Le dimanche des mères Graham Swift Gallimard

a17871C’est « le dimanche des mères », celui que les bourgeois octroient à leurs domestiques pour aller dans leur famille. C’est celui que Jane va passer avec son amant, eux seuls dans la chambre de Paul. Nous sommes le 30 mars 1924.

Graham Swift est un enchanteur des mots. Ici, la phrase la plus anodine est une touche impressionniste dans le grand tableau qui s’écrit sous nos yeux. Elle nue qui va faire le tour de la maison vide, Paul qui se rhabille lentement, elle qui observe le moindre grain de sa peau, craignant de le perdre à jamais, elle nue mangeant un reste de tourte, elle nue regardant son amant partir au volant de sa voiture.

Le roman tient en un jour, un jour qui va à jamais faire basculer sa vie. Quand Paul part rejoindre sa fiancée pour mettre au point la finalisation de son mariage, Jane quitte la chambre, laisse les draps encore humides de leur passion, pour s’enfuir dans la campagne anglaise lire Joseph Conrad.

Hommage aussi à la littérature, celle qu’on déniait aux femmes de lire à l’époque. Jane ne ne sera plus à compter de ce jour celle qui obéit, mais bien plus celle qui dicte. Graham Swift nous donne ici un magnifique personnage de femme libre qui bouleverse tous les codes, s’affranchit des étiquettes et plissera les yeux de plaisir, quand, soixante-dix ans plus tard, la seule évocation du 30 mars 1924 passera comme une brume tendre dans les creux d’une question que lui pose un journaliste.

Publicités

L’intérêt de l’enfant Ian McEwan Gallimard

mcewanPourquoi et comment cela bascule? Comment la vie que l’on imaginait sans heurts et sans failles vous renvoie aux interrogations les plus essentielles? Dans ce roman, Ian McEwan nous interroge, et dans ce questionnement, la voix de Fiona, son héroïne résonne fortement. Le titre est un prétexte a nous emmener bien plus loin qu’une simple histoire de juge aux affaires familiales. Dans son métier, Fiona doit juger, donner raison et Dieu sait combien les poids de la balance de la justice peuvent pencher selon les circonstances. Alors que Jack, son mari, lui avoue qu’il va quitter le domicile conjugal, qu’il ne veut pas passer à côté de sa vie, elle se débat avec des affaires plus glauques les unes que les autres. Se rend-t-elle compte qu’elle a laissé filer sa vie personnelle au détriment de son travail? Sans aucun doute, mais elle ne peut laisser cet adolescent mourir. Adam Henry a dix-sept ans, est témoin de Jéhovah et ses parents s’opposent à une transfusion sanguine qui pourrait le guérir de sa leucémie. Dans des pages éblouissantes de pudeur, de retenue, d’émotion, Ian McEwan nous confie les tourments de Fiona sur cette décision qui doit décider de la vie ou de la mort d’un enfant. Où et quand commence l’intérêt de l’enfant, où et comment doit-on mettre la vie au-dessus de tout? Il est impossible de vous délivrer toutes les clés de ce roman superbe où, encore une fois, Ian McEwan nous cisèle des personnages en permanence sur le fil ténu de la vie, où un seul geste, une seule attitude peut bouleverser toute une existence. C’est un grand magicien du verbe et de la phrase, de l’équilibre de nos émotions qui nous donne un roman étonnant sur la passion, l’amour, et ces instants qui nous entraînent vers l’insondable tourment de cette question: Qu’aurions-nous fait à sa place?