Comme un blues Anibal Malvar Editions Asphalte

Tout cela pourrait commencer par un long solo de trompette de Miles Davis, un cri qui viendrait déchirer la nuit sombre de Madrid, mais par sur la Plaza Mayor, mais beaucoup plus loin, dans la pluie galicienne. Quand Ania disparaît, c’est à l’ex de sa femme, Carlos Ovelar, qu’ Alberto Bastida va penser. Ancien des services secrets espagnols du temps de Franco, il a des réseaux dans tous les milieux. Mais ce qui attend Carlos va l’entraîner bien plus loin que ce qu’il imaginait au départ. C’est aussi en traversant toute l’histoire espagnole des cinquante dernières années que doit se lire ce polar glauque, où on boit et fume tout en ouvrant des valises pleines de secrets inavouables.

Si je devais vous prescrire un whisky, j’irais vers un Lagavulin 16 ans d’âge, bien tourbé, qui vous décalque la tête rien qu’en le reniflant, un de ceux chers à Jean-Claude Izzo dans sa trilogie marseillaise, car il y a aussi de ça chez Malvar, un pays à sentir, des êtres à aimer, des coups tordus, mais une immense empathie pour des personnages qui parlent parfois comme un Chandler des meilleures cuvées.

Psicca Edyr Augusto Editions Asphalte

pssica« Ç’aurait dû être une journée de cours normale. » Mais pour Janalice, il n’y aura plus jamais de journée de cours. Sa vie bascule quand son professeur découvre une vidéo intime de Janalice et son petit copain. Renvoyée chez elle, ses parents la rejettent, l’expédient chez une tante trouble comme un marigot.Ça tient à quoi une vie, Janalice ? Quand elle est enlevée en pleine rue, Amadeu, flic retraité décide de mener ses propres recherches et se jure de la retrouver. Edyr Augusto est un orfèvre de la musique de la phrase. Dans un rythme haletant et chaloupé, il nous trimballe en Amazonie, dans ces lieux où les garimpeiros, les chercheurs d’or, se soucient peu de morale et encore moins de lois. Ici, c’est la force du fusil ou de la machette qui tient lieu de juge de paix. C’est aussi là que disparaissent des jeunes filles qui deviendront les esclaves sexuelles de ces ouvriers sans nom, sans papiers, sans même véritable existence, monde où la corruption est la norme. Dans ce roman autant halluciné qu’hallucinant, Augusto nous entraîne au plus trouble de la forêt et dans cette ville de Cayenne où les ruelles sombres n’ont rien à envier aux pires pavés de l’enfer. Amadeu réussira-t-il à franchir tous les obstacles? Quand la vie ne vaut plus rien, quand un corps n’est plus qu’un outil dans la main des proxénètes, quand la frontière entre bourreau et victime est aussi fragile qu’un fil de soie, que reste-t-il à espérer? Dans ce nouveau roman, Edyr Augusto concentre toute la misère d’un monde, les couleurs et les odeurs pour nous donner un précipité violent de la nature humaine.

Chat sauvage en chute libre Mudrooroo Editions Asphalte

chatIl sort de prison. Il est enfin libre, enfin il le croit, ou pas. Pour être libre, encore faut-il savoir où aller, faut-il savoir qui on est. Lui n’est rien pour personne, sinon pour sa bande de petits voyous. Il est métis aborigène dans une société de blancs, donc il n’est rien. Pas assez noir, pas assez blanc. S’il détient les codes des blancs, c’est pour en jouer avec les filles, dans ces bars enfumés où on joue du jazz. De page en page, on le suit qui dégringole, qui cherche de l’amour là il n’y a que du sexe, qui se heurte à sa mère, qui fuit encore. Entre la ville et le bush, il semble n’ avoir aucun endroit pour des gens comme lui.

Écrit dans les années soixante, et premier livre écrit par un aborigène, chat sauvage en chute libre nous raconte l’écartèlement d’un homme sans racines à force d’en avoir trop. Sans repères, fracassé par la vie, errant autant dans sa vie que dans sa tête, cet homme que l’auteur ne nomme jamais ( quel est le nom de celui qui ne sait pas qui il est?…) nous donne les clés de la société australienne de l’époque, passablement raciste mais surtout sans aucune volonté de connaître ce monde aborigène.

Au bout de l’errance, il y aura les chiens, encore la police, mais dans un seul regard, peut-être aussi, une once d’humanité.

en librairie le 12 janvier 2017, 18€

Société noire Andreu Martin Editions Asphalte

societe-noireBarcelone, ses ramblas, son soleil, ses touristes, ici, on en est très loin. C’est du Barcelone de la nuit dont vient nous parler Andreu Martin. Une tête tranchée d’un côté, un corps attaché à l’arrière d’une voiture d’autre part, tout porte à croire que le meurtre a été commis par des Maras, ces gangs d’Amérique Latine qui viennent en Catalogne, attiré par l’argent facile. Mais l’inspecteur Canas n’y croit pas un seul instant. Pour lui, c’est un coup de la mafia chinoise. Des rumeurs courent: on a volé les Chinois, ils se vengent. Avec l’aide de Juan Fernandez Liang, mi-chinois, mi-espagnol, son indic pour tout ce qui touche à la communauté chinoise de Barcelone, Canas va tenter de démêler les fils invisibles qui les unissent. Comme il le dit: « Interpol a dit un jour que les triades ressemblent à un immeuble dans lequel les habitants d’un étage ne savent pas où se trouve l’escalier pour gagner les autres! » Avec un art consommé pour essayer de nous perdre dans ce nid de serpents, l’auteur nous appâte en démontant un à un, jour après jour, le long cheminement jusqu’à la tête qui roule dans la rue. Dans les silences des arrière-cours des restaurants chinois, les katanas vibrent dans l’air, Canas tente de démêler les vrais menteurs des fausses vérités, Liang s’engouffre vers son propre néant, les avocats n’ont pas le nez propre, les beautés chinoises sont des poisons violents, bref, quand vous mettez le premier œil dans ce roman, vous êtes partis pour une drôle d’aventure…