La fabrique des salauds Chris Kraus Éditions Belfond

C’est un roman hors-norme que cette fabrique des salauds, non seulement par son nombre de pages, 886 !, mais aussi par ce qu’il raconte, la confession de Koja Solm, architecte raté, devenu meurtrier de masse chez les SS, puis retourné par la CIA et le Mossad israëlien.

Dans cette chronique familiale, Koja raconte sa jeunesse en Lettonie à Basti, un hippie qui partage sa chambre d’hopital,  son frère Hubert, sa demi-sœur Ev, juive adoptée.  Quand la guerre arrive, c’est, à le croire, par la plus grande des inadvertances qu’il va se retrouver dans la SS.

Le plus étonnant dans ce roman, c’est qu’on se laisse prendre au jeu que joue Koja, tentant de minimiser l’atrocité de ses actes, à l’instar de tous ces nazis qui, après- guerre, ont réussi à se disculper de leurs responsabilités, parce que c’était la guerre… Voilà tout.

On a souvent dit que si Hitler n’avait pas été un peintre raté, la face du monde en eût été changée. Koja et Hub sont aussi des ratés, architecte ou pasteur, et c’est dans la folie de la guerre qu’ils vont devenir ces salauds intégraux, qui ne feront qu’exécuter des ordres, sans la moindre once de regret, comme si c’était la normalité de l’instant qui s’imposait à toute morale.

Quand on finit par apprendre que l’auteur ne fait que nous relater l’histoire de son grand-père adoré, les sueurs froides qui coulaient depuis longtemps dans votre dos se transforment en glace.

Lait de Tigre Stéfanie de Velasco Belfond

laitRoman d’apprentissage, roman d’amitié, roman de révolte aussi, Lait de tigre est tout cela à la fois, mais c’est avant tout l’histoire d’une jeunesse désenchantée qui cherche dans les risques (drogue, alcool, sexe….) un sens à sa vie.
On suit, le temps d’un été, dans une banlieue pauvre de Berlin l’histoire de deux jeunes filles de quatorze ans, Nini et Jameelah dont l’amitié semble indestructible. Toutes deux ont grandi ensemble et ont créé au fil des ans une amitié forte et fusionnelle.
Mais, cet été là, elles sont témoins toutes deux d’un drame qui pourrait mettre à mal leur amitié, un crime d’honneur qui ébranlera à tout jamais les habitants de ce quartier ou se côtoient toutes les nationalités.
Stefanie de Velasco a réussi la prouesse de donner un brin de fraîcheur malgré la noirceur apparente de l’histoire. Ces deux gamines perdues se rattachent l’une à l’autre et affrontent, chacune à leur manière, les épreuves tout en gardant une part d’enfance .
Un régal de lecture, un de ces livres qui donne envie de se précipiter dans son fauteuil pour retrouver ces deux copines pour lesquelles le lecteur ne peut s’empêcher de ressentir une grande affection.

Maëla

Nous ne sommes pas nous-mêmes Matthew Thomas Belfond

thomas Ce premier roman de Matthew Thomas retrace, sur une soixantaine d’années, la vie d’Eileen Leary, femme ambitieuse, bouleversante et inoubliable, dans une Amérique d’après-guerre en pleine mutation. Née de parents irlandais, Eileen est fille unique. Son père, routier, barman à l’occasion, est très estimé dans son quartier du Queen’s. Sa mère, femme de ménage, mélancolique et dépressive se réfugie dans le whisky. Très jeune, Eileen se retrouve confrontée à des situations difficiles, mais elle a son rêve: ne jamais renoncer et viser toujours plus haut pour avoir, un jour, une belle maison dans les beaux quartiers et quitter cette vie misérable du Queens. Elle étudie, devient infirmière, rencontre Ed, enseignant et brillant chercheur. Quand elle l’épouse, elle a de l’ambition pour deux. Mais Ed ne la suit pas, il refuse des postes prestigieux. Malgré la naissance de Connell, leur fils, Ed se renferme sur lui-même et ne s’intéresse plus aux projets d’Eileen. Aigrie, agressive, acceptant également mal le métissage de son quartier, elle songe même à divorcer. mais tout va basculer quand la maladie d’Alzheimer frappe Ed à 50 ans. Eileen voit tous ses rêves s’évanouir. C’est à un autre combat qu’elle va s’atteler et elle trouvera la force pour le soutenir dans cette épreuve, faire face au manque d’argent et à la déchéance inéluctable de son mari, aussi enfin, pour aider Connell qui n’accepte pas la maladie de son père. Magnifique premier roman avec ce personnage inoubliable d’ Eileen!

Monique