Société noire Andreu Martin Editions Asphalte

societe-noireBarcelone, ses ramblas, son soleil, ses touristes, ici, on en est très loin. C’est du Barcelone de la nuit dont vient nous parler Andreu Martin. Une tête tranchée d’un côté, un corps attaché à l’arrière d’une voiture d’autre part, tout porte à croire que le meurtre a été commis par des Maras, ces gangs d’Amérique Latine qui viennent en Catalogne, attiré par l’argent facile. Mais l’inspecteur Canas n’y croit pas un seul instant. Pour lui, c’est un coup de la mafia chinoise. Des rumeurs courent: on a volé les Chinois, ils se vengent. Avec l’aide de Juan Fernandez Liang, mi-chinois, mi-espagnol, son indic pour tout ce qui touche à la communauté chinoise de Barcelone, Canas va tenter de démêler les fils invisibles qui les unissent. Comme il le dit: « Interpol a dit un jour que les triades ressemblent à un immeuble dans lequel les habitants d’un étage ne savent pas où se trouve l’escalier pour gagner les autres! » Avec un art consommé pour essayer de nous perdre dans ce nid de serpents, l’auteur nous appâte en démontant un à un, jour après jour, le long cheminement jusqu’à la tête qui roule dans la rue. Dans les silences des arrière-cours des restaurants chinois, les katanas vibrent dans l’air, Canas tente de démêler les vrais menteurs des fausses vérités, Liang s’engouffre vers son propre néant, les avocats n’ont pas le nez propre, les beautés chinoises sont des poisons violents, bref, quand vous mettez le premier œil dans ce roman, vous êtes partis pour une drôle d’aventure…

Le verger de marbre Alex Taylor Néonoir Gallmeister

vergerVous connaissez le Kentucky, rêvez d’y passer vos vacances. Lisez Alex Taylor, il va vous en faire passer l’envie, car ceux qui croient encore que les Etats-Unis n’est qu’une sorte de paradis sur terre, vous allez découvrir l’Amérique des bouseux et des tarés!

Beam Sheetmire est un gamin qui fait traverser la rivière sur un petit ferry, moyennant quelques dollars. Quand un type un peu fêlé y monte et s’approche un peu trop près de la caisse, Beam lui fracasse la tête avec une clé à griffe et le tue. Début des emmerdes! A partir de là, le roman s’emballe et nous plonge dans ce qui aurait très bien pu être une tragédie grecque, sauf qu’on rencontre peu de bars à putes, de dobermans affamés, d’essaim de guêpes dans les tragédies grecques! Mené tambour battant, Alex Taylor nous entraîne dans la chasse au Beam dans cette Amérique rurale où la loi du fusil est bien plus forte que celle du shérif. Implacable, immensément sombre, le verger de marbre fait partie de ces romans qui vous happent dès les premières pages et vous emmènent jusqu’à des extrémités que vous ne vouliez surtout pas envisager.

Opération Napoléon Arnaldur Indridason Editions Métailié

arnaldurJ’avoue, je n’avais plus lu d’Indridason depuis « la femme en vert » il y a de nombreuses années. Est-ce le fait qu’Erlendur ne traîne pas ses guêtres dans celui-ci qui m’a fait l’ouvrir? Sans doute. Et j’ai bien fait, car je n’ai pas réussi à lâcher Kristin, cette jeune femme qui va chercher à percer le mystère de ce Junkers avalé par un glacier à la fin de la seconde guerre mondiale. Il y a des bons Islandais et des méchants américains, des rebondissements à chaque chapitre. Au fur et à mesure que le glacier rejette ses secrets, on pense avancer vers la résolution de cette fameuse opération Napoléon, mais, mais, mais. Indridason a toujours cette manière d’inviter le passé dans notre monde et aussi d’interroger le lecteur sur cette inquiétante manière qu’ont les ultra puissances (ici en l’occurrence la gigantesque machinerie secrète américaine!) de faire fi de l’intégrité d’un territoire et d’en bafouer toutes les règles internationales pour leur unique profit.

Redoutablement efficace, Indridason nous entraîne, à toute haleine, dans un des mystères de l’histoire contemporaine!

Ils savent tout de vous Iain Levison Editions Liana Levi

levisonEncore une fois, Iain Levison vient nous surprendre avec ce roman, malin en diable, sur cette Amérique qui nous écoute tout le temps et partout. Mais il le fait, non par le biais de l’immense NSA aux grandes oreilles, mais en allant piocher dans l’humain, cette matière malléable qui, au contraire des ordinateurs et des algorithmes puissants, peut éventuellement dévier de sa route, légèrement au début et puis…

Jared Snowe est un flic du Michigan, qui course les petits voleurs, les excès de vitesse. Rien de spécial jusqu’à ce moment où il se rend compte qu’il lit dans les pensées des gens qui l’entourent. La fille au club de sport, le junkie qu’il coince dans la rue, tout devient facile. Il croule sous les félicitations de ses supérieurs.

Très loin de là, Brooks Denny est sorti du couloir de la mort, pour aller aux Nations Unies lire dans les pensées d’un chef d’état africain corrompu. Il souffre du même syndrome que Snowe, mais lui sait que la mort sera quand même sans doute au bout d’un couloir.

A partir de là, je vous dis juste que tout va déraper à la manière Levison, qui n’a pas son pareil pour semer le trouble dans le cerveau de son lecteur (ici, il est beaucoup question de cerveau). Ajoutez-y une femme étrange, Terry Dyer, sorte de James Bond girl dont on ne peut deviner ce qu’elle pense, Angela, une petite serveuse amoureuse des malfrats, vous avez tous les ingrédients disponibles pour passer une nuit blanche dans les pas de Snowe et Denny. mais ne vous y trompez pas, ici, c’est bien plus qu’un polar, c’est un coup de poing dans cette machination globale où nous sommes tous prisonniers. Éteignez votre smartphone, à l’autre bout de la planète, quelqu’un est peut-être en train de vous écouter respirer…

Les infâmes Jax Miller Ombres noires

jax millerFreedom Oliver est une drôle de fille. Témoin protégé depuis près de vingt ans pour avoir témoigné contre son beau-frère pour l’assassinat de son mari, Mark Delaney, rejeton d’une belle famille de tarés, elle survit dans un bouge de l’Oregon, la vie détruite depuis qu’on lui a enlevé ses deux enfants. Mais elle ne les a pas perdus de vue. Elle sait qu’ils ont été élevés par un pasteur psychorigide, plutôt gourou que pasteur d’ailleurs! Quand elle apprend que sa fille a disparu, elle va tout mettre en œuvre pour la retrouver. Mais comme un malheur n’arrive jamais seul (et vous verrez que pour Freedom, les malheurs volent en escadrilles serrées!!!), son beau-frère est relâché et se met dans l’idée de lui faire payer les dix-huit années qu’il vient de passer derrière les barreaux.

Autant vous dire que vous n’aurez pas le temps de vous ennuyer dans ce polar à la noirceur absolue où tous les protagonistes se trimballent des casseroles psychologiques graves, où les rebondissements vous envoient sur des fausses pistes, où les flics sont parfois plus fous que les skinheads, où le bien et le mal se livrent à de farouches batailles dont le gris est totalement exclu. Bref, Jax Miller fait son irruption dans le monde du polar avec force fracas. Et je ne sais pas pourquoi, mais je vais éviter le Kentucky pour mes prochaines vacances!

La quête de Wynne Aaron Gwyn

wynnePremier roman d’Aaron Gwyn, la quête de Wynne fait partie de ces romans de guerre qui vous attrapent par le col dès la première page et que vous lisez en apnée. Entre l’Irak et l’Afghanistan, vous allez suivre Elijah Russell, dresseur de chevaux, qui va être entraîné dans une course folle, celle que mène Carson Wynne contre un ennemi invisible. Si chacun des deux hommes a un idéal, il ne s’agit pas du même, et dans cette quête autant de vérité humaine que de conscience exaltée, il s’agira d’une lutte sans merci. Y aura-t-il un gagnant? Vous le découvrirez le 3 septembre à la parution de ce roman bouleversant, puissant, étrangement humain dans ces montagnes où la mort se cache comme le diable, dans les détails des sables ou dans les grottes les plus sombres…

Sortie le 3 septembre!

Coupable vous êtes Lorenzo Lunar Asphalte Editions

lunarJe vous avais déjà dit tout le bien que je pensais de Lorenzo Lunar pour son roman « la vie est un tango » (cliquez ici) où il nous faisait découvrir le Cuba des Cubains, non celui des touristes. Eh bien, dans ce nouvel opus, il nous entraîne dans le sillage des jineteras,les putes qui promettent des montagnes de plaisir sous un ciel toujours bleu. Sauf qu’ici, il est question de meurtre et qui revient en première ligne, le flic le plus intègre de Cuba et de la petite ville de Santa Clara, j’ai nommé le fameux Léo Martin, croisement de Léo Malet et de San Antonio (il vit chez sa mère Féla!) qui va tenter de mettre la main sur celui ou celle qui a fracassé un maquereau à coups de marteau de cordonnier. Si on se fiche pas mal du meurtre, comme du meurtrier, on se régale des situations, des dialogues, des personnages qui gravitent autour de Léo. Lorenzo Lunar a cette capacité de donner à voir avec ses mots toute cette vie cubaine, faite de débrouilles en tout genre, d’accommodations avec le régime castriste, dans un grand éclat de rires, de musiques et de rhum frelaté. Un vrai bonheur! Et pour la musique du livre, si si si, ça existe (cliquez ici)

Nid de vipères Edyr Augusto Asphalte éditions

edyr Je vous ai déjà parlé des précédents romans d’Edyr Augusto, cette nouvelle voix qui nous vient du Brésil et nous raconte du noir de chez noir, celui qui strie les corps, qui arrache les dents, qui montre la corruption comme un point noir sur le nez de la plus belle des filles du monde… Ici, la plus belle des filles s’appelle Isabela Pastri. Elle a décidé d’aller dans la pire des vengeances, celle qui s’inscrit dans le corps, celle qu’il faut aller chercher avec cette évidence qu’au bout du chemin, il n’y aura pas vraiment de porte ouverte, car ici, tout se paye, tout se monnaye, tout n’est que violence et blanchiment. Dans un texte où tout est haché, avec cette écriture qui ressemble aux pages de journaux bon marché, Edyr Augusto nous emmène loin, très loin, dans cet abyme où Isabela a choisi de se perdre. Il y a cette urgence à dire et à écrire pour Augusto ce Brésil qu’il aime, mais dont il ne sait finalement que faire. C’est un texte qui se lit le souffle coupé, les yeux comme des balles qui inventent le corps d’Isabela, une langue qui reste sèche quand le dernier avion s’envole, avec le silence des morts.

Neonoir chez Gallmeister, c’est le 5 mars!

0879-cover-church-54b515fb5016b  C’est une pure coïncidence, mais le jour où sort le nouveau Fred Vargas, attendu par les aficionados de l’une des reines du roman noir français, sortent également les romans de la nouvelle collection des Éditions Gallmeister: « neonoir »! Autant le dire, les lecteurs sont gâtés! Fidèle à sa ligne et à la confuite de sa maison, Oliver Gallmeister nous régale ici, encore une fois ( ou comme à chaque fois, je ne sais plus!), de nouvelles pépites d’auteurs! Jake Hinkson, dans l’enfer de Church Street nous entraîne dans une ballade en voiture avec un prêcheur obèse qui raconte sa vie à un tueur censé le descendre. Hinkson, prêcheur lui-même et alcoolo, sait de quoi il parle manifestement! Ici, on explore les bas-fonds de l’âme humaine, les compromissions avec Dieu( mais que vient faire Dieu d’ailleurs dans tout ça!), on tue plus par lâcheté que par nécessité et la rédemption (voir avec Dieu si c’est possible!) n’a pas cours. Un roman diablement inspiré! Deux autres romans sortent simultanément « Exécutions à Victory » de S.Craig Zahler, j’y ai jeté un œil, ça déménage sauvagement et » Pike » de Benjamin Whitmer! Que vous dire d’autre que foncez chez votre libraire (indépendant évidemment!)

Retour à Watersbridge James Scott Le Seuil

james   » Une pécheresse, voilà ce qu’elle était ». C’est la première phrase du livre et celle qui va entraîner toutes les autres comme un bloc de glace qui dévale la vie des personnages. C’est un western où il sera question de sang, mêlé, volé.
Alors que sa famille vient d’être assassinée, Helspeth rentre dans sa ferme. Nous sommes en 1897, c’est l’hiver, la neige et la glace envahissent tout. Le seul de ses enfants survivants, Caleb, pensant au retour des tueurs, va lui tirer son comptant de plombs. Le ton est donné. C’est un roman où le givre enserre les mains, accable les esprits, tord les bouches et réclame vengeance.
Caleb et Helspeth vont partir sur la trace des tueurs, revenir vers Watersbridge, là où tout a commencé il y a douze ans, à la naissance de Caleb. Elle sait qu’il lui est impossible de lui avouer ce qui est arrivé dans cette petite ville, elle sait qu’elle va remettre ses pieds dans les ornières de son passé, elle sait qu’elle ne peut y échapper, car si Caleb est le seul rescapé de la tragédie, peut-être est-ce parce qu’il faudra qu’elle finisse par payer son écot.
Elle va se travestir, porter les blocs de glace, boire comme un homme, être un homme pour se fondre dans le paysage. Caleb va travailler au bordel, passer le balai, tenter de savoir qui sont ces trois bandits au foulard rouge qui ont exécutés son père, ses frères et sœurs. Mais quand l’étau se resserre, quand les ressemblances finissent par sortir au grand jour, Caleb et Helspeth n’auront plus le choix, sinon celui d’aller jusqu’au bout du chemin, celui où les armes sont parfois lourdes à porter.
Dans ce roman hypnotique, James Scott nous entraîne dans cet hiver où chaque pas dans la neige est un assaut vers la vie, une tentative désespérée d’aller juste un peu plus loin, là où il sera temps d’ouvrir le battant de la porte, de caresser la détente usée du fusil, de tenter d’oublier qu’il n’existe qu’une mère, celle qui vous a aimé. Jusqu’au bout…