Malaurie, l’appel de Thulé, Malaurie, Makyo, Bihel

Il est étrange de se rappeler du début d’un projet. Nous étions dans la Drôme et Pierre Makyo nous racontait sa rencontre avec Jean Malaurie. Il venait de rencontrer le fondateur de la collection Terre Humaine chez Plon et envisageait d’adapter en bande dessinée ce formidable récit « les derniers gardiens de Thulé ». Il mesurait l’ampleur de la tâche, mais aussi le bonheur de raconter ce périple extraordinaire de Malaurie parmi ces hommes du Grand Nord.

En venant de terminer cette magnifique adaptation qu’il en a fait et que Frédéric Bihel a réussi par son dessin et ses aquarelles à sublimer, je comprends encore un peu plus tout ce que Pierre Makyo ne cesse d’explorer dans ses scenarii depuis tant d’années, cette quête perpétuelle, autant philosophique que spirituelle. Qu’il s’agisse de l’Égypte ancienne ou des Inuit, il arrive ici à la quintessence de sa pratique du zen, en nous racontant la profonde mystique révélée à Malaurie par les hommes de Thulé, le rapport à la nature, à l’écologie, aux transformations du monde.

C’est bien plus qu’une bande dessinée, c’est, comme le dit le sous-titre, un appel à tous ceux qui voient le bouleversement de notre planète. Dès les années 50, les Inuit avaient perçu ce déchiffrement spirituel de la nature et sa conséquence physique.

Arriver à transmettre le message, en mots et en images, voici cet appel de Thulé admirable de profondeur, de gravité et surtout d’une beauté incroyable.

Au loin Hernan Diaz Éditions Delcourt

Quand Hakan décide d’émigrer vers l’Amérique, avec son frère Linus, c’est un rêve qu’il va chercher, une utopie, un monde, Nujark, ce talisman, la lumière, la ville où tout est possible. Mais rien ne se passe jamais comme on l’envisage. Sur ce port de Portsmouth, le grouillement des émigrants, les sirènes, les bateaux qui accostent et s’en vont, les cris des bateleurs, les deux frères se perdent dans le long flot de ceux qui cherchent à embarquer.

De New- York rêvé, c’est en Californie qu’Hakan débarque. Seul, sans parler la langue, Hakan devient Hawk, le faucon. Avec cette seule envie, reprendre la route vers l’est, retrouver Linus, peu importe ce qu’il pourra lui en coûter.

Hernan Diaz nous raconte cette traversée d’Hakan avec une humanité bouleversante. On souffre avec lui, on a froid avec lui, on a chaud, on se perd dans les langues, on croise la misère et on la prend sous ses bras. Chaque journée vers l’Est est un pied vers Linus, chaque soleil levé est un jour de gagné vers la rédemption.

Hernan Diaz nous raconte une histoire universelle, celle de tous les migrants qui ne recherchent qu’une seule chose, le bonheur de trouver la paix, un endroit où s’asseoir, sans cris, sans drames. Simplement avoir le droit de respirer l’air de la liberté.

Mauvais genre Chloé Cruchaudet Delcourt

chloéInspiré de faits réels, l’histoire de Paul et Louise bascule au début de la Première Guerre Mondiale. Paul croit bien devenir fou dans les tranchées et se mutile un doigt. Après six mois à soigner son infection, on le destine à retourner en première ligne. Il déserte, retrouve Louise qui va le cacher, Louise qui va lui donner l’idée de se travestir. Et c’est en Suzanne qu’il traversera les années de guerre et bien plus encore. Mais la folie n’est jamais loin et c’est dans le fracas que leur vie de couple va tourner à la tragédie. Le magnifique dessin de Chloé Cruchaudet renforce cette histoire absolue, baroque, folle, mais qui ne peut laisser insensible.

Les Pierres Rouges Makyo Delcourt

makyo  Cela fait toujours plaisir de retrouver le dessin d’un auteur qui se consacrait essentiellement au scénario depuis quelques années. Et c’est peu de dire que ces « Pierres Rouges » nous ramènent vers l’univers mystérieux de l’auteur d’ un cœur en Islande ou de Grimion gant de cuir.

Ici, nous sommes en Provence, dans les années 30. Ismaël, jeune gamin d’une douzaine d’années va fuir autant la mort de sa mère que la brutalité de son père ou l’imbécillité du monde qui l’entoure. Cette fuite l’entraînera jusqu’à une étrange maison de pierres rouges où le recueille Esther. Entre eux deux, un drôle de jeu du chat et de la souris naît entre les larmes et les cris, dans le chaos d’une maison vide où un tableau énigmatique va poser une question sans réponse.

Avec ce dessin d’ombres et de lumières rases, avec des plans cinématographiques (n’oublions pas que Makyo est aussi cinéaste!) l’histoire d’Ismaël et d’Esther nous emprisonne vers une résolution que nous espérons dans le tome 2!!!