La femme qui avait perdu son âme Bob Shacochis Gallmeister

couv rivireJe reviens d’un autre monde. J’ai déposé un temps ma vie entre les mains de Bob Schacochis, ou plutôt, il m’a attrapé par la main, m’a dit débrouille-toi avec ça, tu vas voir, tu vas tomber amoureux d’elle, mais ça je ne pouvais pas le prévoir au départ. Dottie, Renee, Jackie ou Dorothy, elle est une et elle est toutes. Cette femme qui a perdu son âme ne saura jamais, à quel moment de son existence, tout le sable qui fait la vie l’a fui. J’ai envie de l’appeler Dottie, c’est comme ça que je l’aurais enroulé de mes bras, lui aurais dit des mots doux, l’aurais empêchée de battre le monde, serais parti en Haïti afin qu’elle ne meure pas, l’aurais retrouvée sur Le Bosphore, aurais parcouru la planète pour qu’elle enlève son bikini orange. Mais les requins veillaient, les mondes s’écroulaient et Dottie dansait sur son fil, cherchant dans le monde d’une nuit sans fin, comment échapper à un destin inscrit dans les brûlures de l’âme de son père, son Démiurge, son âme damnée. Ils vont tous essayer de la sauver, la rattraper, la baiser, et Dottie se fera fée et sorcière, elle sera petite fille et belle salope, elle dansera le « vodou » et capturera les esprits. Qu’ils s’appellent Harrington ou Burnette, chacun à sa façon va tenter de ramener Dottie à la vie, mais dans ce maelström d’une pièce en cinq actes, comme autant de chapitres qui nous renvoient de la Croatie de 1944 à celle de 1996, en passant par l’Afghanistan, le Yémen, tous ceux qui veulent la sauver ne sont finalement que les bras armés de démocraties pourries qui n’ont de cesse de faire et défaire des dictatures, de plonger les mains dans la merde du monde, celle qui se cache, et encore pas trop, ces agences sans nom, sans frontons sur les places mais qui manipulent tous les grands de ce monde.
Jusqu’à ce jour, j’avais un livre référence dans ce domaine du roman de génération, « Les nus et les morts » de Norman Mailer pour le vingtième siècle, désormais, je tiens le roman choral d’un monde en bascule du vingt et unième siècle, un livre d’une puissance rare, qui vous colle à votre fauteuil, vous entraîne jusqu’aux plus bas-fonds du monde, tel qu’on croit le connaître.
Alors vous me direz huit cents pages, et je vais vous dire oui, il y a un prix à payer pour aller gratter toutes les plaies vives et purulentes de cette planète folle, elles y sont dans ce grand roman fou, brutal, nécessaire, exemplaire. Plongez !

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