Puerto Apache Juan Martini Editions Asphalte

puertoPuerto Apache est une enclave, un bouton sur le nez de la belle Buenos Aires, un bidonville autogéré dans cette période de crise de la fin des années 90. C’est ici que vit le Rat. Mais au début du roman, Le Rat se fait rouer de coups par des petites frappes. Le Rat n’a rien fait, son boulot, c’est de retenir des chiffres que lui dit un type et de les réciter à un autre type. A part ça, il picole un peu, a une femme qu’il ne sait pas trop aimer, deux gosses tombés du nid on ne sait comment. La vie est simple pour le Rat.

Le Rat va s’en sortir du passage à tabac. Et la seule chose qui va l’intéresser, c’est de savoir quel est le salopard qui l’a ordonné. Il suffit de se promener, ouvrir des portes, délier des langues, raconter sa vie, son vieux, la belle Maru, Cuper et tant d’autres personnages hauts en couleurs qui peuplent autant le roman que le bidonville. Puerto Apache est un hommage aux exclus, à ceux qui ne vivent pas dans les beaux quartiers, mais qui pourtant optimise un peu tout. Il y a de la joie à Puerto Apache, de l’amour qui s’enfuit, des flingues dans les poches, de la coke jusque dans les culottes des filles et des filles qui n’en sont pas vraiment. C’est un patchwork de mondes, c’est le récit cruel et enamouré d’un auteur pour le peuple qui revendique lui-même d’être « un problème du XXIème siècle ». Bref, c’est à lire absolument!

Nid de vipères Edyr Augusto Asphalte éditions

edyr Je vous ai déjà parlé des précédents romans d’Edyr Augusto, cette nouvelle voix qui nous vient du Brésil et nous raconte du noir de chez noir, celui qui strie les corps, qui arrache les dents, qui montre la corruption comme un point noir sur le nez de la plus belle des filles du monde… Ici, la plus belle des filles s’appelle Isabela Pastri. Elle a décidé d’aller dans la pire des vengeances, celle qui s’inscrit dans le corps, celle qu’il faut aller chercher avec cette évidence qu’au bout du chemin, il n’y aura pas vraiment de porte ouverte, car ici, tout se paye, tout se monnaye, tout n’est que violence et blanchiment. Dans un texte où tout est haché, avec cette écriture qui ressemble aux pages de journaux bon marché, Edyr Augusto nous emmène loin, très loin, dans cet abyme où Isabela a choisi de se perdre. Il y a cette urgence à dire et à écrire pour Augusto ce Brésil qu’il aime, mais dont il ne sait finalement que faire. C’est un texte qui se lit le souffle coupé, les yeux comme des balles qui inventent le corps d’Isabela, une langue qui reste sèche quand le dernier avion s’envole, avec le silence des morts.