Ör Audur Ava Ólafsdottir Editions Zulma

Est-ce l’histoire d’un homme ou celle de l’humanité que Audur Ava vient ici d’écrire? Mais celle d’une humanité glorieuse, celle qui répare, avec une perceuse et trois bouts de scotchs tout ce que les autres hommes se sont acharnés à détruire. Dans ce nouveau roman, qui est à coup sûr le plus beau, elle nous bouscule dans toutes nos certitudes en empruntant la voix de Jonas, célibataire divorcé, entouré de ses trois Gudrun, sa mère, sa fille, son ex. Désabusé de son existence sans saveur, il va partir dans un autre bout du monde, ravagé par la guerre avec une seule idée en tête. Et je ne vous dirai pas laquelle!

Dans l’hôtel où il arrive, la plomberie est défaillante, les portes grincent, les mines encombrent les jardins et les champs et estropient les rares habitants qui restent, ceux qui ne sont pas passés par les armes. Dans cette ville qui n’en est plus une, Jonas va rencontrer May, et son fils Adam, devenu sourd à cause des bombes, et Fifi, le frère de May qui gèrent tant bien que mal l’hôtel.

Et c’est dans cette ville arrêtée, dans un cessez le feu incertain, Jonas va devoir se rendre utile. Il commence par la douche, et chaque petite réparation devient une fleur dans les gravats. Alors, chaque personnage commence à se dévoiler, à ouvrir ses portes et fenêtres bloquées par la guerre. Le roman prend alors une ampleur incroyable, se libère et nous libère de l’oppression. Jonas va oublier pourquoi il était venu ici, un peu comme Arnljotur dans « Rosa Candida », et fera finalement ce qu’il n’avait absolument pas voulu faire. Roman intense, d’une finesse d’écriture remarquable, Audur Ava Olafsdottir nous transporte encore une fois dans ses mondes qui n’ont pas de nom, sauf peut-être celui de Ör qui veut dire cicatrices en Islandais, celles que Jonas vient panser avec cette inadvertance qui sied aux hommes de bontés.

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Le rouge vif de la rhubarbe Audur Ava Olafsdottir Zulma Editions

LaSolutionEsquimauAWC’est le tout premier roman d’Audur Ava Olafsdottir que les Editions Zulma nous confient en cette rentrée littéraire. Si je dis bien confier, c’est parce que c’est un roman fragile, tout comme son héroïne, la douce Agustina. Née à l’arrière d’une voiture brinquebalante d’une mère extravagante et d’un père inconnu, Agustina se perd dans les paysages sublimés de l’islande, Agustina rêve, aidée en cela par Vermandur, ce père qu’elle n’a pas eu. Avec ses jambes de coton, elle sait qu’elle ne peut rêver qu’à ses limites, mais n’est-il pas vrai que lorsque qu’on ne sait pas qu’une chose est impossible, on peut la réaliser. Encore une fois, Audur Ava Olafsdottir nous enchante avec un roman lunaire et magique où chaque personnage recèle en lui cette petite lumière de folie qui, non seulement nous fait sourire, mais nous entraîne bien plus loin que l’on aurait pu penser.

Comme une goutte de rosée, ce roman est fragile, transparent et délicat. Prenez garde à ce qu’il ne vous échappe…