Turbulences David Szalay Éditions Albin Michel

Levez le nez au ciel en ce moment, et dites-moi si cela ressemble à la couverture du roman de David Szalay? Plus vraiment, ça c’était l’ancien monde, celui qui  nous connectait dans des hubs gigantesques, où nous traversions les continents dans les turbulences et l’air confiné (joke!) et pressurisé des carlingues.

Douze destinations comme autant de chapitres, avec les deux codes aéroport. Un départ, une arrivée et dans ces avions, une forme de jeu du cadavre exquis. Un personnage rencontre un autre personnage, qui sera le principal personnage du chapitre suivant.

Ce petit roman tout en nuances, où il ne se passe pas grand chose, sauf des vies qui se perdent, des mensonges qui aident à vivre, un fils qui vole son père et d’autres encore, cela nous raconte d’une manière particulièrement acérée toutes nos turpitudes humaines, celles qui volent en éclat aujourd’hui.

C’est un véritable petit bijou à détricoter les destins.

Turbulences a paru le 26 février 2020 jour des Cendres et sera disponible à la librairie à la Saint Glinglin!

Et surtout ne le commandez pas sur Amazon, vous pourriez entraîner deux ou trois Covid-19 par votre attitude!

Beautiful Boy Tom Barbash Éditions Albin Michel

Anton Winter a 23 ans et il vient de rentrer à New-York. Il vient de passer une année en Afrique où il a failli mourir d’une forme aiguë de paludisme. Il retourne vivre chez ses parents, dans le fameux Dakota Building, qui domine Central Park. Son père Buddy a eu son heure de gloire à la télévision dans une de ces émissions de soirée où un animateur interviewe des célébrités du moment. Mais Buddy a craqué en direct, il a fui. Deux ans après, les finances filent comme le sable entre les doigts. Buddy demande à Anton de l’aider à remonter sur scène, retrouver les plateaux.

Dans ce New-York de la fin des années 70, sale, dangereux, où les clubs voient se croiser des faunes étranges et bigarrées, où la pulsion de la nuit transpire ses odeurs de cocaïne, de poppers et de LSD, Anton essaye de se frayer son propre chemin à l’ombre tutélaire de ce père tombé de son piédestal. Et quand on a un certain John Lennon comme voisin de palier, cela peut-il influer sur le destin de Buddy?

Tom Barbash nous donne ici un magnifique roman sur sa ville, sur les ambitions qu’elle peut décupler, sur l’illusion de la célébrité. Il suffit parfois de croiser la mauvaise personne au mauvais moment, même au pied du Dakota Building pour que le reste d’une vie soit bouleversée.

C’est étrange de vous parler de ce roman de Tom Barbash, qui est un tel cri d’amour pour New-York, cette ville où meurent aujourd’hui tant de gens, cette ville qui habituellement dégage une telle pulsion de vie, mais aussi ce New-York disparu des années 70, qui s’est débarrassé de toute sa population la plus pauvre pour la rejeter dans de lointaines banlieues.

Beautiful Boy devait sortir le 2 avril 2020, jour de la Sainte Sandrine, est reporté au 2 mai, jour de la Saint Boris, en espérant que ce ne soit repoussé à la Saint Glinglin.

Et surtout ne le commandez pas sur Amazon, vous pourriez entraîner deux ou trois Covid-19 par votre attitude!

Le malheur du bas. Inès Bayard . Editions Albin Michel (parution le 22 août)

Marie a 32 ans, une vie bien remplie , un travail intéressant, un mari aimant et un appartement dans le XVe arrondissement de Paris. Tout, en apparence, lui sourit. Seulement voilà Marie a décidé de mourir et d’entrainer avec elle mari et enfant car elle souffre , un mal profond , insupportable qui s’est ancré en elle depuis déjà presque deux ans, l’âge de son fils. Tout son être s’est brisé comme une poupée de porcelaine le jour ou son supérieur hiérarchique a violemment abusé d’elle. Depuis son monde s’est écroulé et Marie a sombré dans une dépression sourde et violente. Car ce viol elle ne veut en parler à personne, elle garde ça au fond d’elle même pour garder aux yeux des autres l’apparence d’un bonheur factice. Un premier roman étouffant, oppressant, dur mais d’une telle intensité et d’une telle humanité qu’on ne peut le lâcher. C’est une lecture difficile, dérangeante mais Inès Bayard réussit la prouesse de ne pas entrer dans le pathos si la plainte. Marie est humaine, douloureusement humaine, tout simplement. On n’en sort pas indemne.

Maëla

En sacrifice à Moloch Asa Larsson Albin Michel

Tout commence par une chasse à l’ours. Un ours qui recèle dans sa panse des restes humains. Tout continue par une femme criblée de coups de fourche avec PUTAIN écrit en lettres noires au-dessus du lit et un enfant disparu. Dans cette région de Laponie, en quelques mois, tout bascule pour Rebecka Martinnson. Quand elle s’apercevra que les deux morts étaient père et fille, elle sait déjà qu’il  lui faudra fouiller dans des secrets enfouis depuis longtemps dans les glaces du siècle dernier, car tout ceci n’a-t-il pas commencé le 15 avril 1914, quand la belle Elina Pettersson est descendue du train de Stockholm pour enseigner aux enfants de Kiruna. Avec son art de la construction, Åsa Larrson nous entraîne à la poursuite d’un passé de violences ourdies, de rancœurs  tues, où le gel fait taire les paroles et assèche  les cœurs. Rebecka devra mettre sa vie en jeu pour ne pas avoir à sacrifier à l’autel de Moloch le dernier survivant.

Implacable!

Le courage qu’il faut aux rivières Emmanuelle Favier Albin Michel

Encore un des romans de la rentrée littéraire qui te tient aux tripes! Magnifiques personnages dans des paysages et des histoires qui bringuebalent, en trompe l’œil, celui qui dit n’est pas celui qui est pour qui croit. La puissance des traditions et leur propre violence sourde, qui n’a pas de nom, car ici les noms changent ou s’échangent au gré du temps. Et ces amours incertains qui se découvrent par delà les vêtements qui glissent comme autant d’offrandes. Un roman écrit sur un simple fil qui jamais ne rompt, car l’essentiel de la vie ne peut s’échapper!

Une mort qui en vaut la peine Donald Ray Pollock Albin Michel

pollockAprès « le diable tout le temps », Donald Ray Pollock a pris son temps. Mais on ne le regrette pas, car une fois que vous avez le malheur de mettre votre nez dans son nouveau roman, vous voici happé par une nouvelle galerie de personnages incroyables.

1917, c’est la guerre en Europe, mais ici, aux limites de la Georgie et de l’Alabama, on n’entend pas le fracas des bombes. Pour les trois frères Jewett, la mort de leur père, Pearl, paysan exproprié et fou de Dieu, sera l’occasion de quitter le trou perdu où ils vivent. Cane, le moins bête des trois, a toujours lu aux deux autres Chimney, obsédé sexuel, et Cob, retardé mental, un roman de gare sur les tribulations d’un certain Bloody Bill Bucket et entreprend donc de suivre les pas de son héros en se transformant en pilleurs de banque. Sur leur route, ils enchaînent les méfaits, mais on leur en prête bien d’autres qu’ils n’ont pas commis. Devenant ainsi le gang Jewett, ils tentent de disparaître dans la nature en remontant vers le Nord. Et là où Pollock est malin, c’est qu’il met sur le chemin des trois frères toute une galerie de personnages secondaires épiques, Jasper et son énorme sexe, le lieutenant Bovard, homosexuel refoulé, le bordel de La grange aux putes, Sugar, le seul noir à chapeau melon, Ellsworth et Eula, un couple de paysans ruinés qui se débattent contre l’infortune qui régit leurs vies. Et comme un fil qui se tisse, tout ce beau monde va se retrouver du côté de Meade, bled paumé sur la route du Canada où les destins vont se croiser, se déchirer pour finir par exploser dans un méchant rictus. Absolument addictif, la fuite des frères Jewett sonne le crépuscule du western pour nous faire entrer dans un monde moderne où le pouvoir des flingues continue de mener la danse!

Olivier Bleys, Discours d’un arbre sur la fragilité des hommes, Albin Michel

bleysUn arbre sans racines ?
Qu’est-ce qu’un arbre contre la cruauté de notre société, surtout quand il s’agit de cette société chinoise devenue folle ?
Connaissez-vous le Sumac, l’arbre à laque, celle qu’on puise dans la sève de l’arbre en l’incisant. Il en est un dernier sur le misérable terrain des Zhang, à Shenayng, dans la province du Liaoning. Ce terrain, Wei veut l’acheter, car sous l’arbre repose les parents de Wei. Aussi, Yuan après yuan, année après année, la famille a mis l’argent de côté. Il va bientôt être temps d’aller à la rencontre du propriétaire qui s’est engagé il y a longtemps à accepter de se séparer de ce lopin de terre inexploitable. Mais quand on va découvrir du Terbium dans le sous-sol, une de ces terres rares dont sont friandes les nouvelles technologies, que vaudra la parole d’un homme contre les tractopelles qui creusent le sol ? Olivier Bleys tisse un roman aux teintes douces quand les Zhang évoquent leur terre, leur maison, leurs vies, mais il donne aussi à voir la brutalité de cette Chine à la gueule avide, prête à tout écraser pour assouvir sa soif inextinguible de capitaux. D’une poésie toute asiatique, cette nouvelle écriture d’un pot de terre contre un pot de fer tient aussi par une pirouette finale toute taoïste. Hou-Chi reposera en paix, n’est-ce pas là l’essentiel…

La brigade du rire Gérard Mordillat Albin Michel

mordillatOn connaît Mordillat et son amour du capitalisme échevelé. Dans ce nouveau roman, sept anciens copains se retrouvent au bout de trente ans. Mais il en manque un. Bob est mort.
Bob s’est suicidé. Le responsable de sa mort, c’est Pierre Ramut, un éditorialiste qui déteste les ouvriers français et ne jure que par la Chine. Nos compères décident de l’enlever et de le faire bosser comme un Chinois, dans la cave d’un Bunker, à faire des trous dans une pièce de duralumin. Au début, Ramut renâcle, mais finalement il augmente la cadence et bat des records de productivité.
Mais l’enlèvement va avoir des conséquences sur leurs propres vies qui vacillent. Pendant que Ramut perce ses pièces, eux perdent des illusions. Les rapports de force s’inversent. Du noir et blanc, postulat de départ, on passe par des zones de gris. C’est drôle et tendre, les dialogues sont percutants, les personnages sont attachants, surtout quand les carapaces s’effritent et que les situations s’enchaînent. Dans cette satire de notre société aveuglée par l’argent, c’est l’intérêt de la caricature d’appuyer le trait là où ça fait mal. Bref, un roman qui ravira les fans de Mordillat, car ils y retrouveront le goût de « Vive la Sociale », mais dans une veine ironique et en taille douce à la fois. Et surtout ne lisez l’épilogue qu’à la fin, il est tellement savoureux…

La neige noire Paul Lynch Albin Michel

lynch C’est par un embrasement que tout commence. Le feu dévaste, avale la grange et les animaux. Un homme aussi. Barnabas était revenu chez lui, dans le Donegal, après avoir connu l’Amérique. Mais c’était ici, sur la terre de ses ancêtres qu’il voulait construire sa vie et bâtir une famille solide. Dans cette après seconde guerre mondiale, la campagne est pauvre et il est difficile d’y gagner son pain. Qu’importe, Barnabas va reconstruire, pierre après pierre, son écurie, il ira chercher celles qui lui manquent dans ces hameaux désertés depuis la famine. Mais l’hostilité des gens du pays va gronder. Il n’est pas vraiment d’ici, l’a-t-il-jamais été? Dans cette Irlande repliée sur elle-même, Barnabas va devoir faire ses preuves, affronter autant les villageois que la rudesse du climat. Paul Lynch, qui nous avait déjà donné avec « Un ciel rouge, le matin » un magnifique roman sur son Irlande, récidive ici avec une écriture d’une force incroyable sur cette envie du retour au pays, sachant que le prix à payer est peut-être plus grand que celui de la vie.

Sortie le 19 août!

Mon bébé croco Gaëtan Dorémus Albin Michel

CROCO Un vieux crocodile découvre, un matin, ce qu’il croit être un bébé croco. C’est en fait un enfant chevalier dans son armure! Il est évanoui et notre croco décide de s’occuper de lui! Il le baigne, lui apprend à chasser, lui offre un doudou (un poisson vivant!), le nourrit. Le petit garçon finit par s’endormir. Son nouveau protecteur s’attache à lui, même si certaines de ses réactions sont bien étranges. Au matin, il enlève sa « peau »pour aller dans l’eau. Le croco en est tout étonné: « Mais c’est un…? petit garçon! » Hé bien, qu’à cela ne tienne, il deviendra son ami pour toujours! A son tour, le petit garçon s’étonne qu’il ne le mange pas. Va naître alors une grande et belle amitié. Ils ne cessent de jouer, mais, malgré tout, une certaine méfiance s’installe entre eux, car il est difficile de rester amis quand tout nous différencie.

Gaëtan Dorémus réussit un album d’une grande densité, tant sur le plan du texte, très enlevé, que du dessin, entraînant le lecteur dans une suite de questionnements. A partir de 5 ans.

Hélène