Chien-Loup Serge Joncour Flammarion

Nous sommes en 2017 et Frank et Lise vont se perdre dans le Lot, en pleine nature, là où pas un réseau ne passe. Si cela fait plaisir à Lise, cela ne fait pas l’affaire de Frank (imaginez Jean-Pierre Bacri levant son téléphone au ciel pour une seule barre qui ne vient jamais !)

Nous sommes en 1917 et un dompteur allemand vient se cacher au fin fond du Lot avec ses fauves et sa cage dorée et où Joséphine, l’une des premières veuves de la grande guerre aura les yeux de Chimène pour cet homme si étrange.

Et l’endroit où il se terre est, vous l’aurez compris, là où Lise et Franck viennent se ressourcer.

On reconnaît évidemment la patte de Joncour pour nous entraîner dans une histoire où on a envie de le suivre. C’est habilement mené, on sourit, on rit, on est ému, les deux histoires se frottent l’une à l’autre et on se laisse bercer par la belle musique de la langue de Serge Joncour.

Si ce n’est pas mon préféré du beau barbu, cela n’en reste pas moins un roman qui sera facile à proposer, parce qu’il y a derrière tout ça, la belle humanité du beau nounours qu’est Serge Joncour !

 

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L’hiver du mécontentement Thomas B. Reverdy Flammarion

Alors, je vérifie la moyenne d’âge dans la salle, et nous ne sommes pas si nombreux à avoir connu l’hiver 78-79, en un autre siècle où une certaine Margaret Thatcher est arrivée au pouvoir au Royaume-Uni.

Candice pédale sur son vélo de coursier, le seul petit job qu’elle ait réussi à trouver pour se payer ses cours d’art dramatique. En ce moment, elle répète Richard III du bon vieux Shakespeare, et il y a dans l’atmosphère de la Great Britain de l’époque un peu de cette pièce.

Richard III, prêt à tous les mensonges, les turpitudes pour arriver au pouvoir, comme la Margaret Thatcher qui cherche à se trouver une voix et vient prendre un cours de diction, là où Candice, justement, répète la pièce.

Candice va rencontrer Jones, un musicien largué de chez largué. Musicien, ce n’est pas un métier, alors il est aussi employé de bureau et se fait virer sans préavis. C’est un monde qui ne parle plus à grand monde, mais il y a la musique !

Pour moi qui avait quinze ans à l’époque, c’est un livre qui vit par la musique que Reverdy nous rappelle, les Clash, les Sex Pistols, Pink Floyd et son Wall, lancé comme un crachat à la tête de Margaret. Il y aura aussi Joy Division, David Bowie et son « Lodger » !

Si pour vous la musique des ces années-là vous est inconnue, cela ne va pas être facile, pour les autres, chaque chapitre est collé à une chanson, et vous allez revenir dans vos années cheveux longs, santiags et keffieh palestinien, dansant des pogos jusqu’au bout de la nuit !!!

Le malheur du bas. Inès Bayard . Editions Albin Michel (parution le 22 août)

Marie a 32 ans, une vie bien remplie , un travail intéressant, un mari aimant et un appartement dans le XVe arrondissement de Paris. Tout, en apparence, lui sourit. Seulement voilà Marie a décidé de mourir et d’entrainer avec elle mari et enfant car elle souffre , un mal profond , insupportable qui s’est ancré en elle depuis déjà presque deux ans, l’âge de son fils. Tout son être s’est brisé comme une poupée de porcelaine le jour ou son supérieur hiérarchique a violemment abusé d’elle. Depuis son monde s’est écroulé et Marie a sombré dans une dépression sourde et violente. Car ce viol elle ne veut en parler à personne, elle garde ça au fond d’elle même pour garder aux yeux des autres l’apparence d’un bonheur factice. Un premier roman étouffant, oppressant, dur mais d’une telle intensité et d’une telle humanité qu’on ne peut le lâcher. C’est une lecture difficile, dérangeante mais Inès Bayard réussit la prouesse de ne pas entrer dans le pathos si la plainte. Marie est humaine, douloureusement humaine, tout simplement. On n’en sort pas indemne.

Maëla

Helena Jérémy Fel Éditions Rivages

Creuser au plus profond du mal…

Commencer un roman quand on sait que la nuit ne suffira pas, les pages s’enroulent comme le long ruban d’asphalte d’une autoroute. Dans la radio, une basse égrène son tempo de migraine. Vous venez de commencer « Helena »… La nuit sera longue.

Vous connaissez le poids d’un coup de poing, le poids d’un coup de mots, le poids des histoires anciennes qui suintent tout au long des rues proprettes de cette belle ville d’Emporia ? Quand Hayley décida de prendre sa voiture pour rejoindre sa tante, elle ne pouvait imaginer que le démiurge qui tirait les fils du marionnettiste avait beaucoup plus d’imagination qu’elle n’en aurait jamais. Comme une araignée tisse sa toile, Jérémy Fel nous conte un puzzle imparfait de drames qui viennent se cogner les uns aux autres, mais qui s’emboîtent dans la même fureur. Hayley rencontre Tommy, puis Norma, puis Cindy, quand Graham… Les vies se bousculent, les corps se meurtrissent, les sangs coulent dans des rigoles de vies fracassées, abandonnées, les caves hurlent, les monstres n’ont pas les noms qu’on voudrait croire. Quand l’écrivain recoud les pans d’un arlequin sanglant, on termine le roman dans une apnée qui nous tient debout, abasourdi et bouleversé de croire que tout cela s’est peut-être passé juste en bas de chez nous.

J’ai eu la chance d’interviewer Jérémy au mois de juin, il va venir nous voir en octobre, on a hâte! Et l’entretien est juste ici:

Le premier chapitre d’Helena est hallucinant, On devine que ce roman va nous empêcher de dormir ? Un peu comme l’ouverture d’un opéra. Avez-vous eu conscience, en l’écrivant, de sa force sur l’inconscient du lecteur ?

Jérémy Fel – Le premier chapitre sert, à mon sens, à installer une sensation immédiate de danger. On suit ensuite des personnages dans leur vie de tous les jours, mais on sait, grâce à ce chapitre, que quelque chose de terrible va advenir, comme une sorte d’épée de Damoclès suspendue au-dessus de leurs têtes. En effet, je voulais qu’il agisse fortement chez le lecteur, de façon très physique, et reste prégnant dans son esprit assez longtemps pendant le début de sa lecture !

L’action de votre roman aurait-elle pu se passer ailleurs qu’aux Etats-Unis ?

  1. F. – Un drame familial comme celui-ci pourrait se passer ailleurs qu’au Kansas évidemment, mais quand j’ai lu « De sang froid » de Truman Capote, je me suis dit que c’était le décor idéal pour une histoire comme celle-ci. Je suis un très grand lecteur de littérature américaine. Comme dans mon premier roman, il y avait ce désir de situer l’action dans un endroit que j’ai envie de décrire, que je fantasme et que j’ai aussi l’impression de connaître. « Le Magicien d’Oz » est également très présent dans ce livre, il n’y a pas de hasard…

« Helena » est également un livre très cinématographique. On ne peut s’empêcher de penser à David Lynch. Vous faites, comme Lynch, surgir l’extraordinaire de personnages ordinaires ?

  1. F. – J’avais envie qu’on puisse s’identifier à tous, même si les personnages du roman peuvent être amenés à faire des choses terribles. Je voulais que le lecteur puisse se demander, tout au long du roman : « Qu’aurais-je fait à la place de Norma, de Graham ou d’Hayley »… Mon but le plus « inavouable » est de confronter mes lecteurs à leur part sombre, comme je me confronte constamment à la mienne pendant l’écriture. Personnellement, je me sens toujours très proche des personnages que je crée. Ils sont tous, du moins je l’espère, ambivalents, basculent constamment entre deux pôles, « humains, trop humains ».

Les pères sont soit morts, soit absents. Aviez-vous conscience en commençant le roman qu’ils auraient pourtant une importance immense dans le destin des personnages ?

  1. F. – En fait, je n’écris jamais en pensant à un thème défini, je ne me dis jamais que je vais écrire un roman sur tel ou tel sujet. Pour « Helena », je me suis rendu compte au bout de 700 pages de ce qui se dégageait comme le thème principal du roman. Quand je commence à écrire, je pars généralement d’une image, d’une musique, d’un visage, c’est toujours très visuel, et cela amène d’autres scènes, que je tente de maîtriser. Je suis aussi lecteur de ce que j’écris, j’avance à tâtons. Je ne me suis jamais dit que ce roman serait une radiographie du mal ou une exploration du thème de la transmission mère-enfant. Les choses apparaissent d’une façon réellement inconsciente. Comme les scènes de cauchemars qui parsèment le texte. Et comme l’inconscient est extrêmement construit, au final tout fait sens.

Plus on avance dans le roman, plus on est entraîné vers une certaine fascination du mal, peut-être parce qu’on se dit qu’on aurait suivi la même pente ?

  1. F. – Oui, je pense que quoi que puisse faire l’homme – et il est capable de beaucoup de choses – on ne doit jamais oublier que, dans les mêmes conditions nous aurions pu faire la même chose. C’est toujours très facile de juger les autres quand on n’est pas soi-même confronté à des situations insoutenables, qui ne nous laissent jamais le temps d’avoir assez de recul pour agir sereinement.

C’est un roman qu’on ne peut pas lâcher, tellement les personnages s’incrustent en nous, lecteurs. Quel est votre secret ?

  1. F. – Je dis souvent que j’ai envie de prendre le lecteur par la main. Et, sans qu’il s’en rende compte, ma main lui attrape la nuque, la serre et ne la lâche plus. C’est une image, rassurez-vous je suis doux comme un agneau dans la vie de tous les jours, c’est plutôt une invitation (même si ferme) à me suivre, à entrer de plein pied dans mon univers. Captiver le lecteur, lui faire vivre une succession d’émotions fortes, est pour moi le plus important. La lecture doit être constamment physique puis, une fois la dernière page tournée, déboucher sur des réflexions diverses. C’est en tout cas ce que j’aime ressentir moi-même en temps que lecteur. Quand j’écris, je suis dans une sorte d’apnée, d’urgence, que j’aime faire ressentir au lecteur à son tour. Tout comme mes propres cauchemars, c’est la moindre des choses.

 

 

Balles perdues Jennifer Clement Flammarion

Nous sommes en Floride, sur le parking d’un camp de caravanes. Pas dans le camp, à côté du camp. Pearl et sa mère Margot y vivent, dans la vieille Mercury, sa voiture aux pneus dégonflés, l’une à l’avant et l’autre à l’arrière.

Margot vient d’une famille bourgeoise qu’elle a quitté quand elle a été enceinte de Pearl. Elle est partie avec une partie de l’argenterie, de la porcelaine de Limoges qu’elle cache dans le coffre de la voiture. Elles survivent de petits bouts de rien.

Dans le camp, Pearl a sa copine Avril May avec qui elle fait les 400 coups! Près du camp, il y a le pasteur qui veut éradiquer les armes aux Etats-Unis, deux Mexicains qui veulent l’y aider. Pearl regarde tout ça avec ses yeux de gamine qui comprend que tout le monde lui ment.

Elle s’en fiche Pearl, tout ce qu’elle veut, c’est que sa mère soit heureuse, qu’elle fasse ses petits coups en douce.

Quand sa mère s’éprendra d’Eli, un type au passé aussi trouble qu’un marigot un lendemain d’ouragan, il sera juste un peu trop tard, et là commence un autre roman.

Obligée de quitter la Mercury, placée chez Mr Brodsky, un vieux Juif qui héberge déjà deux autres enfants placés, Pearl va découvrir un nouveau monde, devoir apprendre des codes qu’elle ne soupçonnait pas.

C’est un roman d’une humanité bouleversante, qui ne nous lâche pas, tellement on a envie de prendre Pearl dans nos bras en lui disant, au creux de l’oreille, que tout cela n’est pas si grave.

Même si !

Les fureurs invisibles du cœur John Boyne Éditions Lattès

Si vous avez l’envie d’ouvrir ce livre, de lire les trois premières pages, alors plus rien ne comptera dans votre vie durant les 700 autres. Cyril Avery va devenir votre ami, votre amant, votre confident, et surtout le compagnon de voyage des soixante-dix dernières années.

Naître d’une fille-mère en 1945 dans le Comté de Cork, Irlande, être recueilli par une famille bourgeoise de Dublin qui ne vous reconnaît que comme un meuble de plus dans la maison, découvrir son homosexualité dans une république théocratique, vivre, aimer, rire, changer de pays, aimer encore plus, traverser les océans et continuer d’aimer, affronter les premières années du SIDA, mais surtout toujours aimer la vie, les gens, c’est tout ce que Cyril Avery va nous raconter dans ce roman monde, éclatant de bonté et d’humour, d’émotion tendre et de violences sourdes. C’est un combat pour toutes les vies que nous conte John Boyne, un combat qui n’a pas de genre, pas de sexe, un combat pour une humanité tout simplement triomphante.

Et John Boyne m’a accordé un entretien sur ce roman magnifique! Merci John!

Votre roman s’ouvre par une scène d’anthologie. Nous sommes en 1945, près de Cork, dans le Sud de l’Irlande, et le père James Monroe va répudier Kitty Goggin, car elle n’est qu’une adolescente enceinte dans cette Irlande théocratique. Est-ce dans cette « Honte » qui est le titre de cette partie du livre, la honte de ce qu’était votre pays à l’époque que vous avez puisé la force narrative de ce premier chapitre ?

Oui, puisqu’il s’étend sur 70 ans de l’histoire de l’Irlande, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale jusqu’à un peu après la légalisation du mariage homosexuel en 2015. On voit le pays changer en profondeur, et devenir une nation où le sentiment de honte ressenti par les personnes différentes, devient fierté. Cependant, je ne voulais pas que le roman devienne un livre d’histoire, et c’était important pour moi que les personnages et leur propre histoire soient au centre de tout. Mais le processus d’écriture a été complexe, car chaque chapitre voit Cyril, le narrateur, à un nouvel âge de sa vie (7 ans entre chaque), il devait donc être différent tout en restant le même! Différent, car il devait avoir évolué depuis les 7 dernières années, mais le même dans le sens où on devait toujours être capable de reconnaître sa voix. J’ai pris énormément de plaisir à l’écrire, car pour la première fois de ma carrière j’ai utilisé l’humour, et une fois que les blagues ont commencé à prendre forme sur la page, je ne pouvais plus m’arrêter.

Kitty Goggin va accoucher de Cyril, qui sera placé dans une famille bourgeoise où le père l’a prévenu « Tu ne seras jamais un Avery ». En fait, il n’est qu’un meuble qu’on déplace, au gré du temps. Comment est-ce possible ? Est-ce encore en raison de cette éducation irlandaise de l’époque ?

 

Je voulais que Cyril représente l’Irlande elle-même plus qu’il ne me représente moi, une façon de vivre, ou même le système éducatif de l’époque. Dans la première moitié du roman, de 1945 à 1973, Cyril a peur de sa sexualité, du sexe, et même de n’importe quelle forme d’intimité. Même s’il n’est pas croyant ou religieux, il fait partie d’une société qui place l’église au cœur de toutes les décisions personnelles, et où l’éducation n’intervient que dans un second temps. Dans la deuxième moitié, de 1980 à 2015, il est enfin fier de qui il est et n’a plus peur. Car même si Cyril est homosexuel, pendant tout sa jeunesse il est terrifié de cela et des conséquences que cela pourrait avoir si quelqu’un le découvrait. Il se ment à lui même, il ment à ses amis, il ment même à la femme qu’il compte épouser. Mais en fin de compte il commence à changer, à accepter la personne qu’il est. Tout comme l’Irlande elle-même qui a évolué vers le mieux au fil des années.

 

Cyril va comprendre qu’il est différent. Il est homosexuel, ce qui est pire qu’un crime, car, c’est bien connu, il n’y a pas d’homosexuels en Irlande ! Même si ce n’est pas un livre sur l’homosexualité, n’était-ce pas plus facile pour vous afin de dénoncer la bigoterie et le pouvoir extrême de la religion sur la société irlandaise.

 

Oui, c’est certainement un sujet qu’il était possible d’employer pour évoquer la façon dont l’Irlande a évolué au fil des années, mais étant moi même homosexuel, c’était un sujet qui me touchait énormément. J’ai grandi dans les années 80, à un moment où l’homosexualité était toujours illégale et où le SIDA faisait des ravages, c’était donc une période effrayante pour un jeune adolescent qui avait conscience d’être différent. J’ai tout de même fait mon coming-out assez jeune, vers 20 ou 21 ans, car je savais que je ne pouvais pas continuer à faire semblant d’être quelqu’un que je n’étais pas. Et en toute honnêteté, je n’ai jamais vraiment souffert d’une forme d’homophobie ou de préjugé. Ma famille et mes amis m’ont toujours infailliblement soutenu.

Le livre va couvrir 70 ans de la vie de Cyril, traversera l’Atlantique, fera se rencontrer la petite histoire avec la grande. N’est-ce pas alors LE livre sur l’Irlande et son évolution de la seconde guerre mondiale jusqu’à nos jours.

 

La plupart des écrivains irlandais écrivent sur l’Irlande et j’ai toujours dit que je ne le ferai pas tant que je n’aurais pas une histoire à raconter. C’est ce que j’ai fait avec « A History of Loneliness », où j’ai évoqué les effets des scandales d’abus sur enfants au sein de l’église catholique irlandaise. Je pense que j’ai atteint un stade de ma carrière et de ma vie où je me sens assez confiant et légitime pour écrire sur mon pays et aussi sur des choses qui me sont arrivées dans la vraie vie. Beaucoup de ce qui est raconté à la fois dans « A History of Loneliness » et « The Heart’s Invisible Furies » vient de ma propre expérience, alors qu’auparavant j’avais tendance à la laisser de côté dans mes histoires. Je ne sais donc pas si c’est LE roman sur l’évolution de l’Irlande, mais j’espère en tout cas qu’il contribuera à agrandir le corpus littéraire écrit sur le sujet.

C’est aussi un roman extrêmement drôle, et je pense que c’était indispensable pour apaiser les moments graves et douloureux de la narration. Est-ce donc vrai que « l’humour est la politesse du désespoir » ?

Puisque le roman est plutôt long, j’avais le sentiment qu’il ne pouvait pas baigner dans le malheur et j’ai donc décidé de faire de Cyril un personnage optimiste, plutôt que quelqu’un qui se morfond perpétuellement. La vie lui met des bâtons dans les roues mais il continue à sourire et à avancer. J’ai également décidé d’utiliser ses parents adoptifs, Charles et Maude Avery, comme créations comiques et excentriques qui pourraient amuser le lecteur. Tout le monde pense que Maude est inspirée d’une personne réelle mais non, elle est un pur produit de mon imagination ! Je n’avais jamais écrit de roman comique auparavant et je pense qu’il était important que celui-ci le soit. Quand j’ai commencé le second chapitre, qui a lieu en 1952, et que j’ai présenté les parents adoptifs de Cyril, c’est devenu la chose la plus colorée et humoristique que j’ai jamais écrite.

En 2015, l’Irlande est le premier pays au monde à approuver le mariage gay par référendum et le premier ministre est gay et à moitié indien! Que de chemin parcouru ?

C’est tout à fait vrai, et j’ai le sentiment que le référendum sur la légalisation du mariage homosexuel en 2015 a été le clap de fin des scandales de l’église en Irlande, et le début d’une nouvelle ère pour le pays. Ce fut le jour où le pays tout entier s’est soulevé ensemble et a annoncé d’une seule voix qu’il ne serait plus gouverné par l’hypocrisie et, très honnêtement, la méchanceté. Le pays a vraiment changé pour le meilleur depuis ce jour et l’église a perdu son influence sur le gouvernement et le peuple. Cependant, il ne faut pas oublier que le rôle originel d’une église, de toute église et de toute religion, est d’aider son prochain, et j’aime à penser que l’église catholique reviendra vers cette origine. Le Pape François me semble d’ailleurs être une bouffée d’air frais dans ce sens-là.

Les Oubliés de Prémontré de Pendanx et Piatzszek chez Futuropolis

Nous sommes en 1914, à l’asile de prémontré situé dans l’Aisne, près de Soissons.

Clément, jeune personnage étrange, arrive pour travailler dans cet endroit qui héberge 1300 « zinzins » comme les appelle un des gardiens.

Mais la guerre éclate, et l’institut, qui se trouve sur les premières lignes de front, voit s’enfuir ses principaux responsables, alors qu’André Latombe, l’économe de l’établissement, aidé de la mère supérieure des  religieuses qui s’occupent des femmes, voudrait faire évacuer ses malades.

Mais les allemands sont là, il faut cohabiter, et nourrir tout ce monde devient de plus en plus compliqué; les campagnes se vident, et cet astucieux intendant décide de de mettre au travail ses aliénés.

Les années se succèdent, les plus faibles meurent, d’autres allemands arrivent, dont un médecin aliéniste qui saura donner son aide et observer cette survie fraternelle.

Dans ce récit magnifique, nous découvrons combien l’intelligence et la ténacité de quelques hommes peuvent sauver un peu d’humanité dans cette période tragique de notre histoire.

Cet épisode est en partie tiré de faits réels, l’établissement existe encore aujourd’hui, il a été créé il y a 900 ans!

Hélène.