Mon désir le plus ardent Pete Fromm Editions Gallmeister

Quelqu’un saura-t-il me dire comment ce grand bonhomme au rire franc, aux yeux rieurs, à la poignée de main, non seulement franche, mais surtout virile, est capable de pénétrer le cerveau d’une femme amoureuse de son rafteur des rapides classe V du Wyoming ? Pete Fromm fait partie de ces écrivains qui n’écrivent qu’avec le cœur, capable de rassembler en moins de 300 pages plus d’amour que tous les torrents réunis du Colorado, du Montana et de l’Alberta.

« Mon désir le plus ardent » est l’histoire simple et belle de Maddy et de Dalt. On pourrait s’arrêter là. Ne pas vous en dire plus, car trop dévoiler de ce putain d’amour de ces deux putains de personnages qui vont devoir faire des putains de concessions pour une putain de maladie, c’est réducteur. C’est ne pas leur faire honneur, c’est omettre cette chose aussi stupide, qui vous prend par hasard, un soir de trop de tout, sur un matelas, sous une table, dans une voiture, au sommet d’une montagne. C’est oublier qu’on n’est jamais à l’abri de l’amour, et que Maddy et Dalt sont les plus gros veinards du monde entier.

En moins de 300 pages, Pete Fromm nous entraîne au bout de toutes les rivières que Maddy et Dalt ont descendues avant qu’elle ne soit frappée par la maladie, cette putain d’insidieuse SP qui bouffe la myéline de Maddy. Cela ne va pas les empêcher de faire deux gamins, comme deux pieds de nez à la maladie, deux grands coups de pied au cul du chancre qui commence à la ronger. Dalt, le grand bonhomme aux mains comme des battes de base-ball va s’adapter, adapter la maison, adapter les gestes, adapter l’amour, en ne reniant rien de ce qui les fait être les plus grands amoureux de la planète.

C’est une histoire d’amour aux années qui passent, aux enfants qui grandissent, aux sentiments qui se chantournent autant que la main de Maddy devient une serre de rapace. C’est un roman qui n’a pas de fin, car rien ne peut rompre un pacte scellé depuis le début de l’aventure. Ils retrouveront le ruisseau, se serreront les uns contre les autres laissant la poussière se répandre entre les plis de la rivière, Dalt essayant de se souvenir de cette putain de belle vie. Hein Mad, on en a eu une belle vie ! Ouais Dalt, une putain de belle vie!

Publicités

My absolute darling Gabriel Tallent Gallmeister Éditions

Voilà un roman qui va marquer longtemps ceux qui l’ouvriront, ce genre de livre qui s’incruste en vous, dans chaque pore, dans chaque espace de votre cerveau, un livre qui vous poursuit comme rarement. Turtle est une jeune fille de 14 ans qui vit seule avec son père, bricole au collège où elle n’arrive à rien et se garde bien, enfermée dans sa coquille. Un quotidien de l’ordinaire pourrait-on dire s’il n’ y avait, en contre-champ, cette présence constante et étouffante des armes dans son univers.

La maison est un stand de tir et Turtle maîtrise tout autant le maniement des armes que le démontage et l’entretien. Il y a aussi son Grand-père qu’elle aime aller visiter et qui l’adore.

On va se rendre compte assez vite que la relation entre ce père machiavélique, à la fois érudit et pervers, est souillée par l »inceste, et le malaise du lecteur grandit. Aussi, quand Turtle rencontre deux garçons qu’elle sauve grâce à sa connaissance aigüe de la nature, son univers va commencer à basculer et ce combat entre l’amour et la haine de son père va la conduire à fuir.

Gabriel Tallent a cette grâce d’explorer les tourments de cette adolescente que l’on voudrait prendre dans ses bras afin de la protéger, tant ce qu’elle vit oscille entre le sombre et le noir absolu. Alors oui, on ne va pas le cacher, « My absolute Darling » fait partie de ces romans qui se méritent, qui nous arrachent à nos tranquillités, mais que l’on referme avec la merveilleuse pensée d’avoir lu un prodigieux roman.

Hélène

Une assemblée de chacals S.Craig Zahler Éditions Gallmeister

Comment vous dire, on ne voit pas le temps passer, et pourtant celui-ci, avec sa couverture noire et ses corbeaux qui semblaient ne rien annoncer de bon, aurait dû, depuis longtemps m’obliger à l’ouvrir. Je crois que j’ai bien fait d’attendre le froid qui recouvre notre beau pays pour entamer la lecture de cette belle assemblée de chacals, car il faut avoir le sang froid pour se lancer dans ce western aussi tendu qu’une arbalète.

Il était une fois une bande de  vieux gangsters, rangés des armes, vies de familles tranquilles jusqu’au jour ou Jim, l’un des leurs, décide de se marier avec la sublime Béatrice. Tout le monde est invité au mariage, jusqu’à ce que surgisse du passé ce bon vieux Quinlan! Pas vraiment invité celui que la bande du « Gang du grand boxeur » a confié aux bons soins de torture des indiens Appanuqis.

Comme le disait Clint Eastwood, le monde est divisé en deux catégories, celui qui tient le fusil et celui qui creuse. Ici, chacun va creuser et chacun tiendra le fusil à tour de rôle. Vous dire que le mariage va se passer dans une grande sérénité serait vous mentir, car il y aura du sang, des larmes, des nœuds coulants, des balles dans tous les sens, des hameçons harponneurs, des cavalcades et des couronnes de clous. Je vous dis, de la dentelle de voyou jusqu’à n’en plus finir. Comment vous dire encore une fois, le genre de roman qui vous colle aux doigts, donc impossible à lâcher, dont l’amoralité ne fait que souligner que l’homme est bien le premier de ses prédateurs…

Les marches de l’Amérique Lance Weller Editions Gallmeister

Ils avancent, eux c’est Tom et Pigsmeat et Flora, évidemment. Tom a tué le père, Pigsmeat la mère, quant à Flora, la quarteronne ou l’octavonne, elle n’a que sa beauté à trimballer. Ils avancent vers un nulle part, dans cette Amérique qui n’a pas encore de nom, où chaque état est une parcelle de ces États-Unis qui n’ont rien d’unis. Dans les plaines, dans les montagnes, dans les déserts, c’est un monde qui se construit entre le bruit de colts et le feulement des scalps qui s’arrachent. Tous les trois, ils traversent le pays dans leur chariot, avec le cadavre de celui qui était le maître de Flora. C’est un roman de sang, un long chemin qui nous mène dans ces années où rien ne pouvait s’écrire sinon dans le bruit des armes. Lance Weller a cette magie d’une écriture âpre, qui vous saisit à la gorge et ne vous lâche pas un seul instant. Il ne nous parle pas de héros, mais de simples humains qui traversent l’extraordinaire d’un monde qui tarde à naître. C’est dans la folie des hommes, dans cette outrance de mort que s’est faite l’Amérique, dans ce déluge de feu que vont traverser nos trois héros bien malgré eux. Chacun aura son histoire, chacun aura son propre chemin, celui qui doit les mener vers l’Ouest, vers cet Eldorado magnifié. Encore faut-il.. mais que faut-il quand la sauvagerie n’est que le dernier mot d’une balle en pleine tête? Ici, il n’y aura pas de vainqueurs, on le sait dès le commencement, on espère, mais on ne se berce pas d’illusions. Ici le vent, les balles, les scalps accrochés aux ceintures, quand vient la nuit, la seule illusion est de se réveiller vivant…

Dans la forêt Jean Hegland Editions Gallmeister

1425-cover-forest-583eb8ae1f86bAu delà, le monde bruisse, s’éteint et peut-être est-il en train de mourir. Nell et Eva n’en ont plus aucune idée. C’est la forêt qui les retient, cette maison construite par le père, cette maison où est morte leur mère. Nell écrit sur ses carnets quand Eva danse sur son parquet. Au creux de la forêt, dans le silence de la maison, elles ont vu le monde se taire, s’enfuir. L’électricité cligne de l’œil. Chut, au dehors, quand l’hiver vient cogner aux fenêtres, les filles écoutent les vents qui bousculent les arbres, elles gardent le feu, elles se tiennent l’une contre l’autre, elles inventent des repas, elle sortent cueillir, elles réinventent un potager, l’une écrit quand l’autre danse. C’est ainsi que va la vie et aussi la mort qui rôde, qui s’invite, qui frappe aux portes. L’ours, le sanglier, l’homme, la peur est multiple et ne dit jamais son nom. Elles sont deux, elles se chauffent l’une contre l’autre, quand l’une relit l’encyclopédie, l’autre danse encore plus haut, jusqu’à atteindre les étoiles. Vous dire alors que le monde qu’elles gardent au chaud n’a d’autre but que leur survie, oui, évidemment, ne plus franchir la lisière, car c’est là-bas que le monde est mort. Il y aura aussi un ventre qui grossit, des seins pour le lait, une maison qui brûle, l’ascension jusqu’à la souche, l’essence purificatrice.

Ce n’est pas qu’un roman que Jean Hegland nous donne à lire, c’est une expérience de vie, l’idée simple que notre vie nous appartient, que rien ni personne ne peut venir nous la prendre. Nous avons le choix, encore faut-il avoir l’envie de mettre le feu à nos certitudes pour embrasser nos évidences. Nell et Eva ont cette beauté de grimper jusqu’à la souche, cet endroit où tout a commencé et où tout doit finir.

Aquarium David Vann Gallmeister

1173-cover-aquarium-575038440e228Caitlin se rend chaque jour à l’aquarium. Caitlin a douze ans, vit seule avec sa mère, Sheri, dans un petit appartement de Seattle. Caitlin ne rêve que de poissons et d’océans. Depuis peu, un vieil homme l’observe, lui parle. Il lui apprend les poissons, la magie de la mer, du poisson-main à l’hippocampe doré. Quand il lui demande de rencontrer sa mère, l’histoire se fracasse sur leurs passés respectifs. Comme à son habitude, David Vann a cette capacité à raconter ce qui se cache derrière les yeux des enfants et de leur mère, surtout quand celle-ci a été abandonnée. De ce jour, la vie de Caitlin et Sheri va être bouleversée, car il n’y a rien de pire que de sortir les démons des armoires où on les avait enfermés. Mais aussi étrange que cela puisse paraître dans un roman de David Vann, la rédemption est parfois au bout du voyage, l’apaisement aussi, comme après le cyclone, quand l’océan en furie redevient le royaume des raies mantas et de leur danse infinie.

Traduit de l’américain par Laura Derajinski.

Le verger de marbre Alex Taylor Néonoir Gallmeister

vergerVous connaissez le Kentucky, rêvez d’y passer vos vacances. Lisez Alex Taylor, il va vous en faire passer l’envie, car ceux qui croient encore que les Etats-Unis n’est qu’une sorte de paradis sur terre, vous allez découvrir l’Amérique des bouseux et des tarés!

Beam Sheetmire est un gamin qui fait traverser la rivière sur un petit ferry, moyennant quelques dollars. Quand un type un peu fêlé y monte et s’approche un peu trop près de la caisse, Beam lui fracasse la tête avec une clé à griffe et le tue. Début des emmerdes! A partir de là, le roman s’emballe et nous plonge dans ce qui aurait très bien pu être une tragédie grecque, sauf qu’on rencontre peu de bars à putes, de dobermans affamés, d’essaim de guêpes dans les tragédies grecques! Mené tambour battant, Alex Taylor nous entraîne dans la chasse au Beam dans cette Amérique rurale où la loi du fusil est bien plus forte que celle du shérif. Implacable, immensément sombre, le verger de marbre fait partie de ces romans qui vous happent dès les premières pages et vous emmènent jusqu’à des extrémités que vous ne vouliez surtout pas envisager.