Nature humaine Serge Joncour Éditions Flammarion

Allez, il est temps de vous parler de la rentrée littéraire de septembre qui, désormais, a lieu en août. Cette année, cette rentrée, nous l’avons lue confiné, comme les auteurs qui n’ont pu rencontrer les libraires. Tout s’est fait par webcam, visioconférence, sans même pouvoir boire un coup avec les auteurs, ce qui fut le plus difficile…

Malgré tout, j’ai eu la chance de pouvoir interviewer Serge Joncour pour son formidable roman « Nature humaine » qui balaye, de 1976, année de la sécheresse record du siècle dernier jusqu’à 1999, année de la tempête folle de fin d’année, la vie d’Alexandre.

Mais laissons Serge Joncour nous en parler!

Votre roman met en scène un jeune homme, Alexandre, qui vient de reprendre la ferme de ses parents. Une ferme isolée dans une vallée du Sud-Ouest. C’est cette « Nature humaine » cette nature et cette humanité qui sont les moteurs du récit, c’est un thème qui vous est cher ?

Ce rapport entre la nature et l’homme, c’est celui d’un agriculteur qui connaît très bien cette nature, on le suit des années 70 à 2000, et cette nature, c’est son environnement. Il en connaît tout, autant le nom des arbres que des herbes qui constituent les prairies. Et il tient à y rester alors que ses sœurs, les jeunes en général sont attirés par la ville. Ils rompent le pacte et divorcent de cette nature. Ce que je voulais montrer, c’est quelle est la nature de ceux qui restent et ce divorce avec ceux qui sont devenus des citadins. Cela me parle, ma famille est d’un milieu rural et je suis la plupart du temps en ville, alors c’est cette fracture qui intéresse le romancier que je suis.

Le roman commence en 1976, l’année de la sécheresse record. Se poursuit en 1981, l’arrivée de Mitterrand au pouvoir, puis 1986, Tchernobyl, 1989 la chute du Mur de Berlin pour finir en 1999, avec la grande tempête de fin d’année et l’arrivée de l’an 2000, le fameux bug ! Evidemment que ses dates ne sont pas choisies au hasard. Toutes ces dates racontent des fractures dans le siècle, mais aussi dans la vie d’Alexandre ?

 J’ai toujours été fasciné par ces évènements majeurs qui, à un certain moment, comme c’était le cas par exemple des canicules, où une sorte d’unanimisme se dégage. Tout le monde est dans la même sensation. Aussi, j’ai voulu organiser le livre autour de ces moments. Le roman commence avec la sécheresse de 1976, parce qu’il m’en reste des souvenirs en tant que gamin, de cette campagne où on avait peur de ne plus donner à boire aux bêtes, et ça coïncidait avec ce voisin de ma grand-mère qui refusait qu’on pose les poteaux du téléphone sur son chemin. En fait c’était un précurseur, dans ces années-là, refuser le téléphone, c’était refuser le mouvement du monde. Cela voulait dire beaucoup plus que de voir des poteaux au bout de son pré.

Une femme tient un grand rôle dans le livre, Constanze, une Allemande de l’Est dont Alexandre va tomber follement amoureux. Que pouvez-vous nous dévoiler d’elle ?

Constanze, c’est cette jeune femme qu’Alexandre va rencontrer au début des années 80. Elle est Allemande de l’Est, étudiante à Toulouse, son père travaille chez Airbus. Elle est une amie de sa sœur et à travers elle, il va découvrir une étrangère, qui, elle a cette idée de voyager, d’aller voir le monde, dont le père voyage sans cesse. C’est un tout autre univers que le sien qui se limite à la soixantaine d’hectares de sa ferme. Donc, à partir de là, aller à Toulouse, c’est aller vers un autre monde. Avec Constanze, il y a aussi les activistes qui luttaient contre la centrale de Golfech, mouvement anti-nucléaire. Cela me permet d’emmener le lecteur vers les questionnements de l’époque. Et si cela s’est fait, cela ne s’est pas fait véritablement aussi simplement qu’on le dit.

En vous lisant durant le confinement, je me disais que ce roman nous racontait déjà le bouleversement d’un monde, celui du paysan qui devient un exploitant agricole, pour les sœurs d’Alexandre, quitter la terre pour la ville, est-ce ces deux mondes qui s’opposent qui vous intéressait comme vous qui avez cette dualité, vous êtes un provincial converti à Paris ?

 Alexandre, combien même il vit dans cette ferme reculée, avec ses parents, ses grands-parents, ils sont rattrapés par ce mouvement du monde, contre lequel ils ne peuvent rien. Ils vont devoir s’adapter, faire venir des vaches d’ailleurs pour les engraisser, il faudra les mettre en quarantaine. Comme dit le père : « les animaux, c’est comme les hommes, ce n’est pas fait pour voyager ! » Il y a ce projet d’autoroute, qui a été construite avec son viaduc. Un projet d’autoroute, ça ne se fait pas du jour au lendemain, et cette vallée du Tréboulou que je connais depuis mon enfance, l’endroit le plus calme du monde, elle n’est plus la même depuis le passage de cette autoroute. Ce n’est plus le même monde.

On voit progressivement l’urbain qui rattrape la terre, on entend l’autoroute qui arrive, les premières grandes surfaces, le téléphone qui arrive au fin fond des campagnes, le minitel et ses prévisions météo. Y-a-t-il un accent de nostalgie dans votre écriture ou est-ce seulement un constat de dépit ?

Non, de la nostalgie, il n’y en a pas, mais je voulais montrer les bouleversements inédits. Installer le téléphone dans cette ferme perdue, et qui l’est encore, ça change le rapport au monde. Le minitel, c’est encore autre chose, c’était un outil important pour les agriculteurs, on ne le sait pas toujours. Ils étaient un peu pionniers dans le domaine de l’informatique, car cela leur simplifiait les documents administratifs. Tout cela n’est pas anecdotique.

On pourrait avoir le sentiment que la vie d’Alexandre est une fatalité, qu’il suit le modèle qu’on lui propose, alors que Constanze gouverne sa vie. Vous aimez ces dualités homme- femme ? Est- ce parce que cela sert le romancier ou plus simplement parce que c’est le sel de la vie ?

 Rapprocher des personnages qui, à priori, n’ont pas grand-chose à voir, et là, on est presque à l’extrême. Constanze fait des études, va aller vivre en Inde, alors qu’Alexandre ne bougera pas de sa terre. Alors, comment au long cours une histoire peut se construire, peut durer, se renouveler, se régénérer. Prenons Tchernobyl 1986, Constanze est en Allemagne, ils ne se sont pas appelés depuis trois ans. Elle l’appelle pour savoir comment cela se passe en France. Et les discours ne sont absolument pas les mêmes. Au gré des évènements personnels et universels, ils vont finir par se retrouver d’une façon ininterrompue.

Et cerise sur le gâteau, Serge Joncour viendra nous en parler à la librairie le vendredi 8 janvier 2021, notez-le sur vos agendas!

 

Le service des manuscrits Antoine Laurain Éditions Flammarion

C’est parfois confortable de savoir, avant de l’avoir ouvert, que le livre que l’on vient de poser sur notre table de chevet va être un bel accompagnement, surtout en cette période de confinement. C’est l’effet que m’ont toujours fait les romans d’ Antoine Laurain, car, au-delà de sa plume élégante, il y a toujours chez ses personnages une fragilité qu’il sculpte avec grand talent.

Vous l’avez compris, nous sommes dans une maison d’édition parisienne, menée de main de maître par Violaine Lepage. La petite normande, débarquée à Paris après avoir couché avec un bellâtre d’écrivain, va vite monter les échelons, car le patron, Charles, qui même s’il préfère les garçons, va s’enticher de cette gamine qui a du nez pour dénicher, dans la foule des manuscrits, ceux qui ne vont pas filer à la concurrence.

Quand « Les fleurs de sucre » arrivent entre les mains de Marie, l’une des lectrices du service des manuscrits, c’est une révélation, elle est persuadée de tenir une perle rare. Mais, chez Antoine Laurain, rien n’est jamais simple, et si le livre se retrouve dans la liste du Goncourt, ce qu’il raconte se retrouve dans la page des faits divers.

Vous en dire plus, que nenni, et si l’auteur prend un malin plaisir à nous raconter les arcanes de l’édition germanopratine, il s’amuse aussi à nous perdre dans une enquête policière qui va remuer un passé bien trouble. Un vrai petit bijou idéal pour l’été, car bien qu’il a paru le 8 janvier, jour de la Saint Lucien, ne pouvoir vous le vendre qu’à la Saint Glinglin!

Et surtout ne le commandez pas sur Amazon, vous pourriez entraîner deux ou trois Covid-19 par votre attitude!

Bientôt viendront les jours sans toi David Trueba Flammarion

Dani Mosca est devenu une star de la chanson avec son groupe de rock folk. Mais quand il faut accompagner son père dans sa dernière demeure dans son village natal, dans un corbillard conduit par un péruvien à l’humour étonnant, tout lui revient en tête. Comme un disque vinyle.

Il y aura donc une face A, ce voyage qui raconte ce père et les souvenirs d’adolescence de Dani, les filles, les soirées, les guitares, les amours ratées et celles presque réussies. Il y aura Oliva et l’Alzheimer de sa mère, ce ver qui dévorait sa mémoire.

Il y aura Gus et Animal, les deux compères du groupe, Gus qui va se perdre dans la drogue et Animal qui continuera à accompagner Dani avec ses percussions.

Il y aura aussi cette face B, quand le corbillard arrivera au village, avec Dani la star qui ne veut pas croire qu’il en est une. Ceux qui se souviennent de cet été que Dani a passé au village, l’un des seuls.

Et là, il y aura Kei, son grand amour, cette violoncelliste japonaise qui lui donnera deux enfants. Et lui ce grand pataud qui mélange tout dans sa vie, ses amours, sa musique, ses parents.

C’est un roman sur la grâce de perdre ses idéaux avec virtuosité et comme le dit lui -même David Trueba :

De faire comme s’ils existaient, de parier sur eux, de leur consacrer des chansons, de rêver d’eux ou des regretter rageusement quand ils nous échappent et on passe son temps à essayer de les retrouver. Pourquoi pas ? Tout commence là.

Chien-Loup Serge Joncour Flammarion

Nous sommes en 2017 et Frank et Lise vont se perdre dans le Lot, en pleine nature, là où pas un réseau ne passe. Si cela fait plaisir à Lise, cela ne fait pas l’affaire de Frank (imaginez Jean-Pierre Bacri levant son téléphone au ciel pour une seule barre qui ne vient jamais !)

Nous sommes en 1917 et un dompteur allemand vient se cacher au fin fond du Lot avec ses fauves et sa cage dorée et où Joséphine, l’une des premières veuves de la grande guerre aura les yeux de Chimène pour cet homme si étrange.

Et l’endroit où il se terre est, vous l’aurez compris, là où Lise et Franck viennent se ressourcer.

On reconnaît évidemment la patte de Joncour pour nous entraîner dans une histoire où on a envie de le suivre. C’est habilement mené, on sourit, on rit, on est ému, les deux histoires se frottent l’une à l’autre et on se laisse bercer par la belle musique de la langue de Serge Joncour.

Si ce n’est pas mon préféré du beau barbu, cela n’en reste pas moins un roman qui sera facile à proposer, parce qu’il y a derrière tout ça, la belle humanité du beau nounours qu’est Serge Joncour !

 

L’hiver du mécontentement Thomas B. Reverdy Flammarion

Alors, je vérifie la moyenne d’âge dans la salle, et nous ne sommes pas si nombreux à avoir connu l’hiver 78-79, en un autre siècle où une certaine Margaret Thatcher est arrivée au pouvoir au Royaume-Uni.

Candice pédale sur son vélo de coursier, le seul petit job qu’elle ait réussi à trouver pour se payer ses cours d’art dramatique. En ce moment, elle répète Richard III du bon vieux Shakespeare, et il y a dans l’atmosphère de la Great Britain de l’époque un peu de cette pièce.

Richard III, prêt à tous les mensonges, les turpitudes pour arriver au pouvoir, comme la Margaret Thatcher qui cherche à se trouver une voix et vient prendre un cours de diction, là où Candice, justement, répète la pièce.

Candice va rencontrer Jones, un musicien largué de chez largué. Musicien, ce n’est pas un métier, alors il est aussi employé de bureau et se fait virer sans préavis. C’est un monde qui ne parle plus à grand monde, mais il y a la musique !

Pour moi qui avait quinze ans à l’époque, c’est un livre qui vit par la musique que Reverdy nous rappelle, les Clash, les Sex Pistols, Pink Floyd et son Wall, lancé comme un crachat à la tête de Margaret. Il y aura aussi Joy Division, David Bowie et son « Lodger » !

Si pour vous la musique des ces années-là vous est inconnue, cela ne va pas être facile, pour les autres, chaque chapitre est collé à une chanson, et vous allez revenir dans vos années cheveux longs, santiags et keffieh palestinien, dansant des pogos jusqu’au bout de la nuit !!!

La renverse Olivier Adam Flammarion

adamPour qui vit en bord de mer, la renverse est ce moment de calme entre les marées hautes et basses. Moment incertain où si on n’y prend garde, on ne sait ce qui va se passer. Dans ce roman, Antoine hésite, c’est sa renverse.
C’est la mort d’un homme, Jean-François Laborde, maire de la commune de son enfance, politique passé par un ministère, qui va le replonger dans ce passé qu’il a cherché à fuir depuis des années. En s’exilant, en renonçant à ses parents, à son frère Camille, à son père falot, admirateur éperdu de sa femme, à sa mère maîtresse du maire, principale collaboratrice de celui-ci jusqu’à ce qu’un scandale sexuel vienne éclabousser tout ce petit monde, Antoine n’aura de cesse de tenter de comprendre comment tout ce en quoi il a pu croire n’était que paravents, bassesses, renoncements. Après avoir fui avec Laetitia, la fille de Laborde, vers ce coin perdu de Bretagne où ils tenteront, vainement, d’inventer un futur bancal, de s’aimer maladroitement, Antoine va revenir sur ses pas, remettre les pieds dans sa ville de M., reprendre les routes, s’arrêter devant cette maison de son enfance qui l’aura broyé, lui tout autant que Camille. L’humiliation n’entraîne que rarement le pardon, et c’est dans ce chemin qui va le mener jusqu’à l’enterrement de Laborde qu’il viendra puiser, dans les regards, les attitudes, les postures, une seule raison d’espérer, afin de sortir de la spirale infernale qui l’emmène vers le néant. En décortiquant ce qui fait le faible et le fort, en démontant le système qui broie ceux qui n’ont pas la capacité de le combattre, Olivier Adam nous renvoie à nos propres compromissions, à nos misérables faiblesses qui font taire nos révoltes. Finalement, c’est auprès de Camille, parti à Montréal, qu’il mettra un point à cette recherche du bonheur qui ne cessait de le fuir comme les grains de sable dans la main. Comme à chaque roman, Olivier Adam nous ramène à notre propre humanité, en nous laissant le choix aussi de choisir notre destin.

Je vous écris dans le noir Jean-Luc Seigle Flammarion

seigle Si je vous dis Pauline Dubuisson, ce nom ne vous dira sans doute rien. Par contre, si je vous dis « la vérité  » de Clouzot, ce film où Brigitte Bardot incarne une criminelle et dont le rôle est inspiré de cette Pauline Dubuisson, vous en souviendrez peut-être. Cette affaire criminelle des années 50 avait défrayé la chronique judiciaire: Elle tue son amant de trois coups de pistolet et tente de se suicider. Condamnée aux travaux forcés à perpétuité, elle sera finalement libérée en 1959 pour bonne conduite. Le film de Clouzot la remet dans la lumière, alors qu’elle ne souhaite plus que l’anonymat.

Dans ce roman bouleversant, Jean-Luc Seigle remonte toute l’histoire de cette femme morte à 34 ans. D’une plume juste et belle, il dresse le portrait saisissant de celle qui va subir le jugement des hommes pour les avoir trop aimés. Si elle a bien sûr commis l’inconcevable (et le lecteur ne peut l’oublier), mais ce roman nous apprend que le jugement que nous portons parfois hâtivement est souvent infondé et destructeur. Alors pourquoi Jean-Luc Seigle s’est-il intéressé au destin terrible de Pauline? Lisez, de toute façon, ce n’est qu’un roman…

Hélène

Soumission Michel Houellebecq Flammarion

houellebecq Haro sur le baudet, lit-on déjà dans les gazettes parisiennes, celles qui s’enorgueillissent de savoir avant tout le monde ce qu’il faut penser du dernier roman de Michel Houellebecq, surtout sans l’avoir lu, ou en l’ayant lu à la manière de ce qu’il est bien de penser.
Voulez-vous que je vous dise, je me suis régalé, car en convoquant Huysmans dans ce ballet de quart de vingt et unième siècle, c’est exactement mettre l’église au milieu du village. Huysmans, fonctionnaire du Ministère de l’Intérieur, écrivain, critique d’art, qui va rompre avec tout ce qui fondait son existence pour devenir catholique à la fin de son existence est ce contrepoint de François, maître de conférences raté, à la vie chaotique (qu’elle soit sexuelle, sociale, mondaine, professionnelle…) qui, traversant cette France de 2022, se frottant aux Français de tous horizons (des pages savoureuses avec l’agent de la DGSI et sa femme dans le village de Martel !!!), cherchant à se mettre à l’abri d’une catastrophe non avenue, ni peut-être à venir, noyant ses doutes dans toute bouteille d’alcool fort passant à sa périphérie, se moquant tout autant des politiques que des journalistes, raillant cette intelligentsia connaissant tout et même son contraire, bref, grattant là où ça fait mal, comment vous dire… Houellebecq est magnifiquement con quand il se met autant à nous faire rire de notre propre bêtise, car ne nous y trompons pas, c’est en nous mettant le nez dans nos propres compromissions (pour ne pas dire autre chose) qu’il reste ce bonhomme, clope au bec, qui rigole de tout ce qui va être écrit sur ce qui n’est ni un pamphlet, ni une fable, ni une morale, mais peut-être tout simplement un coup de pied au cul de tout les Cassandre de ce monde uniformisé, lisse, botoxé, sans âme, sans envie, qui galope avec œillères et certitudes vers la catastrophe énoncée. On ne peut s’empêcher de rire jaune, tant Houellebecq a le chic pour se faire l’avocat du diable, vous savez, dans les repas de famille (c’est la saison !) où le tonton un peu bourré commence à parler politique en se resservant un verre de votre meilleur Saint-Emilion et en assénant des vérités ponctuées de « vous verrez ! » ou « je vous l’avais bien dit » ou « on ne fait pas d’un âne un cheval de course » ou in fine « celui qui veut jouer au plus con avec moi est pas sûr de gagner ». Il est comme ça, Michel, il se marre de la comédie humaine avec talent et gourmandise. Allez encore une autre, patron, après, faut qu’ j’y aille !

Comment les grands de ce monde se promènent en bateau Mélanie Sadler Flammarion le 7 janvier en librairie!

mélanie C’est un drôle de petit livre que ce premier roman de Mélanie Sadler, un roman au goût d’Orient, mais aussi aux goûts épicés du Mexique. Car il sera ici question de mélange, de chamboulement historique, de vision nouvelle de la conquête de l’Amérique, d’incunables ressortis poussiéreux des caves, de longues dissertations sur le pourquoi et le comment de l’anéantissement des Aztèques, d’une déesse cachée dans un dessin ottoman. Bref, vous le dire en un mot comme en cent, c’est une sacrée aventure qui vous attend! Sachant également que l’un des héros de ce livre a pour nom J.L Borges, mais pas le vrai, un autre, que don Quichotte traverse quelques pages, que Gabriel Garcia Marquez passe aussi d’une seule phrase, vous avez compris que cette fable résolument maligne nous entraîne encore plus loin qu’on ne l’imaginait au début. Il y sera aussi question d’amour, de Suleyman le Magnifique, d’une Mosquée incomparable, bref il y sera question de ce qui fait la force et la beauté du roman, l’émerveillement. Et n’est-ce pas là l’essentiel?

Prieres pour celles qui furent volées Jennifer Clement Flammarion

clement  « Maintenant on va te faire laide » a dit ma mère.
Voilà comment débute ce roman percutant et bouleversant qui raconte l’histoire d’une jeune fille de 14 ans prénommée Ladydi qui a grandi dans les montagnes de Guerrero près d’Acapulco. Les hommes sont partis chercher fortune aux États-Unis ou ont tout simplement déserté le village dans lequel vivent quelques filles et leurs mères. La crainte de se voir enlevée par les cartels de la drogue est omniprésente et chacune doit jouer d’habileté pour éviter ce drame.
Jennifer Clément signe ici un livre incroyable qui se lit d’un seul souffle, on y découvre un Mexique violent et corrompu gangréné par les cartels de la drogue et de la prostitution. Malgré cela, Ladydi, du haut de ses 14 ans nous entraine dans une aventure incroyable ou solidarité, amitié et rires se mêlent à la tristesse et à la déception.
Un livre bouleversant et magnifique qui marque le lecteur longtemps après l’avoir refermé.

Maëla