Dans la forêt Jean Hegland Editions Gallmeister

1425-cover-forest-583eb8ae1f86bAu delà, le monde bruisse, s’éteint et peut-être est-il en train de mourir. Nell et Eva n’en ont plus aucune idée. C’est la forêt qui les retient, cette maison construite par le père, cette maison où est morte leur mère. Nell écrit sur ses carnets quand Eva danse sur son parquet. Au creux de la forêt, dans le silence de la maison, elles ont vu le monde se taire, s’enfuir. L’électricité cligne de l’œil. Chut, au dehors, quand l’hiver vient cogner aux fenêtres, les filles écoutent les vents qui bousculent les arbres, elles gardent le feu, elles se tiennent l’une contre l’autre, elles inventent des repas, elle sortent cueillir, elles réinventent un potager, l’une écrit quand l’autre danse. C’est ainsi que va la vie et aussi la mort qui rôde, qui s’invite, qui frappe aux portes. L’ours, le sanglier, l’homme, la peur est multiple et ne dit jamais son nom. Elles sont deux, elles se chauffent l’une contre l’autre, quand l’une relit l’encyclopédie, l’autre danse encore plus haut, jusqu’à atteindre les étoiles. Vous dire alors que le monde qu’elles gardent au chaud n’a d’autre but que leur survie, oui, évidemment, ne plus franchir la lisière, car c’est là-bas que le monde est mort. Il y aura aussi un ventre qui grossit, des seins pour le lait, une maison qui brûle, l’ascension jusqu’à la souche, l’essence purificatrice.

Ce n’est pas qu’un roman que Jean Hegland nous donne à lire, c’est une expérience de vie, l’idée simple que notre vie nous appartient, que rien ni personne ne peut venir nous la prendre. Nous avons le choix, encore faut-il avoir l’envie de mettre le feu à nos certitudes pour embrasser nos évidences. Nell et Eva ont cette beauté de grimper jusqu’à la souche, cet endroit où tout a commencé et où tout doit finir.

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