C’est bientôt la fête des pères!

Tout un été sans Facebook Romain Puértolas Editions Le Dilettante

Et ben voilà! Encore une fois, Romain Puértolas vient surprendre ses lecteurs là où je ne l’attendais pas! Et c’est certainement son meilleur roman, pour plein de raisons! Déjà le titre, si nous pouvions réussir à entraîner toute notre famille tout un été sans Facebook, cela permettrait certainement à énormément de gens de ne pas s’injurier comme ils le font en ce moment.

De plus (car il faut dire de plus, quand on n’a pas dit premièrement et qu’il y a plusieurs raisons,  car il faut pour çela que j’écrive cependant un peu plus tard, vous allez voir, ça passe comme une lettre à la poste, encore que la poste en ce moment…), donc de plus Romain Puértolas nous invente encore une fois des personnages improbables dont l’héroïne (non pas la drogue!) Agatha Crispies, formidable flic new-yorkaise de New-York (Colorado), pas celui qui fait vrombir les sirènes entre Manhattan et Long Island, mais celui du trou du cul du monde presque libre libre selon Donald, où pas un réseau ne passe et où, habituellement personne ne meurt, du moins de manière violente, genre steak haché dans une baignoire.

Agatha Crispies n’est-elle pas la plus à même de résoudre cet incroyable crime, surtout si la porte était fermée de l’intérieur… La suite vous le dira! Mais surtout là où encore une fois Romain Puértolas me bluffe, c’est qu’il réinvente une langue à la San-Antonio (mais celui du meilleur cru!) en s’affranchissant sans vergogne de tous les codes du roman policier (policier qu’il était il y a encore peu d’années!!!).

Aussi, débranchez vos ordinateurs, commandez des donuts en chocolat chez votre boulanger-pâtissier préféré et laissez-vous mener par le bout du nez par la rondelette Agatha Crispies, dont on dit que faire le tour en vaut la chandelle!

 » It’s This…or cluedo » disait Sherlock dans le chien des Baskerville! A vous de jouer!

En librairie le 4 mai!!!!

Cependant, ça y est je l’ai mis pour ceux qui ont suivi….

Comme un blues Anibal Malvar Editions Asphalte

Tout cela pourrait commencer par un long solo de trompette de Miles Davis, un cri qui viendrait déchirer la nuit sombre de Madrid, mais par sur la Plaza Mayor, mais beaucoup plus loin, dans la pluie galicienne. Quand Ania disparaît, c’est à l’ex de sa femme, Carlos Ovelar, qu’ Alberto Bastida va penser. Ancien des services secrets espagnols du temps de Franco, il a des réseaux dans tous les milieux. Mais ce qui attend Carlos va l’entraîner bien plus loin que ce qu’il imaginait au départ. C’est aussi en traversant toute l’histoire espagnole des cinquante dernières années que doit se lire ce polar glauque, où on boit et fume tout en ouvrant des valises pleines de secrets inavouables.

Si je devais vous prescrire un whisky, j’irais vers un Lagavulin 16 ans d’âge, bien tourbé, qui vous décalque la tête rien qu’en le reniflant, un de ceux chers à Jean-Claude Izzo dans sa trilogie marseillaise, car il y a aussi de ça chez Malvar, un pays à sentir, des êtres à aimer, des coups tordus, mais une immense empathie pour des personnages qui parlent parfois comme un Chandler des meilleures cuvées.

Seule dans Raqqa Hala Kodmani Les Equateurs

Saurons-nous un jour qui était Nissan Ibrahim, celle qui se cache derrière ce nom d’emprunt. Dans cette ville de Raqqa, Nissan, professeur de philosophie nous décrit le crépuscule d’un monde, celui d’un pays qui sombre dans le néant, dans l’horreur de l’islamisme. Sur sa page Facebook, elle dit ce qu’elle voit, ce qui la révolte, les décapitations, les hommes en croix, les bombardements, les enfants qui meurent de ne pouvoir être soignés. Elle nous raconte le quotidien de l’horreur sur terre, quand la folie de Bachar se conjugue à la cruauté de l’état islamique (je ne mets pas de majuscule à cette hypocrisie!). Nissan nous raconte son quotidien, avec un humour qui oscille entre le désespoir et l’exaltation, car il lui faut croire en un jour où toute la Syrie sera débarrassée de ces fous d’Allah. On la suit dans les ruelles, dans les ruines, dans l’enfermement de l’appartement de ses parents. Elle se sait condamnée, autant par le régime que par les fous d’Allah.

Nissan est cette Anne Frank du vingt et unième siècle, acculée, oppressée, cernée, et c’est donnée par un de ses cousins qu’elle finira sous la mitraille. Ces derniers mots seront: « Ces jours-ci, je pense au repos, à la paix, à la sécurité, à la tranquillité. Peut-être les rencontrerai-je un jour, par hasard! »

Tu peux reposer en paix Nissan, Hala Kodmani a mis en mots plus que tous tes espoirs, elle y a imprimé le sceau de ta vie.

Comment va la douleur Pascal Garnier Editions Zulma

On ne fait jamais assez attention aux livres que l’on emmène prendre l’air sur une île bretonne. Je ne sais pas pourquoi, mais ce Pascal Garnier ci, allez-savoir pourquoi, je ne l’avais jamais lu… Erreur de premier communiant!

Petit bijou de méchanceté et d’amoralité, Pascal Garnier nous trimballe de Vals, petite station thermale où arrive Simon, éradicateur en tous genres (genre pistolet à silencieux!), où vit Bernard, un imbécile total, fils d’Anaïs, adepte du Négrita haute dose, où débarque Fiona, petite sotte et sa fille Violette, à l’intestin colérique. Tout ce beau monde va jouer la comédie humaine, telle qu’elle se pratique sous nos contrées, violente, avec un luxe de préciosité et de bouffonnerie qui confine au sublime! Dans son style délicat, Pascal Garnier m’a encore une fois confirmé qu’il nous manque encore un peu plus depuis sa disparition en 2010!

Heurs et malheurs du sous majordome Minor Patrick de Witt Actes Sud

C’est à l’âge de 17 ans que Lucien Minor, dit Lucy, va travailler au château Von Aux, bien éloigné de son village où plus rien ne le retient, bien au contraire. Il arrive dans un lieu qui semble loin de tout, un château sinistre surplombant un village très pauvre.C’est là qu’il va rencontrer Klara dont il tombe éperdument amoureux, après s’être fait détroussé par le père de cette dernière, un chapardeur professionnel. Ici, la vie semble arrêtée, les habitants attendent on ne sait quoi, Lucy n’est guère occupé sinon à visiter les lieux. Il séduit Klara et tous deux mènent une vie tranquille, bien que modeste, mais soudain, tout s’accélère avec le retour au château de la baronne et du bel Adolphus, concurrent sérieux pour le cœur de la belle Klara. Dans ce monde fantasmagorique, impossible à dater dans le temps et dans l’espace, où chaque nouveau personnage semble sortir du chapeau d’Alice, rien ne va plus pour Lucy, frère jumeau d’un Candide qui va s’en sortir grâce à son intelligence, son pragmatisme et l’amour de de sa chère Klara. Comédie grinçante tout autant que conte cruel, Patrick de Witt nous entraîne dans un monde étonnant, une évasion complète qui finit par nous faire un bien fou!!!

Hélène

Les marches de l’Amérique Lance Weller Editions Gallmeister

Ils avancent, eux c’est Tom et Pigsmeat et Flora, évidemment. Tom a tué le père, Pigsmeat la mère, quant à Flora, la quarteronne ou l’octavonne, elle n’a que sa beauté à trimballer. Ils avancent vers un nulle part, dans cette Amérique qui n’a pas encore de nom, où chaque état est une parcelle de ces États-Unis qui n’ont rien d’unis. Dans les plaines, dans les montagnes, dans les déserts, c’est un monde qui se construit entre le bruit de colts et le feulement des scalps qui s’arrachent. Tous les trois, ils traversent le pays dans leur chariot, avec le cadavre de celui qui était le maître de Flora. C’est un roman de sang, un long chemin qui nous mène dans ces années où rien ne pouvait s’écrire sinon dans le bruit des armes. Lance Weller a cette magie d’une écriture âpre, qui vous saisit à la gorge et ne vous lâche pas un seul instant. Il ne nous parle pas de héros, mais de simples humains qui traversent l’extraordinaire d’un monde qui tarde à naître. C’est dans la folie des hommes, dans cette outrance de mort que s’est faite l’Amérique, dans ce déluge de feu que vont traverser nos trois héros bien malgré eux. Chacun aura son histoire, chacun aura son propre chemin, celui qui doit les mener vers l’Ouest, vers cet Eldorado magnifié. Encore faut-il.. mais que faut-il quand la sauvagerie n’est que le dernier mot d’une balle en pleine tête? Ici, il n’y aura pas de vainqueurs, on le sait dès le commencement, on espère, mais on ne se berce pas d’illusions. Ici le vent, les balles, les scalps accrochés aux ceintures, quand vient la nuit, la seule illusion est de se réveiller vivant…