Mon désir le plus ardent Pete Fromm Editions Gallmeister

Quelqu’un saura-t-il me dire comment ce grand bonhomme au rire franc, aux yeux rieurs, à la poignée de main, non seulement franche, mais surtout virile, est capable de pénétrer le cerveau d’une femme amoureuse de son rafteur des rapides classe V du Wyoming ? Pete Fromm fait partie de ces écrivains qui n’écrivent qu’avec le cœur, capable de rassembler en moins de 300 pages plus d’amour que tous les torrents réunis du Colorado, du Montana et de l’Alberta.

« Mon désir le plus ardent » est l’histoire simple et belle de Maddy et de Dalt. On pourrait s’arrêter là. Ne pas vous en dire plus, car trop dévoiler de ce putain d’amour de ces deux putains de personnages qui vont devoir faire des putains de concessions pour une putain de maladie, c’est réducteur. C’est ne pas leur faire honneur, c’est omettre cette chose aussi stupide, qui vous prend par hasard, un soir de trop de tout, sur un matelas, sous une table, dans une voiture, au sommet d’une montagne. C’est oublier qu’on n’est jamais à l’abri de l’amour, et que Maddy et Dalt sont les plus gros veinards du monde entier.

En moins de 300 pages, Pete Fromm nous entraîne au bout de toutes les rivières que Maddy et Dalt ont descendues avant qu’elle ne soit frappée par la maladie, cette putain d’insidieuse SP qui bouffe la myéline de Maddy. Cela ne va pas les empêcher de faire deux gamins, comme deux pieds de nez à la maladie, deux grands coups de pied au cul du chancre qui commence à la ronger. Dalt, le grand bonhomme aux mains comme des battes de base-ball va s’adapter, adapter la maison, adapter les gestes, adapter l’amour, en ne reniant rien de ce qui les fait être les plus grands amoureux de la planète.

C’est une histoire d’amour aux années qui passent, aux enfants qui grandissent, aux sentiments qui se chantournent autant que la main de Maddy devient une serre de rapace. C’est un roman qui n’a pas de fin, car rien ne peut rompre un pacte scellé depuis le début de l’aventure. Ils retrouveront le ruisseau, se serreront les uns contre les autres laissant la poussière se répandre entre les plis de la rivière, Dalt essayant de se souvenir de cette putain de belle vie. Hein Mad, on en a eu une belle vie ! Ouais Dalt, une putain de belle vie!

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Pour services rendus Iain Levison Editions Liana Levi

C’est une vieille histoire, très vieille histoire aurait dû se dire Mike Fremantle, quarante-sept ans qu’elle dure et elle ne s’oublie pas, elle colle encore à la peau, même si parfois les souvenirs se tassent, se grisent, s’enfouissent. 1969, guerre du Vietnam, c’est là que le sergent Mike a rencontré pour la première fois le première classe Billy Drake, soldat pas fûté balancé dans ce nid de guêpes comme tant d’autres gamins encore puceaux de tout !

2016, Mike dirige le commissariat d’une petite ville, Billy Drake est devenu sénateur du Nouveau-Mexique. La roue de la vie ne tourne pas toujours dans le bon sens. Afin de s’assurer les voix des vétérans, Drake se vante de sa Purple Heart, obtenu au combat. Mais sa version est contredite par un de ses anciens camarades. Qui peut mieux que son sergent lui rendre tout son honneur, Mike Fremantle évidemment.

Depuis des années, Mike s’arrange parfois avec la vérité. Dans la police, on a l’habitude de chasser dans des zones grises où tout ne se passe pas comme prévu par le code de procédure. On louvoie, on ferme les yeux, on amadoue, on fait un peu de casse. Alors, cette interview pour lequel on ne lui demande pas vraiment de mentir, c’est Ok, Drake.

Mais si la guerre était un nid de guêpes, le monde de la politique est celui d’un nid de serpents à sonnettes, tous plus violents les uns que les autres. Dans ce dernier roman, Iain Levison, comme à sa bonne habitude, nous tire le portrait d’une Amérique cynique et amorale où tous les coups sont permis pour asseoir son autorité ou pour travestir la vérité. Au moment où on mesure les dégâts d’un Trump et de ses magouilles, Iain Levison, avec son ironie mordante, réussit encore à secouer le cocotier de la folle Amérique !

A paraître le 5 avril!!!

Misérables! Michel Quint Éditions Phébus

Laurent Leprêtre a 35 ans. Dans son nouveau job, il enquête pour retrouver la trace d’héritiers d’assurance-vie. Son passé de divisionnaire dans la police a joué à l’embauche, c’est certain. Premier dossier: Henriette Benson, 90 ans, a souscrit une assurance-vie au profit d’un certain Freddy, 20 ans à l’époque, pour près de 600 000 francs le 15 juin 1981. Elle décède le 18. Un peu rapide l’héritage, sauf que personne ne sait ce qu’est devenu Freddy, disparu dans la nature. Laurent n’a plus qu’à prendre la direction de Calais, remonter les pendules de 2016 à 1981, fouiller les cimetières et sonder les âmes.

De l’élection de Mitterrand jusqu’à la jungle de Calais de 2016, entre la peur du communisme qui entre au gouvernement jusqu’aux yeux des migrants qui brillent comme ceux de lapins dans les phares des voitures, Michel Quint nous raconte bien plus qu’une histoire d’héritage. Il nous raconte une ville, le déclassement de ses habitants, la mutation d’une société, la peur de l’étranger, l’exaspération des petites gens et l’espérance du miracle pour ceux qui rêvent encore de l’Angleterre. On ne fait plus de dentelle à Calais, on survit avec sa petite retraite dans sa petite maison, alors, ressortir Henriette Benson, mon Dieu, mon pauv’ monsieur, c’est vieux tout ça.

Michel Quint est un peintre naturaliste qui nous entraîne avec brio sur les chemins escarpés d’un monde qui se rétrécit, se perd et se confond avec le gris des vagues de la mer du Nord. Mais, heureusement, il y a Sonia. Comment, je ne vous ai pas parlé de Sonia, il y a toujours un soleil dans les romans de Michel Quint!

My absolute darling Gabriel Tallent Gallmeister Éditions

Voilà un roman qui va marquer longtemps ceux qui l’ouvriront, ce genre de livre qui s’incruste en vous, dans chaque pore, dans chaque espace de votre cerveau, un livre qui vous poursuit comme rarement. Turtle est une jeune fille de 14 ans qui vit seule avec son père, bricole au collège où elle n’arrive à rien et se garde bien, enfermée dans sa coquille. Un quotidien de l’ordinaire pourrait-on dire s’il n’ y avait, en contre-champ, cette présence constante et étouffante des armes dans son univers.

La maison est un stand de tir et Turtle maîtrise tout autant le maniement des armes que le démontage et l’entretien. Il y a aussi son Grand-père qu’elle aime aller visiter et qui l’adore.

On va se rendre compte assez vite que la relation entre ce père machiavélique, à la fois érudit et pervers, est souillée par l »inceste, et le malaise du lecteur grandit. Aussi, quand Turtle rencontre deux garçons qu’elle sauve grâce à sa connaissance aigüe de la nature, son univers va commencer à basculer et ce combat entre l’amour et la haine de son père va la conduire à fuir.

Gabriel Tallent a cette grâce d’explorer les tourments de cette adolescente que l’on voudrait prendre dans ses bras afin de la protéger, tant ce qu’elle vit oscille entre le sombre et le noir absolu. Alors oui, on ne va pas le cacher, « My absolute Darling » fait partie de ces romans qui se méritent, qui nous arrachent à nos tranquillités, mais que l’on referme avec la merveilleuse pensée d’avoir lu un prodigieux roman.

Hélène

Power Play Mike Nicol Éditions du Seuil Cadre noir

On sait déjà tous que le polar sud-africain est redoutable, parce que tout simplement l’Afrique du Sud est redoutable, un pays rongé par la corruption aux plus hauts niveaux de l’État, mais pas que. Je pense même que les requins qui bouffent les surfeurs sont gangrenés par les gangs de South Soweto! On a lu « Zulu » de Caryl Ferey ou « le piège de Vernon » de Roger Smith, juste pour cette idée que ce pays est plus qu’un nid de frelons. On a lu Deon Meyer et les implications politiques qu’il dénonce ou André Brink, qui, dans un tout autre registre nous a peint la société sud-africaine du temps de l’apartheid tout en nous donnant les prémisses de celle qui existe aujourd’hui.

Et puis Carole, ma divine représentante Seuil, me balance dans les pattes ce « Power Play » de Mike Nicol. Elle me dit « tu verras, parfois les scies à ruban ont des propriétés étonnantes. »

Oui, j’ai vu, j’ai lu, j’ai pris un autobus en plein face, un roman d’une noirceur absolue où le moindre mica de la plage est recouvert de boue et de sang. Mike Nicol est journaliste et certainement un peu fouille merde et son livre est un coup de poing contre cette société sud-africaine qui préfère laisser les gangs se descendre entre eux, pour ensuite compter les points et régler leurs affaires mafieuses entre gens de meilleure compagnie.

On ne va pas se cacher les yeux comme la belle douairière, il y a dans ce roman toute la violence d’un pays qui n’arrive pas à devenir une démocratie, car les poisons latents de toute l’Afrique du Sud exsude de tous les pores des personnages de Mike Nicol. Roman fou, roman invraisemblable qui ne dit sans doute qu’une partie de la vérité de ce monde perdu sans doute pour de nombreuses années encore.

Les rois d’Islande Einar Mar Gundmundsson Éditions Zulma

Voulez-vous connaître l’histoire de l’Islande, du nord au sud et du sud à l’ouest? C’est très simple, il suffit de se rendre à Tangavik et de demander un Knudsen. A Tangavik, le Knudsen est une espèce invasive. On pense que le Knudsen a colonisé l’Islande, peu ou prou, puis a inventé l’Islande. Le Knudsen est de ces familles qui ont des choses à dire sur tout ce que fait l’Islandais, sur tout ce qui fait l’Islande, sa singularité, car le Knudsen a été de tous les combats. Ministre ou alcoolique ou les deux à la fois, ils ont fondé des conserveries et n’ont fini par ne rien conserver, car tel est le Knudsen, disons-le tout cru, le Knudsen pète parfois plus haut que son cul, et c’est à cela qu’on le reconnaît!

Autant vous dire que s’aventurer dans ce roman n’est pas une sinécure, simplement une odyssée, une plongée dans un monde que nous ne pouvons imaginer, tant l’imagination du romancier islandais est bien plus folle que celle de Christine Angot…

Bref, c’est 326 pages de bonheur brut, intense, cruel, mais terriblement salvateur!

Une assemblée de chacals S.Craig Zahler Éditions Gallmeister

Comment vous dire, on ne voit pas le temps passer, et pourtant celui-ci, avec sa couverture noire et ses corbeaux qui semblaient ne rien annoncer de bon, aurait dû, depuis longtemps m’obliger à l’ouvrir. Je crois que j’ai bien fait d’attendre le froid qui recouvre notre beau pays pour entamer la lecture de cette belle assemblée de chacals, car il faut avoir le sang froid pour se lancer dans ce western aussi tendu qu’une arbalète.

Il était une fois une bande de  vieux gangsters, rangés des armes, vies de familles tranquilles jusqu’au jour ou Jim, l’un des leurs, décide de se marier avec la sublime Béatrice. Tout le monde est invité au mariage, jusqu’à ce que surgisse du passé ce bon vieux Quinlan! Pas vraiment invité celui que la bande du « Gang du grand boxeur » a confié aux bons soins de torture des indiens Appanuqis.

Comme le disait Clint Eastwood, le monde est divisé en deux catégories, celui qui tient le fusil et celui qui creuse. Ici, chacun va creuser et chacun tiendra le fusil à tour de rôle. Vous dire que le mariage va se passer dans une grande sérénité serait vous mentir, car il y aura du sang, des larmes, des nœuds coulants, des balles dans tous les sens, des hameçons harponneurs, des cavalcades et des couronnes de clous. Je vous dis, de la dentelle de voyou jusqu’à n’en plus finir. Comment vous dire encore une fois, le genre de roman qui vous colle aux doigts, donc impossible à lâcher, dont l’amoralité ne fait que souligner que l’homme est bien le premier de ses prédateurs…