Danser les ombres Laurent Gaudé Actes Sud

gaudé  Nous sommes à Port-au-Prince en Haïti il y a cinq ans. Dans cette ville colorée et vivante revient Lucine, jeune femme qui a dû quitter la ville il y a quelques années pour s’occuper de ses neveux. Elle retrouve rapidement ses marques et tous ses souvenirs affluent. Logée à Fessou, cet ancien bordel où elle rencontre une bande d’amis de longue date avec qui elle va partager discussions sans fin, parties de dominos homériques, récits et  où, finalement, elle rencontre l’homme de sa vie.

Le lendemain, le gouffre du tremblement de terre fait tout basculer en trente-cinq secondes. Laurent Gaudé nous donne à voir ces moments avec une précision qui fait que nous devenons Haïtiens. Nous vivons le cauchemar avec tous les personnages. Alors, en mélangeant les vivants et les morts, en leur donnant la parole, on comprend le parti pris du romancier, car ce qui reste quand tout est tombé, quand tout est écroulé, il reste la parole de ceux qui sont encore debout et celle qui remonte des décombres, celle des morts qui renaît dans la bouche du monde.

Un magnifique hommage à cette île balafrée et à tous ses habitants.

Hélène

Kinderzimmer Valentine Goby Actes Sud

goby  Comment vous dire ce livre, comment vous donner envie de plonger dans l’horreur de Ravensbrück, en suivant les pas de Mila, déportée politique, gamine de vingt-deux ans, enceinte dans cette endroit où toute vie est niée, écorchée, décharnée.

Né d’une rencontre avec un homme de 65 ans, que Valentine Goby ne pouvait imaginer être sorti vivant de cet enfer sur terre, ce bouleversant roman est d’une irréelle et sourde beauté, de cette idée que la vie doit toujours être envisagée, même dans l’extrémité d’un camp de concentration. Si Mila n’avait pas rencontré Teresa, la franco-polonaise, aurait-elle eu cette folie qui n’était que de rester en vie.

Ensuite, il y aura l’enfant né dans cet hiver de 1944, et cette Kinderzimmer tellement impensable, pratiquement collée aux crématoires.

Valentine Goby a su trouver les mots pour décrire ce qu’elle n’a pas vécu, pour décrire ce que les rescapés n’ont pas su dire en sortant des camps, car on ne pouvait les entendre. Alors que les voix s’éteignent, près de soixante-dix ans après, ce roman résonne avec autant plus d’ampleur. Exceptionnel!