Dans l’ombre du brasier Hervé Le Corre Éditions Rivages/Noir

Ce qui est formidable avec Hervé Le Corre, c’est qu’il n’est jamais là où on l’attend.

Dernièrement, il y eut « Après la guerre  » dans ce Bordeaux des années 50 qui n’avait rien oublié de la guerre, puis « Prendre les loups pour des chiens » dans la marginalité de notre monde contemporain, et ici, tout est autre, la langue, le lieu, l’histoire.

Alors quelle est cette ombre et quel est ce brasier? Nous sommes en 1871, pendant la semaine sanglante qui marquera la fin de la Commune de Paris, cette rébellion du peuple de Paris contre les Versaillais, l’élite (cela ne vous rappelle rien!).

Alors que Paris est mitraillé, bombardé par les loyalistes, la Commune de Paris se meurt, exsangue et sacrifiée, des filles disparaissent, happées par un fiacre dont le cocher est reconnaissable entre tous, défiguré.

Parmi elles, Caroline, l’amoureuse de Nicolas Bellec, un Breton de Saint-Pabu, qui n’aura de cesse de la retrouver dans cette grand mort qui se dresse partout, dans ces immeubles qui s’effondrent, dans cette ville qui n’est plus que gravats et sanglots.

Il y aura aussi Antoine Roques, devenu commissaire par le fait de la Commune, qui cherchera à démêler l’écheveau de ces disparitions. Mais que sont ces femmes dans le maelström d’un monde qui finit, s’embrase, où les exécutions sommaires fracassent les murs des balles des loyalistes.

Alors oui, il y aura bien cette enquête, il y aura bien ces deux hommes qui vont chercher Caroline, mais entre les lignes du roman, il y aura la splendeur d’un roman hugolien, où l’ écriture d’Hervé Le Corre nous fait ressentir la poudre et le sang, les membres amputés, l’odeur du vin rance et de la poudre des fusils, les enfants qui meurent dans le silence assourdissant des obus qui fracassent bien plus que des idées. Roman total qui nous laisse abasourdi, presque sourd, le lecteur avec la poussière du mur des Fédérés qui lui enflamme la cornée.

Certains livres nous laissent muets, celui-ci en est un.

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Prendre les loups pour des chiens Hervé Le Corre Rivages

prendre les loups pour des chiens.inddFranck sort de prison au bout de cinq ans. Un braquage avec Fabien son frère aîné, Fabien qui est en Espagne paraît-il. C’est chez les parents de la compagne de Fabien qu’il va tenter de retrouver la couleur du dehors. Une famille de tarés, mais il y a Jessica, la beauté de Jessica, les seins de Jessica. Putain, cinq ans, c’est long. Dans cette campagne de Gironde, toutes les chaleurs s’exacerbent, toutes les rancœurs ressurgissent avec l’arrivée de Franck. Dans la caravane qu’ils lui prêtent, Franck observe les magouilles vaseuses du vieux, les déhanchements de Jessica, et les yeux de Rachel, la gamine de Jessica, petite poupée désarticulée dans cette misère humaine. Mais quand Franck va commencer à chercher un peu trop loin dans ce qui ne le regarde pas, c’est par le sang qui jaillira des couteaux qu’il tentera de chercher une vérité pas toujours bonne à dire. Dans la touffeur de cet été, il n’y a pas de rédemption possible, pas d’ horizons dégagés, simplement la mort qui rôde et qui pue.

On savait déjà qu’ Hervé Le Corre excellait dans la peinture de ces sans grades, de ce monde d’en-bas où la débrouille tient lieu de béquille pour boucler les fins de mois et il nous le confirme dans ce roman glauque et poisseux.