La nuit des béguines Aline Kiner Editions Liana Levi

Nous sommes à Paris, dans ce quartier du Marais où se tient le grand béguinage royal. Cette communauté permettait à des femmes libres, soit veuves, soit vierges de vivre de manière libre, hors du joug des hommes. Quand la belle Maheut, rousse énigmatique arrive au béguinage, c’est la vieille Ysabel qui va la soigner et va la faire accepter au sein de la communauté. Mais dans ces temps incertains où l’inquisition commence à brûler  les Templiers, quand Philippe Le Bel, sous l’impulsion du Pape Clément commence à voir d’un mauvais œil ces femmes résolument féministes pour l’époque, les béguines savent qu’il va falloir lutter pour conserver cet acquis de Saint Louis. Aline Kiner a le don pour installer des ambiances, recréer le monde de Paris, insuffler la peur entre les lignes. Très beau roman qui dépasse les frontières de l’histoire, « la nuit des béguines » est un de ces livres qui nous porte et nous emporte dans la flamboyance de la chevelure de Maheut.

Hélène

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Ils savent tout de vous Iain Levison Editions Liana Levi

levisonEncore une fois, Iain Levison vient nous surprendre avec ce roman, malin en diable, sur cette Amérique qui nous écoute tout le temps et partout. Mais il le fait, non par le biais de l’immense NSA aux grandes oreilles, mais en allant piocher dans l’humain, cette matière malléable qui, au contraire des ordinateurs et des algorithmes puissants, peut éventuellement dévier de sa route, légèrement au début et puis…

Jared Snowe est un flic du Michigan, qui course les petits voleurs, les excès de vitesse. Rien de spécial jusqu’à ce moment où il se rend compte qu’il lit dans les pensées des gens qui l’entourent. La fille au club de sport, le junkie qu’il coince dans la rue, tout devient facile. Il croule sous les félicitations de ses supérieurs.

Très loin de là, Brooks Denny est sorti du couloir de la mort, pour aller aux Nations Unies lire dans les pensées d’un chef d’état africain corrompu. Il souffre du même syndrome que Snowe, mais lui sait que la mort sera quand même sans doute au bout d’un couloir.

A partir de là, je vous dis juste que tout va déraper à la manière Levison, qui n’a pas son pareil pour semer le trouble dans le cerveau de son lecteur (ici, il est beaucoup question de cerveau). Ajoutez-y une femme étrange, Terry Dyer, sorte de James Bond girl dont on ne peut deviner ce qu’elle pense, Angela, une petite serveuse amoureuse des malfrats, vous avez tous les ingrédients disponibles pour passer une nuit blanche dans les pas de Snowe et Denny. mais ne vous y trompez pas, ici, c’est bien plus qu’un polar, c’est un coup de poing dans cette machination globale où nous sommes tous prisonniers. Éteignez votre smartphone, à l’autre bout de la planète, quelqu’un est peut-être en train de vous écouter respirer…

Marina Bellezza Silvia Avallone Liana Levi

bellezza  Dans cette Italie contemporaine, Marina et Andrea sont originaires d’une vallée perdue des Alpes, où la croissance semble s’être arrêtée depuis longtemps. Les usines sont à l’abandon et les villages figés dans le silence. Marina ne rêve que de quitter enfin ces lieux en jouant de ses atouts, son physique et cette voix envoûtante qui lui valent d’être retenue pour des shows de téléréalité. Le rêve d’Andrea est de recréer la ferme de son grand-père et de monter l’été dans les alpages. Alors s’ils s’aiment, se séparent, si Marina fuit, s’égare, elle revient toujours vers Andorno et son amour impossible. Lui s’accroche à sa terre, à ses bêtes, il devient vraiment ce paysan qu’il a toujours désiré être. Alors comment aimer quand ces deux blessés de l’enfance font finalement tout pour se séparer. Si Marina va toucher du doigt la réussite, elle s’enfuira, car comment exister quand on ne sait pas d’où l’on vient. Dans ce roman intense, authentique et magnifique, Silvia Avallone a ce don de nous montrer, comme le fait si bien la couverture que pour monter en haut de l’échelle, il faut qu’elle soit bien tenue dans la terre où l’on est né.

Hélène

Décorama Lucile Bordes Liana Levi

lucile

Le monde enfui de Georges

C’est un monde qui se serait figé sur une carte postale, un monde qui ne bougerait plus. Il y aurait les lumières, les couleurs et les odeurs de Georges, à jamais.

Dans la vie de Georges, tout est en place, chaque chose posée au bon endroit, chaque fenêtre donne sur son carré de mer. Malheureusement, ce n’est pas vraiment comme ça que marche la vie. Dans cette ville où l’emploi se meurt, on décide de promouvoir des programmes immobiliers ambitieux. Adieu les petites maisons sur le front de mer, on rase, on détruit l’âme de la ville, on construit de l’audacieux, du paraître. Georges ne comprend pas. Dans son nouveau boulot de gardien du cimetière, il observe. Ici, il est heureux, rien ne bouge, mis à part quelques concessions délaissées, à tel point qu’il tarde souvent à reprendre le chemin des vivants, de l’autre côté du mur. Un jour, Pénélope revient, la copine du lycée avec qui il faisait les 400 coups. A peine revenue, Pénélope est veuve. Avec Georges, le vernis du temps n’a même pas le temps de sécher. Aussi, quand des promoteurs veulent raser l’immeuble des grands-parents de Georges, là où il a fait emménager Pénélope, tout va partir en vrille. Dans ce court roman, Lucile Bordes nous conduit à regarder différemment les photographies de nos vies, avec l’émotion aigre douce d’une nostalgie sans rancœur, tout simplement humaine.

Terminus Belz Emmanuel Grand Editions Liana Levi

terminus

 Quand les légendes s’invitent au bal des tueurs, c’est toute l’île qui danse une gigue mortelle!
Un premier roman qui vous harponne!

Le moins qu’on puisse dire avec le premier roman d’Emmanuel Grand, c’est qu’il ne ménage, ni ses personnages, ni son lecteur. Un livre qui se lit en apnée des confins de l’Ukraine jusqu’aux vagues de l’Atlantique.

Marko Voronine fait partie de ces clandestins qui a l’Europe en rêve. Coincé dans un camion qui l’emporte vers l’Ouest avec ses compagnons de misère, il va commettre un irréparable qui fera de lui, non pas seulement un clandestin, mais surtout une cible pour ceux à qui il aura volé le prix de sa liberté.

C’est dans une île de Bretagne que Marko va aboutir, là où les hommes ne demandent pas grand-chose, seulement des bras et du courage pour se lever dans la nuit, prendre le bateau, tirer le filet  de la Pélagie, le chalutier de Joël Caradec, celui qui ne pose pas de questions à son nouveau marin, celui qui ne parle d’ailleurs pas, parce que les mots, c’est bon pour ceux qui croient aux sorcières et à l’Ankou, à la mort et à sa grande faucheuse.

Entre mythes, légendes et réalité, Emmanuel Grand tricote un polar qui oscille vers  un imaginaire breton transcendé par la présence de l’étranger, dans ce microcosme qu’est l’île avec ses secrets enfouis, jamais sortis des bouches scellées par tout ce qui sépare le monde d’ici de celui du continent. Alors il y aura du sang, des larmes, des tempêtes sous les crânes et sur la mer, des amours aigres, des matins blancs comme des nuits épuisantes, il y aura la vie de Marko entre les mains de Dieu et de l’Ankou.

Pour savoir qui gagne à la fin, rendez-vous le 9 janvier !