Petit Pays Gaël Faye Editions Grasset

9782246857334-001-xAllez, si vous ne devez lire qu’un livre cette année, si vous vous demandez qu’est-ce qui pourrait vous faire changer d’avis entre la paix et la guerre, si, par le plus grand des hasards, il vous prenait l’envie de vous aventurer entre Burundi et Rwanda dans les années 90. Si par  cette même obstination, vous aviez envie d’écouter Gaby, ce gamin magnifique qui court entre les balles, les nez pas assez droits, les Hutus qui tuent, les Tutsis qui meurent, entre le monde d’hier où tous étaient amis et celui qui donne de la Kalach comme seul avenir. Comme le dit la couverture, c’est un monde en équilibre instable, un seul pied à droite, à gauche et c’est la mort. Heureusement, Gaby est un rêveur qui ne cesse d’écrire à Laure, sa correspondante française, sa fiancée grégaire, ainsi les morts sur le bord des routes est plus facile à comprendre. Dans l’ouragan de la folie des hommes, Gaby surnage, en apnée. Gaël Faye nous entraîne dans un maëlstrom entre les copains du combi Wolkswagen, dans la folie de sa mère, dans cette Afrique qui l’a fait grandir. C’est un roman sur l’enfance, sur ces mots que les enfants ne savent pas lire dans la bouche des adultes, même si le sifflement des machettes, les morts sur les routes, les cris font grandir le petit Gaby bien plus vite qu’il ne le pensait. Alors, qu’est-ce qui importe le plus, sinon de fermer ce livre en ayant eu cette douce impression d’avoir partagé, avec Gaby, contre Gaby, tout ce qui a fait de lui un homme. C’est un livre de bien, qui met le mal là où il devrait rester, dans les poubelles de l’histoire.

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POLICE HUGO BORIS GRASSET

policeIls sont trois, trois flics de base. Virginie, Erik et Aristide. Leur boulot du jour, raccompagner un étranger à Roissy, le faire monter dans un avion, puis faire comme si de rien n’était. Ne pas se demander ce qui va lui arriver une fois rentré dans son pays. Fermer les yeux ou ouvrir l’enveloppe qui contient les données du problème. Pour Virginie, l’enveloppe est mal fermée, elle jette un œil, elle comprend qu’une fois rentré, il a de fortes chances de mourir. Dans le trajet entre le centre de rétention et l’aéroport, c’est un drôle de drame qui se joue. Confrontés à leurs propres peurs, ballotés dans leurs vies professionnelles ou sentimentales compliquées, ces quatre tentent de comprendre ce qui se joue, ce qui fait basculer une vie, ce qui fait rompre une amarre, ce qui fait qu’on finit par rester humain plutôt qu’être une machine à broyer. Dans le huis-clos de cette voiture de police, on les suit pas à pas dans toutes les fragilités des hommes ou Hugo Boris excelle, par son écriture discrète, presque délicate, à nous faire ressentir toute la palette de leurs contradictions, de leurs interrogations et finalement de leur humanité.