un détachement certain, mais avec une vision évidente de ce qu’il avait envie de dire. Ken Liu n’est pas un écrivain de science-fiction, il est un écrivain de demain qui anticipe dans ses écrits le monde que nous sommes en train de construire, pas celui du quidam qui se promène dans la rue, non celui de ceux qui, dans des centres de recherche, dans des laboratoires brassant des milliards de dollars inventent l’homme de demain.

C’est ici tout le propos de cette novella « le regard » où on suit la recherche d’un tueur qui énucléent ses victimes. Ruth Law, ex-flic devenue détective privée, va se mettre en quête quand la mère de la dernière victime lui donnera suffisamment d’arguments pécuniaires pour le faire. On reconnaît instantanément ce qui fait la force de Ken Liu dans la narration, l’implacable résolution n’étant que la résultante d’une machinerie bluffante. Même si ce n’est pas aussi réussi que « la ménagerie de papier » (la nouvelle éponyme de son recueil paru déjà au Bélial), c’est une manière d’ouvrir la porte de cet auteur au talent fou!

Tout un été sans Facebook Romain Puértolas Editions Le Dilettante

Et ben voilà! Encore une fois, Romain Puértolas vient surprendre ses lecteurs là où je ne l’attendais pas! Et c’est certainement son meilleur roman, pour plein de raisons! Déjà le titre, si nous pouvions réussir à entraîner toute notre famille tout un été sans Facebook, cela permettrait certainement à énormément de gens de ne pas s’injurier comme ils le font en ce moment.

De plus (car il faut dire de plus, quand on n’a pas dit premièrement et qu’il y a plusieurs raisons,  car il faut pour çela que j’écrive cependant un peu plus tard, vous allez voir, ça passe comme une lettre à la poste, encore que la poste en ce moment…), donc de plus Romain Puértolas nous invente encore une fois des personnages improbables dont l’héroïne (non pas la drogue!) Agatha Crispies, formidable flic new-yorkaise de New-York (Colorado), pas celui qui fait vrombir les sirènes entre Manhattan et Long Island, mais celui du trou du cul du monde presque libre libre selon Donald, où pas un réseau ne passe et où, habituellement personne ne meurt, du moins de manière violente, genre steak haché dans une baignoire.

Agatha Crispies n’est-elle pas la plus à même de résoudre cet incroyable crime, surtout si la porte était fermée de l’intérieur… La suite vous le dira! Mais surtout là où encore une fois Romain Puértolas me bluffe, c’est qu’il réinvente une langue à la San-Antonio (mais celui du meilleur cru!) en s’affranchissant sans vergogne de tous les codes du roman policier (policier qu’il était il y a encore peu d’années!!!).

Aussi, débranchez vos ordinateurs, commandez des donuts en chocolat chez votre boulanger-pâtissier préféré et laissez-vous mener par le bout du nez par la rondelette Agatha Crispies, dont on dit que faire le tour en vaut la chandelle!

 » It’s This…or cluedo » disait Sherlock dans le chien des Baskerville! A vous de jouer!

En librairie le 4 mai!!!!

Cependant, ça y est je l’ai mis pour ceux qui ont suivi….

Comme un blues Anibal Malvar Editions Asphalte

Tout cela pourrait commencer par un long solo de trompette de Miles Davis, un cri qui viendrait déchirer la nuit sombre de Madrid, mais par sur la Plaza Mayor, mais beaucoup plus loin, dans la pluie galicienne. Quand Ania disparaît, c’est à l’ex de sa femme, Carlos Ovelar, qu’ Alberto Bastida va penser. Ancien des services secrets espagnols du temps de Franco, il a des réseaux dans tous les milieux. Mais ce qui attend Carlos va l’entraîner bien plus loin que ce qu’il imaginait au départ. C’est aussi en traversant toute l’histoire espagnole des cinquante dernières années que doit se lire ce polar glauque, où on boit et fume tout en ouvrant des valises pleines de secrets inavouables.

Si je devais vous prescrire un whisky, j’irais vers un Lagavulin 16 ans d’âge, bien tourbé, qui vous décalque la tête rien qu’en le reniflant, un de ceux chers à Jean-Claude Izzo dans sa trilogie marseillaise, car il y a aussi de ça chez Malvar, un pays à sentir, des êtres à aimer, des coups tordus, mais une immense empathie pour des personnages qui parlent parfois comme un Chandler des meilleures cuvées.