Ne plus jamais marcher seuls Laurent Seyer Éditions Finitude

J’avais déjà beaucoup aimé le premier roman de Laurent Seyer « Les poteaux étaient carrés », déjà paru aux mêmes éditions Finitude en 2018. Ce roman qui se passait durant la finale de Coupe d’Europe de football entre Saint Étienne et le Bayern de Münich en 1976 racontait en fait une toute autre histoire.

Pour ce second roman, le football est encore un fil rouge du livre, mais Laurent Seyer va nous emmener à Liverpool, son club fétiche, le Liverpool FC, ses fans, ses hooligans, ses drames (le Heysel ou Hillsborough), en compagnie d’une journaliste française au prénom de mannequin et au nom allemand Naomi Strauss qui va à la rencontre d’un chauffeur de Black Cab, un certain Nick Doyles. Le titre du roman est d’ailleurs un hommage à la chanson fétiche du club « You’ll never walk alone! »

Nous sommes en 2015, le référendum pour le Brexit est prévu pour juin 2016, et Naomi va interviewer Nick, fervent défenseur du bulletin Leave, comme la plupart des habitants de ce nord anglais pauvre et abandonné. C’est un peu la rencontre de la carpe et du lapin, ce qui pour un romancier habile comme Laurent Seyer lui permet de nous offrir une comédie truculente où même la Queen est invitée.

Si on est beaucoup plus dans l’ambiance Notting Hill que Ken Loach, cela nous parle quand même fort bien de l’Angleterre que l’auteur connaît bien. Un divertissement gouleyant à souhait!

Le roman doit normalement paraître le 7 mai, jour de la Sainte Gisèle en espérant qu’il ne s’agisse encore une fois de la Saint Glinglin!

Surtout ne le précommandez pas chez Amazon, vous pourriez être la cause de deux ou trois Covid-19 chez leurs employés!

Les poteaux étaient carrés Laurent Seyer Éditions Finitude

Si vous avez plus de cinquante ans, vous savez tous ce que l’expression « les poteaux étaient carrés » est rentré au panthéon footballistique de l’année 1976. Le 12 mai de cette année-là, dans mes culottes courtes et mon sous-pull en acrylique, j’ai eu le droit de regarder la finale de la coupe des clubs champions, comme on disait à l’époque.

A Vincennes, Nicolas Laroche, treize ans tout comme moi, s’est assis dans le canapé, avec Hugo le goret, presque collé à lui, et sa fausse-doche Virginie, celle qui a remplacé sa maman dans le lit et dans le cœur de son père.

Le temps des quatre-vingt dix minutes réglementaires de la finale, Nicolas nous raconte, quand maman est partie lors du quart de finale mythique, deux ans auparavant, ce match contre Hadjuk Split, ces yougos qui avaient gagnés  le match aller 4 à 1 mais que Saint Étienne allait pulvériser au retour.

Pour Nicolas, le foot c’est comme la vie, c’est compliqué, il suffit de poteaux carrés pour que tout s’en aille à vau-l’eau. Alors qu’un imbécile de teuton à l’allure d’armoire normande décide d’un coup franc assassin à la cinquante-septième minute de ruiner à jamais ses rêves de gosse, Nicolas se fait un petit pont à lui-même, le ballon file sur l’aile droite et finit en sortie de but. Les rêves des enfants ne sont pas faits pour se confronter au monde des adultes, surtout à la cinquante-septième minute.

Dans ce premier roman magnifiquement empreint de nostalgie, Laurent Seyer réussit le une-deux poétique, enchaîne avec un passement de jambes émotionnel, se remet face au but d’un dribble en double contact. Le gardien est pris à contre-pied, comme le lecteur, le but est marqué. On referme le livre les yeux mouillés, sans savoir si c’est Nicolas ou Dominique Rocheteau qui s’est trompé de match.