L’arbre monde Richard Powers Éditions du Cherche-Midi

Voilà dix jours que j’ai entrepris le voyage de Richard Powers et de son arbre monde. Dix jours, autant dire une éternité au regard de la vitesse de l’information qui circule dans les tuyaux toujours plus rapides des réseaux connectés, de l’information sous pression, des data center qui engrangent tout ce qu’ils peuvent sur nous, vous, rien. Dix jours qui ne sont rien dans la vie de l’arbre…

Il a suffi d’une graine, la primordiale, celle qui a engendré toutes les racines de l’arbre monde, car bien avant que les hommes ne créent leurs propres réseaux si imparfaits, les arbres avaient déjà résolu bien plus que l’humanité ne fera jamais. Tout est une question de temps, et l’arbre a une temporalité qui ne ressemble à rien d’autre sur la Terre. Elle se moque de nous pauvres terriens engoncés dans notre petite centaine d’années tout au mieux.

C’est un voyage troublant, un arrêt sur l’éternité, une envie de rejoindre la forêt et de se serrer  très fort contre un frêne, d’en éprouver les vibrations, d’imaginer que sous terre ses racines sont plus du double des branches qui battent l’air.

C’est un roman sur des hommes et des femmes qui apprennent le temps long de l’arbre, la puissance de sa résilience, sa capacité à renaître, à sortir  là où on ne l’attend pas, là où ces hommes et ces femmes vont se lever contre la folie furieuse de ceux qui massacrent la planète pour un gain de court terme. Il n’y a rien de pire que celui qui ne sait pas, et ici, ceux qui savent vont y laisser leur peau, leur liberté, leur raison, mais ne vaut-il pas mieux être emprisonné pour ses idées qu’être libre en ayant trahi ?

C’est un roman qui ne s’apprivoise pas, il faut y grimper pas à pas, écarter les branches, chercher la lumière sous la canopée, et prendre surtout le temps des mots et des feuilles, celles des arbres, celles du livre, sans jamais perdre l’idée que nous ne sommes rien dans l’immensité de la vie des arbres, des géants aux pieds d’argile quand ils sont les véritables maîtres de notre humanité et de notre survie.

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Tout sur mon chien de Alejandro PALOMAS

A priori un livre sur un chien ne m’attire pas forcément, je suis plutôt chat.

Mais lorsque c’est Alejandro Palomas qui reprend les personnages de la famille de son premier roman traduit en français, « une mère », ma curiosité est attisée. Et effectivement je ne l’ai plus lâché.

Le chien de Fer, (diminutif de Fernando) vient de se faire renverser, plongeant celui-ci dans le plus grand désarroi. Mais Amalia, sa mère, est là auprès de lui, dans l’attente de nouvelles, veillant sur lui, toujours aussi gaffeuse. Et chapitre après chapitre, l’auteur nous raconte la famille, ses liens, ses déboires, ses coups de gueule, la vie . Il a l’art de décortiquer les liens qui unissent cette mère si fantasque à ses trois enfants.

C’est une comédie, mais c’est aussi tendre et chantant comme la belle langue ibérique.

Hélène.

L’incroyable histoire de Wheeler Burden Editions du Cherche Midi

wheeler  Quoi de neuf dans le domaine de l’uchronie? Eh bien ce formidable et rafraîchissant roman de Selden Edwards qui nous fait passer de 1988 à 1897, année où Wheeler Burden, star du rock des années 70 se retrouve propulsé en moins de temps qu’il n’en faut à un Prussien pour dire « Ja, Klar! ». C’est toujours gênant de se retrouver dans une ville comme Vienne à l’aube du vingtième siècle. Heureusement, il avait eu comme professeur d’Allemand un certain Esterhazy qui décrétait que « connaître la Vienne de fin de siècle permet de comprendre l’histoire moderne »! Il ne croyait pas si bien dire le bougre, car, en suivant Wheeler Burden et ses innombrables aventures, on croisera  Sigmund Freud et Gustav Mahler ainsi qu’un gamin de huit ans nommé Adolf Hitler. Selden Edwards a mis trente ans à écrire ce premier roman qui, bien évidemment, entraîne son héros à tenter de modifier le cours de l’histoire. Ce n’est bien sûr pas aussi simple qu’on pourrait le croire, mais ce qui fait le charme entêtant de ce gros pavé, c’est la restitution de la Vienne enfiévrée de cette fin de siècle etb le regard amusé et bienveillant de l’auteur sur ses personnages.